Safdar Hussein
Traduit de l'anglais, édité et annoté par
Abbas Ahmad al-Bostani
Édition
La Cité du Savoir
Abbas Ahmad al-Bostani
C.P. 712, Succ. (B)
Montréal, Qc, H3B 3K3
Canada
E-mail: abbas@bostani.com
Copyrights: Tous droits réservés à l'éditeur
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L'AUTEUR 5
1 ERE PARTIE 7
LA TERRE DE LA NAISSANCE DU SAINT PROPHÈTE MOHAMMAD 9
L'Ancienne et la Nouvelle Arabie9
La Terre Sainte 10
Le Hajj 10
Le Territoire Sacré et les Mois Sacrés
11
Le Peuple et sa Religion 12
L'Époque de l'Ignorance 13
LES ANCÊTRES DU PROPHÈTE 14
L'Ascendance du Prophète 14
Les Antécédents 15
La Jalousie de Omayyah 16
Comment Chayba al-Hamd fut appelé 'Abdul- Muttalib17
L'Usurpation des Droits de 'Abdul-Muttalib 18
Le Vu de 'Abdul-Muttalib. Le Puits de Zam-Zam18
'Abdul-Muttalib Tient sa Promesse 20
La Jalousie des Omayyades 22
Les Changements 23
Lieu et Date de Naissance 24
Le Nom 25
La Mort de 'Abdullâh 26
L'Allaitement de Mohammad 27
L Mort de Âminah 27
La Mort de 'Abdul-Muttalib 28
A la Garde d'Abû Tâlib 28
Le Voyage de Mohammad en Syrie 29
La Disposition d'Esprit de Mohammad 30
La Guerre de Sacrilège (585 ap. J. -C.)30
Hilf al-Fudhûl (595 ap. J. -C.) 31
Al-Amîn 32
Khadîjah (595 A. -J.) 32
Khadîjah fait sa Demande en Mariage à Mohammad34
Mohammad Épouse Khadîjah 35
La Naissance de 'Alî 36
'Alî Adopté par Mohammad 38
Zayd Ibn Hârithah 38
La Reconstruction de la Ka'bah 39
Al-Hajar al-Aswad ou la "Pierre Noire"40
Les Retraites Spirituelles de Mohammad 42
Le Lieu de Séjour Favori de Mohammad 43
LA MISSION ET SES TROIS PREMIÈRES ANNÉES45
Les Révélations 47
Les Premiers Croyants 48
La Conversion d'Abû Bakr 49
Ja'far Rallie la Foi 52
LES PRÊCHES PUBLICS ET LES PERSÉCUTIONS QURAYCHITES
54
Mohammad Se Proclame Prophète 54
Mohammad Proclame 'Alî comme son Successeur55
Mohammad Prêcha en Public 56
Mohammad Est Indirectement Attaqué 57
Les Persécutions 58
Violences contre les Adeptes de Mohammad 58
L'Emigration en Abyssinie 60
Une Délégation de Quraych en Abyssinie61
Le Prophète à Dâr al-Arqam63
'Omar Accepte la Mission de Tuer Mohammad 64
La Conversion de 'Omar 65
La Délégation de Quraych auprès d'Abû
Tâlib66
L'Interdiction et la Mise au Ban 68
Quelques-uns des Miracles les Plus Remarquables70
Le Miracle de la Disjonction de la Lune 73
La Fin Miraculeuse de la Mise au Ban 74
LES ANNÉES PRÉCÉDANT L'ÉMIGRATION 76
Le Retour des Émigrés d'Abyssinie76
La Mort d'Abû Tâlib 76
L'Année du Deuil 78
Le Prophète à Tâ'if 79
Des Djinns embrassent l'Islam 79
Le Prophète de Nouveau à la Mecque80
Les Fiançailles avec 'Âyechah 81
Les Hommes de Médine Embrassent l'Islam82
Le Premier Serment de 'Aqabah 82
Le Mi'râj 83
La Propagation de l'lslam à Médine85
Le Second Serment de 'Aqabah 86
L'Etablissement de la Fraternité 88
L'INTENTION DES QURAYCH D'ASSASSINER MOHAMMAD ET SA FUITE A MÉDINE 89
Le Commencement de l'Emigration à Médine89
La Conspiration en Vue d'Assassiner Mohammad 90
La Fuite du Prophète 91
Le Dévouement de 'Alî 92
La Grotte dans la Montagne de Thawr 93
L'Emigration du Prophète 94
Un Miracle 95
L'ARRIVÉE ET L'INSTALLATION DU PROPHÈTE À MÉDINE97
L'Arrivée à Qobâ 97
Boraydah B. al-Hocîb 97
Salmân al-Fârecî 98
Le Ravitaillement dans la Grotte 98
'Alî à Qobâ 99
La Fondation d'un Masjid à Qobâ 100
L'Entrée du Prophète à Médine101
Masjid al-Nabî 103
Une Prophétie 104
La Fermeture des Portes Ouvrant sur le Masjid105
L'Autorité de Mohammad 107
Fraternité entre les Muhâjirîn et les Ançâr
108
Les Hypocrites 110
L'Appel à la Prière 110
La Ka'bah comme Qiblah 111
Le Jeûne de Ramadhân 111
Le Mariage de Fâtimah 112
LA BATAILLE DE BADR ET D'AUTRES EVÉNEMENTS IMPORTANTS SE TERMINANT
AVEC LA DEUXIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION
115
Les Préoccupations de Mohammad 115
La Permission de Prendre les Armes 117
La Nakhlah 117
La Bataille de Badr 118
Les Puits de Qalîb à Badr 124
Les Prouesses de 'Alî 125
Les Prisonniers de Badr 125
La Distribution du Butin de Guerre 127
Les Conséquences de la Guerre 128
Sawiq ou la Guerre de la Farine 128
LA BATAILLE D'OHOD ET D'AUTRES EVÉNEMENTS IMPORTANTS SE TERMINANT AVEC LA TROISIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION 130
Les Juifs 130
Les Juifs de Banî Qaynoqâ' 131
Le Sort de Ka'b Ibn Achraf 131
Les Juifs Hors-la-Loi 132
Dispositions Préliminaires des Mecquois en Vue de la Campagne
d'Ohod 132
La Campagne d'Ohod 133
La Marche du Prophète 134
La Bataille d'Ohod 135
'Alî Loué par les Anges 139
'Alî Aidé par Gabriel 139
Le Prophète Blessé 140
La Fin de la Bataille 141
Lamentations sur les Morts 142
Un Canal sur les Tombes à Ohod 143
Om Kulthûm 143
Hafçah 144
La Naissance d'al-Hassan, Fils de 'Alî 144
LA BATAILLE DU FOSSE ET LE RÔLE DES JUIFS 145
L'Expulsion des Banî Nadhîr 145
La Mort de la Mère de 'Alî 146
La Naissance d'al-Hussayn, Fils de 'Alî 146
L'Invasion des Mecquois 147
La Tranchée Défensive 148
Les Juifs de Quraydhah Rompent leur Pacte de Neutralité
149
Les Difficultés du Siège 150
L'Ennemi Franchit le Fossé 151
'Alî Remporte la Victoire 151
La Sur de 'Amr Ibn 'Abd Wed 153
La Vaillance de 'Alî Exaltée par le Prophète
153
La Dernière Tentative de l'Ennemi 154
L'Infidélité des Juifs de Quraydhah 154
Troubles dans le Camp de l'Ennemi 155
L'Ennemi Lève le Siège 156
Les Banû Quraydhah 157
Zaynab Bint Johach 159
LE TRAITE DE HODAYBIYYAH ET D'AUTRES EVÉNEMENTS IMPORTANTS AU COURS DE LA SIXIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION 162
Les Juifs de Banî Moçtalaq 162
L'Hypocrisie de 'Abdullâh Ibn Obay 162
'Âyechah Accusée de Libertinage 163
Le Pèlerinage du Prophète à la Mecque
166
L'Hostilité des Mecquois 166
La Halte du Prophète à Hudaybiyyah 167
Les Négociations avec les Mecquois 168
L'Engagement sous l'Arbre 169
Négociations de Paix Engagées à Hudaybiyyah
170
Les Clauses du Traité de Hudaybiyyah 171
Les Doutes de Certains Compagnons dans la Croyance 172
Les Conséquences du Traité de Hudaybiyyah
174
DES AMBASSADES DANS LES PAYS ETRANGERS - LA CAMPAGNE DE KHAYBAR - 'UMRAT-AL-QADHÂ' ET D'AUTRES ÉVÉNEMENTS IMPORTANTS SE TERMINANT AVEC LA SEPTIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION 177
Des Pays Etrangers Appelés à l'Islam 177
Les Causes de la Campagne de Khaybar 180
Expédition contre les Juifs de Khaybar 181
Les Sorties des Juifs 182
La Citadelle de Khaybar 183
Le Siège de la Citadelle 183
'Alî est Spécialement Désigné pour Remporter
la Victoire 186
Les Prouesses Surhumaines de 'Alî 188
Les Services Rendus par 'Alî très Appréciés
189
La Reddition des Juifs 189
Kinânah 190
Safiya 190
Tentative d'Empoisonnement du Prophète 191
Fadak 192
L'Arrivée de Ja'far 193
Abû Horayrah 194
Le Prophète à Wâdî al-Qorâ
194
Le Retour du Soleil pour les Prières de 'Alî
195
Om Habîbah 195
'Umrat al-Qadhâ' du Prophète 195
Maymûnah 196
L'EXPÉDITION DE MO'TAH.
