La Gambie égratigne l’Islam
La polygamie et le voile remis en question
mercredi 23 juillet 2003, par Habibou Bangré
Lors d’un discours à
Banjul mardi, le président gambien a annoncé que les hommes ne pourront
désormais épouser que trois femmes au maximum et que le voile dans les
établissements scolaires ne seraient plus tolérés. Les
sentiments des habitants sont mitigés.
Réformer la polygamie et
interdire le port du voile à l’école. Alhaji Yahya Jammeh veut faire de la
Gambie un paradis en Afrique et dans le monde. Le chef de l’Etat a présenté,
mardi à Banjul, son nouveau projet de société, lors du neuvième anniversaire de
la révolution du 22 juillet. Certaines mesures sont loin de faire l’unanimité.
Trois femmes maximum
Les hommes ne pourront
plus épouser plus de trois femmes. L’annonce du président n’enchante guère
nombre de musulmans. Ils représentent 90% des habitants et sont pour la plupart
de fervents pratiquants. « Beaucoup considèrent que le président s’est
immiscé à tort dans cette tradition », explique Amadou, qui a tenu à ce
que son vrai prénom ne soit pas cité. Le Coran donne la possibilité aux hommes
d’avoir quatre épouses dans la mesure où ils peuvent les traiter équitablement.
Cette décision pourrait ne
pas affecter la nouvelle génération. Les jeunes tendent à se détacher de cette
tradition. Certains disent privilégier un mariage monogame. Un sujet qui n’est
pas facile à aborder avec les parents. Beaucoup d’entre eux ne comprendraient
pas sans doute pas. « Ma mère a une co-épouse. Elle accepte cette
situation parce qu’elle aime mon père et ne veut pas le perdre. Il arrive que
des femmes soient abandonnées parce qu’elle refusent la présence d’une autre
épouse », raconte Aisatou, 19 ans. Un sacrifice qu’elle ne se sent pas le
courage de faire. De même que beaucoup de ses amies. Amadou est tout aussi
contre. « Je préfère épouser une seule femme et lui accorder toute mon
attention. Si j’en avais plusieurs, je me sentirais malhonnête », souligne
ce célibataire de 25 ans.
Les étudiantes voilées
seront emprisonnées
L’autre sujet qui risque
de faire polémique concerne le port du voile à l’école. Le Président veut
purement et simplement l’interdire dans les établissements scolaires d’Etat ou
les missions chrétiennes à partir de la rentrée prochaine, en septembre. Seuls
les uniformes seront tolérés. Les contrevenantes sont menacés
d’une peine de prison.
Pour Aisatou, en arriver à
de telles extrémités ne sert à rien. « Il n’y a pas de mal à ce que les
musulmanes portent le voile dans une école musulmane. C’est différent si elles
sont scolarisées dans une école chrétienne. Elles doivent se plier aux règles
qui y sont établies ». Amadou estime que cette mesure arrive à point
nommé. « Ils y a eu des problèmes dans certaines écoles. Des jeunes filles
voilées, qui insistaient pour assister aux cours, ont poussé certains
établissements à fermer leurs portes », raconte t-il. Du côté de l’Etat,
on déclare chercher à couper l’herbe sous le pied de fondamentalistes
musulmans. Ces derniers chercheraient à attiser la méfiance entre musulmans et
chrétiens.
Le remède d’Alhaji Yahya
Jammeh est peut être pire que le mal. Le clivage entre les deux communautés
pourrait se creuser. Les musulmanes pourraient être poussées à s’inscrire
uniquement dans les écoles où le port du voile n’est pas sanctionné.
http://www.afrik.com/article6391.html