LA CONQUÊTE DE LA MECQUE.
LA BATAILLE DE HONAYN ET D'AUTRES EVÉNEMENTS IMPORTANTS SE
TERMINANT AVEC LA HUITIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION
198
La Conversion de Khâlid Ibn al-Walîd et de 'Amr Ibn al-'Âç
198
La Chaire 199
La Campagne de Mo'tah 199
L'État Désastreux de l'Armée Musulmane
201
Les Lamentations du Prophète 202
La Violation du Traité de Hudaybiyyah 320
Les Préparatifs en Vue de la Conquête de la Mecque
206
La Marche sur la Mecque 207
La Soumission d'Abû Sufiyân 208
L'Entrée du Prophète à la Mecque
212
Amnestie Générale Décrétée par
le Prophète 213
La Destruction des Idoles de la Ka'bah 214
L'Attribution des Postes relatifs à la Ka'bah
215
Hommage Rendu par les Mecquois au Prophète 216
Les Personnes Proscrites 216
La Conduite Cruelle de Khâlid 217
'Alî Énvoyé pour Réparer l'Effusion de
Sang
219
La Bataille de Honayn 220
La Fuite des Musulmans 221
Les Sarcasmes des Mecquois 222
Le Retour des Compagnons 222
La Défaite et la Fuite des Infidèles 223
Le Siège de Tâ'if 224
La Distribution du Butin de Guerre de Honayn 225
Le Mécontentement des Médinois 227
Les Médinois Réconciliés 227
Les Prisonniers de Guerre 228
'Alî Inspiré de Secrets Divins 229
Mâlik Ibn 'Awf 230
Le Retour du Prophète 230
Ibrâhîm, Fils du Prophète 231
La Prohibition de l'Alcool 231
L'EXPÉDITION DE WÂDI-L-RAMAL OU DE THÂT-AL-SALÂSIL.
L'EXPÉDITION DE TABÛK.
L'ANNONCE DE LA SOURATE AL-TAWBAH.
LES CHRÉTIENS DE NAJRÂN, ET D'AUTRES EVÉNEMENTS
SURVENUS AU COURS DE LA NEUVIÈME ANNÉE DE L'EMIGRATION 233
La Soumission des Banî Thaqîf 233
L'Expédition de Wâdi-l-Ramal ou de Thât-al-Salâsil
234
L'Expédition de Tabûk 235
Conspiration contre la Vie du Prophète 238
La Destruction du Masjid al-Dherâr 240
La Mort d'Om Kulthûm 241
La Mort de 'Abdullâh B. Obay, l'Hypocrite 241
La Conduite de 'Âyechah et de Hafçah 242
Le Prophète Se Sépare de ses Femmes pendant un Mois
246
L'Annonce de la Sourate al-Tawbah 247
L'Année des Délégations 248
Les Chrétiens de Najrân 249
LE PÈLERINAGE D'ADIEU DU PROPHÈTE.
SON SERMON A GHADIR KHUM.
LA SIGNIFICATION D'AHL-UL-BAYT EXPLIQUÉE 254
Les Fonctions Missionnaires de 'Alî au Yémen
254
Le Pèlerinage d'Adieu du Prophète 256
Le Sermon de Ghadîr Khum 257
La Signification d'Ahl-ul-Bayt Expliquée 260
Conclusion en faveur de 'Alî Tirée de la Parole du
Prophète
264
QUELQUES IMPOSTEURS.
LA DERNIÈRE MALADIE DU PROPHÈTE, SA DERNIÈRE
PRIÈRE ET SON DERNIER SERMON DANS SON MASJID.
LA MORT DU PROPHÈTE ET SES FUNÉRAILLES.
266
La Distribution du Yémen 266
Aswad, l'Imposteur 266
Musaylamah, l'Imposteur 267
Tulayhah l'Imposteur 267
L'Ordre de l'Expédition vers la Syrie 268
Prédiction concernant 'Âyechah 268
La Dernière Maladie du Prophète 270
'Âyechah Espionne les Mouvements du Prophète
271
Hâter l'Expédition vers la Syrie 272
Avertissement aux Muhâjirîn et aux Ançâr
273
De l'Or Destiné à l'Aumône 273
Le Prophète Empêché de Transcrire sa Volonté
274
Abû Bakr Conduit la Prière 276
Prophète dans son Masjid 281
La Mort du Prophète 281
'Omar Joue une Scène Bizarre 285
Le Lavage Rituel et l'Enterrement du Prophète
287
L'Election à Saqîfah 292
Abû Bakr "Elu" à la Succession du Prophète 295
Le Premier Discours public d'Abû Bakr du Haut de la Chaire
L'Absence d'Abû Bakr et de 'Omar aux Cérémonies Funéraires du Prophète 299
Le Père Surpris par l'Election de son Fils 300
L'Attitude de 'Alî après l'Election d'Abû Bakr
Le Nom et les Titres Originels d'Abû Bakr
Les Habitudes et la Profession d'Abû Bakr
Offre d'Ouvrir les Hostilités, Rejetée par 'Alî
Abû Bakr Prétend Vouloir Renoncer au Califat 308
L'Admonestation Faite par al-Hassan
Quelques Récits du Califat d'Abû Bakr
Tulayhah, l'Imposteur 310
Mâlik Ibn Nowayrah et son Sort Cruel
Plainte auprès du Calife contre Khâlid
Fujâ'ah al-Salmî 314
La Rébellion à Hadhramawt, Conduite par Ach'ath B. Qays
Abû Bakr Juge Ach'ath 318
Expéditions vers des Pays Etrangers
La Connaissance du Coran par Abû Bakr 321
Quelques Récits Concernant Abû Bakr 322
Successeur 323
Le Lit de Mort d'Abû Bakr 325
La Mort d'Abû Bakr 325
Abû Bakr et les Rapports de sa Famille avec Celle du Prophète 326
'OMAR, LE DEUXIÈME CALIFE 330
L'Accession de 'Omar au Califat 330
Les Ancêtres et les Antécédents de 'Omar
L'Admonestation Faite par al-Hussayn 332
L'Introduction des Tarâwîh 332
Quelques Récits Relatifs au Califat de 'Omar 333
Ziyâd 333
L'Ère Musulmane 334
La Révocation de Khâlid 334
La Famine 335
La Peste 335
La Nomination de Mu'âwiyeh, comme Gouverneur de Syrie336
La Connaissance du Coran par 'Omar 338
Le Sens du Jugement de 'Omar 341
Les Erreurs Judiciaires de 'Omar 341
'Omar Surveille les Citoyens 343
Les Innovations de 'Omar 344
Le Récit de la Mort de 'Omar 345
La Désignation des Electeurs et du Mode d'Election du Successeur 346
L'Apparition de 'Omar dans les Rêves après sa Mort 349
'OTHMAN, LE TROISIEME CALIFE 351
Le Conclave en l'An 24 H 351
L'Election en l'An 24 H. 353
Un Désastre Durable 355
L'Inauguration du Califat de 'Othmân et son Premier Discours 355
La Première Cour de Justice de 'Othmân 356
L'Année de l'Hémorragie 358
La Nomination de Walîd comme Gouverneur de Kûfa 358
L'Extension des Limites de la Ka'bah 359
La Nomination de 'Abdullâh B. Abî Sarh, Gouverneur d'Egypte 359
Des Cadeaux Faramineux 360
La Nomination de 'Abdullâh B. 'Âmir comme Gouverneur de Basrah 361
Révolte en Perse 362
Une Décision Brutale et Injuste 362
Retour aux Coutumes Païennes 362
Des Actions Contraires aux Enseignements et aux Pratiques du Prophète 363
La Compilation du Coran en 30 H. 363
La Déposition de Walîd et la Nomination de Sa'îd 364
Les Menaces de 'Othmân à l'Adresse du Peuple. 'Ammâr, Maltraité 365
Changement dans le Caractère National des Arabes 366
Le Bannissement d'Abû Thar al-Ghifârî 368
La Perte de la Chevalière de 'Othmân 370
La Fin de l'Empereur Perse et de son Empire 370
Emeute à Basrah 371
Révolte à Kûfa 371
Le Retour
de Mâlik à Kûfa; Abû Mûsâ Al-Ach'arî,
Nommé Gouverneur
Les Gens
Prennent Conscience de la Faiblesse de 'Othmân
Des Illustrations des Agissements Outrageants de 'Othman 373
La Liste des Charges contre 'Othmân 375
Des Voix Menaçantes d'Avertissement 376
Conférence des Gouverneurs à Médine en 34 H.
(655 ap. J. -C.) 379
Les Prédictions de Ka'b al-Ahbar 380
Les Délégations Demandent la Réforme et 'Othmân
fait Preuve d'Inconstance 380
Des Délégations Menaçantes d'Egypte, de Kûfa
et de Basrah 383
La Nomination de Mohammad Ibn Abî Bakr pour Remplacer Ibn
Abî Sarh en Egypte 384
L'Interception de la Lettre Perfide 385
Des Sentiments de Colère contre 'Othmân 386
Les Dénégations
de 'Othmân à propos de la Lettre Perfide
La Part
de 'Âyechah dans l'Incitation au mauvais Traitement Réservé
à 'Othmân
L'Attitude Violente contre 'Othmân
Le Blocus du Palais de 'Othmân
La Collusion de Talhah avec
les Insurgés
L'Assassinat de 'Othmân
Salmân al-Fârecî
'ALÎ IBN ABÎ TÂLIB,LE
QUATRIEME CALIFE
Réflexions
Concernant l'Election d'un Calife à la Place de 'Othmân
L'Election de 'Alî
L'Inauguration du Califat de
'Alî
Les Cris de Vengeance
pour l'Assassinat de 'Othmân
Les Réformes Envisagées
par Ali
Le Plan
des Omayyades en Vue de Soulever les Gens contre 'Alî
Le Défi
de Mu'âwiyeh à l'Autorité de 'Alî
Le Départ de Talhah et
de Zubayr
Le Plan de Rébellion de 'Âyechah
Le Conseil de Guerre
'Âyechah Incite Om Salma
La Marche de 'Âyechah sur
Basrah
'Âyechah dans la Vallée
de Hawab
Le Campement de 'Âyechah
à Khoraybah
'Âyechah S'Empare de Basrah
'Alî Apprend
la Nouvelle de la Révolte de 'Âyechah
La Marche de 'Alî contre
'Âyechah
La Conduite
d'Abû Mûsâ al-Ach'arî envers le Calife
Abû
Mûsâ al-Ach'arî démis de ses Fonctions de Gouverneur
de Kûfa
Al-Hassan
Ibn 'Alî Réussit une Levée de Neuf Mille Kûfites
L'Arrivée de 'Alî
à Basrah
La Bataille d'Al-Jamal
(du Chameau)
Le Sort de Talhah
Le Sort de Zubayr
La Défaite de 'Âyechah
La Magnanimité de 'Alî
envers l'ennemi
Le Carnage dans la Bataille
La Retraite de 'Âyechah
Les Butins de Guerre
Le Transfert du Siège du
Gouvernement
La Zone de Domination de 'Alî
Les Activités Préliminaires
de Mu'âwiyeh
La Marche de 'Alî
vers la Frontière Syrienne
La Source
Miraculeuse dans le Désert Mésopotamien
Le Campement de 'Alî
à Çiffîn
Des Combats sans
suite pendant un Mois
Des Combats Féroces
à Çiffîn
'Ammâr Tombe dans la
Bataille
Le Piètre État
de 'Amr Ibn al-'Âç
Une Bataille Férocement
Livrée
Les Combats
Décisifs à Çiffîn ; Le Combat Vateureux de Mâlik
al-Achtar
Une Supercherie
pour Détourner la Crise
Des Propositions d'Arbitrage
L'Acte d'Arbitrage
Le Massacre de Çiffîn
Le Retour des Armées
La Décision des Juges
Stupéfaction devant
la Décision
Les Khârijites
La Révolte des Khârijites
La Bataille de Nahrawân
L'Expédition Syrienne Avortée
Les Affaires d'Egypte (38 H.)
L'Empiétement de Mu'âwiyeh
sur l'Egypte
L'Empiétement de Mu'âwiyeh
sur Basrah
D'Autres Révoltes des Khârijites
La Politique Agressive de Mu'âwiyeh
Les Raids de Mu'âwiyeh au
Hidjâz
La Mauvaise Conduite
de 'Abdullâh Ibn 'Abbâs
La Défection de 'Aqîl
Les Plans
des Khârijites en vue de se débarrasser des Gouvernants
Attentat contre la Vie de Mu'âwiyeh
Attentat contre la Vie
de 'Amr Ibn al-'Âç
Attentat contre la Vie de 'Alî
Les Présages de
'Alî relatifs à sa Mort
La Mort de 'Alî en l'An
40 H.
L'Oeuvre Littéraire de 'Alî
Des Anecdotes de la Vie de 'Alî
Une Décision Ingénieuse
de 'Alî
Quelques hadiths
relatifs aux mérites de 'Alî, tirés de "Târîkh
al-Kholafa'" de
Jalâl-ul-Dîn
As-Suyûtî
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Sayyed Safdar Hussayn, fils de Sayyed Ahmad 'Alî, naquit en 1868. Son grand-père, Sayyed Bahadur 'Alî, un calligraphe bien connu de son époque, avait émigré du Punjab à Awadh sous le règne du Maharadjah Ranjit Singh et obtenu l'asile auprès de Mirza Nasir-ud-Din Hyder, le Roi d'Awadh, en 1828.
Sayyid Safdar Hussayn passa son "Middle Examination", et devint instituteur à "Government Jubilee High School", Lucknow, (actuellement Jubilee Degree College). Après avoir servi comme instituteur pendant quatre ou cinq ans, il rejoignit le "Lucknow Collectorate". En 1897, il fut nommé "Mir-Munshi" par le gouvernement britannique à Kaboul, et il occupa ce poste pendant plus de trois ans, et par la suite il poursuivit sa fonction comme agent politique à Kaboul. Il resta dans cette affectation pendant environ deux ans, et c'est à Kaboul qu'il commença à écrire son célèbre livre "Histoire des Premiers Temps de l'Islam".
A son retour d'Afghanistan il fut nommé Tehsildar Adjoint et quelque temps après, promu Tehsildar. Cependant, détestant de par sa nature les institutions féodales tyranniques, il ne pouvait pas supporter les mesures oppressives prises par les propriétaires terriens contre de pauvres locataires. Aussi pria-t-il le gouvernement de le transférer à un autre poste. Il fût par conséquent muté au département de la Régie. Par la suite il fut promu Collecteur UNNAO (U. P.). Il quitta ce poste pour consacrer le reste de sa vie aux recherches islamiques. Il écrivit un livre très volumineux en ourdou, mais sur le conseil de ses amis Sayyed Kazim Hussayn et 'Alî Jalal-ud-Din, il changea de direction pour écrire en anglais "The Early History of Islam" (le titre anglais du présent livre). Sayyed Safdar Hussayn avait été favorisé par la Providence de qualités de cur et d'esprit. Il était très bon et noble envers ses proches. Il avait l'habitude de prélever régulièrement une très grande somme d'argent sur son salaire pour aider ses proches dans le besoin. Quelques familles de veuves ou d'orphelins recevaient de lui de l'aide régulièrement même après qu'il eut pris sa retraite. M. Chahîd 'Alî, le petit-fils de l'auteur, raconte un incident très significatif, survenu alors que l'auteur mettait la touche finale au manuscrit de ce livre. Pendant la période de la rédaction du livre, il avait l'habitude de porter des lunettes, mais une nuit il fit un rêve dans lequel le Saint Prophète (Que la paix soit sur lui et sur sa famille) lui demande d'ôter ses lunettes.
Le matin suivant, il les jeta et constata que sa vue était nettement
meilleure. Jusqu'à sa mort il ne portera plus jamais de lunettes.
Il rendit le dernier soupir en février 1949, à l'âge
de quatre-vingt-un ans à la suite d'une attaque cardiaque. Qu'Allah
bénisse sa noble âme.
L'Ancienne et la Nouvelle Arabie
L'Arabie, le lieu de naissance de notre Maître Mohammad, le Prophète d'Allâh dont la religion a pour adeptes plus d'un cinquième de la population du monde, est une péninsule située à l'ouest de l'Asie. Elle est limitée par l'Asie Mineure et la Syrie au nord, par l'Euphrate et le Golfe Persique à l'est, par la Mer Arabique au sud, et par la Mer Rouge à l'ouest. Jadis, l'Arabie était divisée en trois régions:
a. - l'Arabie Felix ou l'étendue fertile longeant le littoral et comprenant les côtes ouest et sud-ouest;
b. - l'Arabie Petraea ou l'étendue rocheuse qui inclut toute la partie nord-ouest;
c. - l'Arabie désertique ou le désert sablonneux comprenant tout l'intérieur. Elle est maintenant divisée par les géographes modernes en sept provinces à savoir:
1. Le Hijâz (Hidjâz)
2. Le Yémen
3. Hadhramawt
4. Oman ou le Royaume de Muscat
5. L'Arabie Centrale ou le Royaume de Najd
6. L'Irak, région qui s'étend tout au long de la frontière de la Perse
7. Le Bahrein ou les provinces situées au long du Golfe Persique.
La province de Hijâz est connue comme la Terre Sainte ou la Terre de Pèlerinage. Elle doit son importance aux lieux saints qu'elle renferme. La Mecque (ou le Beqâ' selon les termes du Coran), la principale ville de Hijâz, est la plus ancienne cité, ou de l'aveu général, l'une des plus anciennes cités du monde.
La Mecque est célèbre pour son édifice sacré, la Ka'bah, qui est un lieu de grand rassemblement depuis l'époque d'Ibrâhîm et de son fils Ismâ'îl qui construisirent le Sanctuaire.
Ibrâhîm fut le premier à appeler les gens à visiter la Maison Sacrée. La tradition présente la Mecque comme étant le centre du pèlerinage annuel des gens venant de toute l'Arabie et des pays voisins depuis des époques immémoriales, et probablement depuis l'appel d'Ibrâhîm.
La Ka'bah a donc toujours été un grand centre religieux. S'y rendre et y accomplir les rites qui lui sont propres a constitué à toutes les époques un devoir sacré. Elle continue encore de nos jours à commander la révérence et la dévotion de toute la Ummah islamique. Le Saint Coran dit:
«Oui, la première maison fondée pour les gens est bien celle de la Mecque: elle est bénie et elle sert de Direction aux mondes. On y trouve des signes évidents et le lieu de station d'Ibrâhîm. Quiconque y pénètre sera en sécurité. Il incombe aux gens, ceux qui en ont les moyens d'aller, pour Allâh, en pèlerinage à la Maison». (Sourate Âle 'Imrân, 3: 96-97).
«Appelle les gens au Pèlerinage: ils viendront par des chemins encaissés». (Sourate al-Hajj, 22: 27)
Le Hajj, accompli au mois de Thilhaj - le dernier mois du calendrier de l'hégire - avec un hajj supplémentaire à 'Arafât (petite éminence de roches granitiques située dans une vallée à l'intérieur d'une région montagneuse, à une quinzaine de kilomètres à l'est de la Mecque) fut appelé Hajj al-Akbar (le Pèlerinage Majeur) et il est obligatoire pour chaque Musulman, sauf au cas d'excuse légale; alors que celui qu'on accomplit à toutes les autres époques de l'année (sans le pèlerinage de 'Arafât), fut nommé 'Omrah ou Hajj al-Açghar (le Pèlerinage Mineur).
La 'Omrah peut être accomplie valablement à toute période de l'année, mais particulièrement en Rajab, le septième mois de l'année hégirienne, tandis que le Hajj doit être accompli obligatoirement au mois de Thilhaj.
La Mecque doit également sa célébrité au fait qu'elle est le lieu de naissance du Saint Prophète Mohammad, tout comme Médine, l'autre ville principale de la même province, devint la deuxième ville importante, après la Mecque, pour avoir été le lieu de résidence du Prophète et le lieu de son enterrement.
Le Territoire Sacré et les Mois Sacrés
La Mecque, avec le territoire qui l'entoure sur plusieurs kilomètres, tient son caractère sacré de la présence de la Ka'bah. Le territoire sacré fut appelé "Haram".
Les mois de Zhilqa'd, Thilhaj, Moharram et Rajab furent considérés comme sacrés, sans doute depuis l'époque de la construction de l'édifice: «Oui, le nombre des mois, pour Allâh, est de douze mois (inscrits) dans le Livre d'Allâh, depuis le jour où IL créa les cieux et la terre. Quatre d'entre eux sont sacrés». (Sourate al-Tawbah, 9: 36). Durant ces quatre mois, toutes les formes d'hostilité étaient interdites, toutes les activités hostiles et tous les conflits tribaux suspendus, et une amnistie générale prévalait dans toute l'Arabie, alors que les pèlerins affluaient de toutes les régions vers la Mecque.
Ultérieurement une foire établie à 'Okâdh, dans la banlieue de la Mecque, où avaient lieu toutes sortes de festivités: les poètes récitaient leurs chefs-d'uvre, les marchands négociaient leurs affaires et les athlètes exhibaient leurs exploits, prouesses et tours de force. Les gens qui s'assemblaient à la Mecque en vue du pèlerinage s'intéressaient eux aussi au grand marché de 'Okâdh, pour profiter des avantages des mois sacrés.
Les Arabes modernes descendent de deux souches: celle de Qahtân ou Jactân, qui remonte à Nouh et dont les descendants sont appelés les 'Arab-al-'Arib, et celle de 'Adnân, qui remonte à Ismâ'îl, le fils d'Ibrâhîm, et dont les descendants sont appelés les 'Arab Mostariba.
Ces derniers s'établirent autour de la Ka'bah. Mohammad, le Saint Prophète est issu de cette souche.
Les Arabes croyaient originellement en un Dieu, mais à l'époque où le Prophète Mohammad naquit, leur religion avait tourné en polythéisme, culte des étoiles et fétichisme. Ils adoraient de nombreuses divinités. Chaque secte ou tribu avait son propre dieu particulier. Les idoles se trouvaient dans chaque maison et on leur rendait hommage pour s'assurer leur contentement et prévenir leur colère. Néanmoins, ils avaient une vague idée d'un Être Suprême, appelé Allâh, qui se trouvait au dessus de toutes ces divinités. C'est par Allâh qu'ils juraient et c'est en Son Nom (Bismuka Allâhumma) qu'ils scellaient leurs conventions et traités, étant donné que les dieux inférieurs appartenaient à une partie et non à l'autre, et qu'il ne convenait donc pas de les invoquer dans de tels cas.
De là, la nécessité d'un Dieu universel. Welhausen dit: «L'adoration d'Allâh venait en dernier lieu. Les dieux préférés furent ceux qui représentaient les intérêts d'un cercle particulier et qui satisfaisaient les désirs de leurs adorateurs».
Ils adoraient aussi les anges, qu'ils appelaient déesses, c'est-à-dire, les femmes ou les filles de Dieu. Ils représentaient leurs images et leur rendaient un hommage divin. Al-Lat, une immense image de granit gris, principale idole de la tribu de Thaqif à Tâ'if, et al-'Uzza, un bloc de granit, long de quelques six mètres, furent adorées comme les femmes du Dieu Suprême. Hobal, une immense idole de forme humaine, apportée de Syrie et installée avec ostentation dans un haut lieu d'honneur, fut adorée à la Ka'bah où furent consacrées un grand nombre d'idoles et les images d'Ibrâhîm et d'Ismâ'îl portant chacun dans ses mains des flèches divinatoires. Tel était l'état de la religion des Arabes avant que le Prophète Mohammad sorte parmi eux pour prêcher la doctrine du monothéisme, la marche droite et intègre de la vie, et l'idée de la responsabilité à assumer le Jour du Jugement.
L'époque du polythéisme, des conflits tribaux, de l'infanticide
etc... qui prévalaient tous dans l'ensemble de l'Arabie avant la
venue du Prophète Mohammad, fut appelée par ce dernier, l'époque
de l'Ignorance.
Etant donné que je dois traiter, à propos de la venue du Prophète Mohammad, de l'histoire de ses ancêtres (les Hâchimites), en particulier, il est convenable de décrire ici, aussi brièvement que possible, leurs origines et leurs antécédents, afin que le lecteur puisse s'en faire une idée.
Les Hâchimites sont connus comme les véritables Isma'îlites, étant la descendance de Kinânah qui fut le 7è descendant en ligne directe de 'Adnân, lequel est un descendant d'Ismâ'îl, le fils du grand Prophète Ibrâhîm.
Fihr, le grand petit-fils de Kinânah, s'appelait Quraych. La postérité de Quraych (Fihr) forma une vingtaine de familles ou clans dont tous les membres se faisaient appeler Quraychites ou tout simplement Quraych. Pour faciliter la distinction d'une famille ou d'un clan des autres, chaque clan portait le nom de son chef distingué, bien qu'ils soient tous, individuellement et collectivement, des Quraychites. Ainsi, les descendants de Hâchim (un Quraychite de marque), s'appellent les Banî Hâchim, de même que ceux de Ummayyah (le fils du frère jumeau de Hâchim) s'appellent Banî Omayyah.
Mohammad, le Prophète de l'Islam, appartenait à Banî Hâchim dont la ligne ci-dessous le relie directement à 'Adnân, un descendant d'Ismâ'îl, le fils béni d'Ibrâhîm: Mohammad Ibn (fils de) 'Abdullâh, Ibn 'Abdul-Muttalib, Ibn Hâchim, Ibn 'Abd-Manâf, Ibn Quçay, Ibn Kelab, Ibn Morrah, Ibn Ka'b, Ibn Lu'ay, Ibn Ghâlib, Ibn Fihr (Quraych), Ibn Mâlik, Ibn Nazâr, Ibn Kinânah, Ibn Khazima, Ibn Modrika, Ibn Ilyâs, Ibn Modhar, Ibn Nazâr, Ibn Ma'd, Ibn Adnân, un descendant d'Ismâ'îl fils d'Ibrâhîm.
Quçay, le grand-père de Hâchim et le sixième descendant en ligne directe de Fihr, fut Cheikh de la Mecque et le chef du territoire environnant. Quçay fut investi des cinq privilèges du gardien de la Ka'bah, à savoir:
1. Le Hijâbah, c'est-à-dire la possession des clés et du contrôle du Sanctuaire;
2. La Siqâyah et la Rifâdah, c'est-à-dire le droit de fournir boisson et nourriture aux pèlerins;
3. La Qiyâdah, c'est-à-dire le commandement des troupes en temps de guerre;
4. Le Liwâ', c'est-à-dire le droit d'attacher la bannière à la Hampe et de la présenter au porte-étendard;
5. Le Dâr-al-Nadwah, c'est-à-dire la présidence du Conseil.
Ses ordres étaient souverains (éminents). Ultérieurement, ces fonctions furent héritées par les petits-fils de Quçay, en l'occurrence, Hâchim (né en 442 après Jésus Christ), al-Muttalib, Nawfal et 'Abd Chams.
A Hâchim fut affecté le droit de fournir la boisson et la nourriture aux pèlerins. Il était riche et en position de s'acquitter de sa tâche avec une munificence princière et d'entretenir les pèlerins royalement. Son hospitalité princière le fit entourer, aux yeux de toute l'Arabie, d'un halo particulier de gloire. Sa charité dévouée au bien public, pendant la famine qui dura trois ans à la Mecque, accrut encore plus sa popularité. Hâchim organisait les expéditions commerciales de son peuple de sorte qu'à chaque hiver une caravane partait pour le Yémen et l'Ethiopie, alors qu'une seconde prenait la route de Ghaza et d'Angora et d'autres centres commerciaux de la Syrie, en été.(1)
La renommée et les succès de Hâchim, sans cesse croissants dans tout ce qu'il avait entrepris, suscitèrent la jalousie de son frère jumeau, 'Abd Chams et du fils de ce dernier, Ommayyah.(2) Certes ceux-ci étaient sans doute riches, mais au lieu de dépenser leur argent dans une entreprise utile, ils s'efforçaient de se montrer trop généreux devant leurs proches, et finirent par paraître ridicules aux yeux des Quraych qui observaient leurs vains efforts avec mépris. Omayyah devint, à la longue, si enragé qu'il défia ouvertement Hâchim de se soumettre à une épreuve de supériorité. Hâchim voulut éviter de se mesurer à quelqu'un de si inférieur à lui, à la fois en âge et en dignité; mais les Quraych qui aimaient de tels duels, ne le laissèrent pas s'esquiver. Aussi accepta-t-il le défi, mais à condition que le perdant offre cinquante chameaux aux yeux noirs et qu'il s'exile de la Mecque pendant dix ans. Un devin Khozâïte fut désigné arbitre. Ayant écouté les prétentions des deux parties, il déclara Hâchim vainqueur. Celui-ci prit les cinquante chameaux, les abattit et nourrit de leur viande toutes les personnes présentes. Omayyah partit donc pour la Syrie et s'y exila pendant dix ans comme convenu. Telle est donc l'origine de la rivalité et du conflit entre les Omayyades et les Hâchimites, qui feront, après plusieurs générations des ravages parmi les Hâchimites, c'est-à-dire, les descendants du Prophète en particulier, et leurs partisans en général.
Comment Chayba al-Hamd fut appelé 'Abdul- Muttalib
A l'époque où mourut Hâchim (environ 510 après J. C.), son fils était un petit garçon et se trouvait au loin, à Médine, avec sa mère Salma Bint (fille de) 'Amr, une dame distinguée des Banî Najjâr, un clan de la tribu de Khazrah. Hâchim confia les fonctions dont il avait la charge à son frère al-Muttalib (à ne pas confondre avec 'Abdul-Muttalib), en lui laissant des instructions précises pour qu'il les transmette à son fils. Al-Muttalib mena l'entretien des pèlerins d'une façon si splendide qu'il mérita le qualificatif d'al-Faydh (le Munificent). Entre temps, son petit neveu, Chayba al-Hamd (appelé ainsi parce que sa tête enfantine était couverte de cheveux blancs) grandissait sous les soins de sa mère veuve à Médine. Les Mecquois, ayant remarqué le beau jeune homme avec lui, présumèrent qu'il était son esclave et dirent à al-Muttalib: «Quelle belle affaire tu as faite!». Al-Muttalib, les informa, toutefois que ce garçon était son neveu Chayba, le fils de Hâchim. Ils scrutèrent minutieusement ses traits et jurèrent qu'il était le portrait de Hâchim. C'est cet incident qui fut à l'origine de son nom 'Abdul-Muttalib (l'esclave de Muttalib) et c'est à partir de là que le fils de Hâchim prit définitivement ce nom.(3)
L'Usurpation des Droits de 'Abdul-Muttalib
L'incident suivant offre un autre exemple des mauvais sentiments d'Omayyah envers les Hâchimites.
Al-Muttalib(4) transféra les fonctions du défunt Hâchim, à son fils conformément à sa volonté, tout en continuant à administrer les affaires lui-même. Mais al-Muttalib ne tarda pas de mourir. Le jeune 'Abdul-Muttalib avait deux oncles - 'Abd Chams et Nawfal. La mauvaise disposition du premier à son égard était évidente. Les quatre fils de 'Abd Manâf furent divisés en deux parties opposées l'une à l'autre. Hâchim et al-Muttalib formaient une partie, alors que 'Abd Chams et Nawfal constituaient la seconde partie. Nawfal, profitant de la faiblesse du jeune homme, le priva de ses droits à l'instigation de 'Abd Chams (le père d'Omayyah), et les usurpa pour lui-même, mais il fut contraint de reculer après l'intervention des proches parents maternels de 'Abdul-Muttalib qui leur demanda de venir de Médine pour l'aider.
Le Vu de 'Abdul-Muttalib. Le Puits de Zam-Zam
Ainsi, installé dans sa fonction d'entretien des pèlerins, 'Abdul-Muttalib accomplit sa tâche pendant des années. Mais il était dépourvu de force et d'influence et, n'ayant qu'un fils pour l'assister, il lui fut difficile de venir à bout de la faction contestataire des Quraych. Il sentait si profondément sa faiblesse et son infériorité par rapport aux familles puissantes et nombreuses de ses opposants qu'il fit le vu de sacrifier un fils à la Divinité. Sa prière fut entendue et il commença à avoir un fils après un autre. En même temps la fortune lui sourit. Il reçut en vision l'ordre divin de creuser le puits de Zam-Zam qui était comblé depuis des siècles et dont on ne se souvenait même pas de l'emplacement exact. Il fit des recherches diligentes pour le site du puits dans la proximité de la Ka'bah et il finit par retrouver les traces des travaux de sa maçonnerie. Aidé de son fils Hârith, le seul à être déjà grand, 'Abdul-Muttalib creusa de plus en plus profondément, malgré l'opposition des Quraych, jusqu'à ce qu'il trouvât les deux "Ghezalles" dorés, avec les épées et les armures complètes enterrées là depuis plus de trois siècles par le roi 'Amr Ibn Hârith. Ainsi fut découvert le puits de Zam-Zam.
Le flot d'eau fraîche et abondante qui jaillit du puits fut un triomphe pour 'Abdul-Muttalib. Jusqu'ici, on se procurait l'eau dans des puits dispersés un peu partout à la Mecque et emmagasinée dans des citernes près de la Ka'bah, pour être mise à la disposition des pèlerins. Mais désormais tous les autres puits furent abandonnés, et seul ce puits-là fut utilisé en raison du bon goût et de la pureté de son eau. L'origine de Zam-Zam reste entourée de mystère. Selon la tradition l'eau se mit à jaillir du sol pour la première fois sous les talons de l'enfant Ismâ'îl dont le père Ibrâhîm avait émigré avec sa mère Hagar dans ce pays inculte. Cette dernière avait continué à courir çà et là avec ardeur, derrière le mirage des sables mouvants, à la recherche de l'eau pour étancher sa soif. De là ce puits devint sacré et par la suite il acquit une sainteté(5) supplémentaire en partageant le caractère sacré de la Ka'bah et de ses rites.
'Abdul-Muttalib Tient sa Promesse
Les années s'écoulèrent et 'Abdul-Muttalib(6) se vit enfin entouré du nombre de fils qu'il avait souhaité. Chaque jour qui passait ainsi lui rappelait le vu qu'il avait fait témérairement alors qu'il était seul et troublé. Aussi amena-t-il ses fils à la Ka'bah pour tirer le sort pour chacun d'eux afin de désigner celui d'entre eux qui devait être sacrifié.
Le sort fatal tomba sur 'Abdullâh qui était le plus beau et le plus honnête parmi la jeunesse de l'Arabie, et le fils le plus chéri de 'Abdul-Muttalib. Celui-ci fut donc très affligé, mais il savait qu'il n'avait pas le choix, car il devait tenir sa promesse. Comment aurait-il dû accomplir le sacrifice, sinon par le couteau sacrificatoire? Ses six filles pleurèrent à chaudes larmes et s'accrochèrent à 'Abdul- Muttalib pour le persuader de faire un tirage au sort entre 'Abdullâh et dix chameaux qui représentaient le rachat courant du sang d'un homme. Si Dieu acceptait ce rachat, le jeune homme serait sauvé. Le sort fut tiré, mais le résultat ne fit que décevoir la famille angoissée. Le tirage au sort fut répété avec dix chameaux supplémentaires. A chaque nouvel essai 'Abdul-Muttalib rajoutait dix chameaux à la mise, mais Dieu semblait refuser toujours le rachat et exiger le sacrifice du garçon. Au dixième jet où la rançon atteignit cent chameaux, le sort tomba sur les chameaux. Pour mieux s'assurer que cette dernière rançon était bien acceptée par Dieu, il répéta trois fois le tirage au sort, et chaque fois le sort tomba sur les chameaux. Aussi égorgea-t-il joyeusement les cent chameaux entre Çafâ et Marwah et organisa-t-il un festin pour les habitants de la Mecque. C'est ce même 'Abdullâh qui deviendra le père du Saint Prophète Mohammad. Le sacrifice du père du Prophète et de son ancêtre Ismâ'îl fut annulé, mais pour être remplacé par un plus grand sacrifice, que ferait la postérité du Prophète Mohammad à Karbalâ'.(7)
«Et nous avons racheté son fils par un plus grand sacrifice». (Sourate al-Çaffât, 37: 108)
Désormais le renom et l'influence de 'Abdul-Muttalib commencèrent à s'établir. Une grande famille de treize fils puissants renforça sa dignité. Il devint, et restera jusqu'à sa mort, le chef virtuel de la Mecque. Les grandes fonctions de Siqâyah et de Rifâdah - c'est-à-dire le privilège exclusif de fournir l'eau et la nourriture - assurèrent aux Hâchimites une influence importante et permanente sous la direction solide de Hâchim, d'al-Muttalib et enfin de 'Abdul-Muttalib qui fut considéré, tout comme l'avait été son père Hâchim, comme le chef des Cheikhs de la Mecque.
Mais la branche des 'Abd Chams, forte de leurs relations nombreuses et puissantes, continua ses manuvres contre les Hâchimites et s'efforça de crier à l'hérésie et l'impiété pour les évincer de la garde de la Ka'bah. Suivant l'exemple de son père, Harb, fils de Omayyah essaya de déloger 'Abdul-Muttalib de sa position, en le défiant, pour prouver sa supériorité en vue d'occuper son poste. Mais à sa grande déception, l'arbitre prononça un jugement en faveur de 'Abdul-Muttalib, le déclarant détenteur légal de ce poste. Harb fut humilié et fuit la société de ses adversaires. Cet incident peut être considéré comme une cause supplémentaire de la haine noire qui agitait l'intérieur des poitrines des Omayyades contre les Hâchimites et, plus tard, d'autres événements plus sérieux contribuèrent à attiser les flammes de cette haine, lorsque les Omayyades se virent suffisamment forts pour se venger. Harb, fils de Omayyah, était le chef des Omayyades à l'époque dont nous parlons. Il détenait déjà le poste de commandant pendant la guerre qui contribua beaucoup à son ascension. En outre, il était un homme d'affaires plein de succès, ce qui le rendait à la fois riche et influent.
Tant qu'il vécut, 'Abdul-Muttalib fut considéré
comme le vrai chef de la Mecque mais, après sa mort, il n'y avait
pas un dirigeant puissant parmi les Hâchimites pour le remplacer.
Hârith, le fils aîné de 'Abdul-Muttalib était
déjà mort. Zubayr était le plus âgé et
ce fut à lui que 'Abdul-Muttalib légua ses fonctions. Zubayr
les transmit à son tour à Abû Tâlib, mais celui-ci
était trop pauvre pour assumer la tâche de fournir aux pèlerins
l'eau et la nourriture. Aussi abandonna-t-il son droit en faveur de 'Abbâs
qui était plus âgé que Hamzah et plus riche que les
autres. Abû Lahab, bien qu'il fût plus âgé que
ces deux frères, n'était pas bien disposé envers ses
frères, en raison de ses liens étroits avec les Omayyades
et de son mariage avec la fille de Harb. Mais al-'Abbâs aussi s'avéra
incapable de s'acquitter des deux tâches du père. Ainsi, alors
que la Rifâdah fut passée aux mains des rivaux, al-'Abbâs
se contenta-t-il de la Siqâyah, qui impliquait la responsabilité
du puits de Zam-Zam et qu'il détint jusqu'à l'avènement
de l'Islam où le Prophète l'y confirma en la transmettant
à sa famille. Ainsi, alors que la famille de Hâchim vit sa
position se rabaisser, ses rivaux, les Omayyades, qui avaient pour dirigeant
Harb, fils de Omayyah, réussirent une longue ascension tant désirée.
Cet état de choses dura jusqu'à la conquête de la Mecque
par le Prophète, environ cinquante ans plus tard.
LA NAISSANCE DU PROPHÈTE MOHAMMAD ET LES QUARANTE PREMIÈRES ANNÉES DE SA VIE
Le Prophète de l'Islam, Mohammad (Que la paix soit sur lui et sur sa sainte famille), est né à la Mecque, l'année où Abraha B. al-Achram, le vice-roi éthiopien du Yémen, de religion chrétienne, envoya une expédition contre la Mecque pour détruire la Ka'bah. Cette année-là fut baptisée 'Âm al-Fîl (l'Année de l'Éléphant), du nom de l'expédition, étant donné que les Arabes virent un éléphant pour la première fois à cette occasion. Les envahisseurs sont mentionnés dans le Coran sous la dénomination de "Açhâb al-Fil" (les Gens de l'Éléphant). Ils périrent par la Colère Divine:
«N'as tu pas va comment ton Seigneur a traité les hommes de l'Eléphant? N'a-t-IL pas détourné leur stratagème, envoyé contre eux des bandes d'oiseaux qui leur lançaient des pierres d'argile? IL les a ensuite rendus semblables à des tiges de céréales qui auraient été mâchées». (Sourate al-Fîl, 105: 1-5)
Quarante-cinq ou cinquante-cinq jours après l'expédition, le saint enfant est né, un vendredi, dans une maison connue sous l'appellation de Che'b Abî Tâlib.
La date de naissance retenue par les Chiites comme étant la plus probable est le 17 Rabî' al-Awwal, alors que les Sunnites retiennent le 12 Rabî ' al-Awwal, comme étant la date correcte. Toujours est-il que même entre eux-mêmes, ni les Shî'ites ni les Sunnites ne sont unanimes sur une date de naissance précise. Selon le calendrier chrétien, Cassin de Perceival, retient le 29 août 570 (après J. -C.) comme la date de naissance du Saint Prophète.
Âminah, la mère de Mohammad, n'avait senti ni gêne ni pesanteur due à sa grossesse et, de ce fait, ne savait pas qu'elle était enceinte. Elle apprit la nouvelle de sa grossesse dans une vision. Plus tard, elle rêva d'un ange qui lui suggéra de nommer son enfant Ahmad ou Mohammad. Elle appréhendait de tels rêves, et pour en conjurer les mauvais effets, on lui conseilla de porter quelque médaillon de fer, ce qu'elle fit jusqu'à la délivrance. L'ancêtre de Mohammad, c'est-à-dire Ismâ'îl, avait reçu son nom de la même façon; d'autres Prophètes aussi. (Voir Genèse XVI-11: «L'Ange du Seigneur lui dit: "Voici que tu es enceinte et tu enfanteras un fils. Tu l'appelleras du nom d'Ismâ'î1, car le Seigneur a entendu ton affliction"»; et Genèse XVII-19: «Et Dieu dit (à Abraham): "C'est Sarah, ta femme, qui t'enfantera un fils et tu l'appelleras du nom de Isaac"», et St. Matthieu, I-2: «Tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus».
Dès qu'il fut né, un messager fut envoyé à 'Abdul- Muttalib pour lui communiquer l'heureuse nouvelle de la naissance de l'enfant béni qui avait apporté avec lui une lumière soudaine(8) qui illumina tout le lieu sur le moment. 'Abdul-Muttalib accourut joyeusement vers l'enfant, le prit dans ses bras et le porta à la Ka'bah pour remercier Dieu de ce cadeau. II l'appela Mohammad, ce qui signifie en arabe "Celui qui est loué". Ce nom fut justifié par le Prophète après avoir reçu sa mission, pour le désigner comme le Paraclet promis.(9) (Voir "Le Nouveau Testament", Jean, XIV-26, XVI-27). Le septième jour après sa naissance bénie, un festin fut organisé par 'Abdoul-Muttalib avec grand éclat pour célébrer l'heureux événement.
Le père de Mohammad, 'Abdullâh, fils de 'Abdul- Muttalib, n'avait pas vécu assez longtemps pour voir la naissance de son fils.(10) Laissant sa femme enceinte, 'Abdullâh était parti en voyage d'affaires pour la Syrie. Sur le chemin du retour, il tomba gravement malade et il fut abandonné par la caravane à Médine, auprès des proches parents maternels de son père. En apprenant la nouvelle de la maladie de 'Abdullâh, 'Abdul-Muttalib envoya son fils Hârith pour le ramener à la Mecque, mais il était déjà trop tard. Hârith retourna donc pour rapporter la triste nouvelle de la mort de son frère et pour mettre toute la maison en deuil. 'Abdullâh n'était âgé que de 25 ans. Son vieux père l'aimait tendrement parce qu'il possédait ses traits et ses talents personnels qu'aucun de ses frères ne portait. La nouvelle porta un coup mortel à sa jeune femme. Elle ne put survivre longtemps à sa disparition. Lorsqu'il la quitta, ils venaient à peine de se marier. La seule consolation qui lui resta fut l'enfant. Mais le chagrin pesa si lourd sur sa santé que la fontaine de ses seins tarit, ne lui laissant aucune possibilité d'allaiter le nouveau-né.
Ainsi, celui-ci fut confié tout d'abord à Thawbiyyah, une servante d'Abou Lahab, son oncle, pendant une courte période. Plus tard Halîmah, une femme bédouine le prit en nourrice et l'éleva parmi les siens, les Banu Sa'd - la plus noble des races bédouines - qui habitaient sur les hauteurs au sud de Tâ'if.
Les femmes bédouines avaient l'habitude d'allaiter les enfants des citadins, et Halîmah était suffisamment riche pour prendre en charge Mohammad, et contrairement aux habitudes des tribus bédouines qui vivaient constamment en guerre les unes contre les autres, elle resta paisiblement à la maison pendant toute la période où elle prit soin de Mohammad. Halîmah garda Mohammad avec elle pendant environ cinq ans, au terme desquels il devint suffisamment grand pour n'avoir plus besoin des soins de sa nourrice. Halîmah le rendit donc à contrecur à sa mère Âminah.
Tout de suite après(11), Âminah se rendit à Médine (575 ap. J. -C.) pour montrer le petit garçon aux proches parents maternels de son père, emmenant avec elle Mohammad et Um Aymân, la servante de son défunt mari; ou plutôt elle voulait consoler son cur qui brûlait de jeter un regard sur le monticule de terre sous lequel son mari avait été enseveli à Médine. Durant son court séjour d'environ un mois à Médine, Âminah sentit une défaillance dans son cur. Elle se hâta de rentrer, mais pendant son voyage de retour elle mourut à Abwa, à mi-chemin entre Médine et la Mecque, et elle y fut enterrée. Um Aymân ramena Mohammad à la Mecque où il fut pris en charge par son grand-père 'Abdul- Muttalib qui avait atteint l'âge respectable de quatre-vingt ans. Mohammad avait alors six ans et était traité par son grand-père avec une tendresse infinie. Um Aymân était encore sa nourrice.
La garde de 'Abdul-Muttalib ne dura toutefois qu'environ deux ans.(12) Il rendit le dernier soupir en 578 ap. J.-C., laissant derrière lui l'orphelin à l'âge de huit ans. Mohammad sentit amèrement cette perte et il suivit le convoi funèbre les larmes aux yeux.
Alors qu'il se trouvait sur son lit d'agonie, 'Abdul- Muttalib avait embrassé Mohammad pour la dernière fois et l'avait confié à ce moment-là à son fils Abû Tâlib, le demi-frère (par la mère) du père de Mohammad, en lui enjoignant de traiter l'orphelin aussi tendrement que s'il avait été son propre fils. Il avait dit: «Ils doivent prendre soin de ce beau petit garçon: rien dans leur famille n'est plus précieux que lui». Abû Tâlib avait promis très affectueusement de le faire, et son comportement ultérieur montra combien il tint scrupuleusement parole. Il aima l'enfant tendrement, il le faisait dormir au chevet de son propre lit et l'emmenait avec lui partout où il allait. Cela continua jusqu'à ce que Mohammad ait environ vingt ans.(13)
(Le dévouement d'Abû Tâlib pour Mohammad pendant sa jeunesse et la protection qu'il lui avait assurée contre l'hostilité des Quraych à son égard seront expliqués ultérieurement. Sa femme Fâtimah Bint Asad - la mère de 'Alî - ne fut pas moins ardente dans son affection pour Mohammad qu'elle traita comme son propre fils).
Le Voyage de Mohammad en Syrie
Abû Tâlib décida un jour d'entreprendre un voyage d'affaires en Syrie (528 ap. J.-C.), avec l'intention de laisser Mohammad à la Mecque. Mais l'enfant refusa de se séparer de lui et s'accrocha tellement à son oncle que celui-ci en fut profondément touché. Ne pouvant pas le voir pleurer, il consentit à l'emmener avec lui en Syrie.
Il est à noter que pendant ce voyage, lorsque la caravane fit halte à sa dernière étape vers Bostra, Abû Tâlib se reposa près d'une église de moines nestoriens. Là, l'un de ceux-ci, dont le nom était Boheira ou Sergius, remarqua qu'un nuage couvrait de son ombre Mohammad.(14) Aussi vint-il près de lui lorsqu'il s'assit sous un arbre(15) qui se plia comme pour présenter ses respects à Mohammad, et examina-t-il méticuleusement ses traits. Il vit alors une impression pareille à un grand grain de beauté, de la taille d'un uf de pigeon, entre ses deux épaules (le sceau, ou la pièce justificative de sa Mission Divine), ainsi que certaines indices sur son visage, ce qui lui donna la conviction d'avoir affaire à la personne prédite dans l'Ecriture comme le futur Prophète. Après un peu de méditation et de contemplation, il conseilla à Abû Tâlib de protéger le garçon contre les innombrables dangers qui, dit-il, l'attendaient et qui émaneraient de son propre peuple dont il était destiné à être le Sauveur.
La Disposition d'Esprit de Mohammad
Etant donné que Mohammad était né et avait été élevé dans la famille sacerdotale des gardiens du sanctuaire de la Ka'bah, et qu'il était naturellement doué d'un esprit pensif et méditatif, l'ordre et la bienséance de la maison d'Abû Tâlib, les offrandes pieuses et les prières dévotes faites par lui-même et ses proches, l'observance scrupuleuse des rites sacrés, et surtout l'environnement sacré et impressionnant du Sanctuaire lui-même, laissèrent une forte impression sur l'esprit de Mohammad et lui inculquèrent une tendance à la dévotion à l'Omnipotent et Omniprésent Seigneur.
La Guerre de Sacrilège (585 ap. J. -C.)
Lorsque Mohammad eut quatorze ou quinze ans, une guerre, ou plutôt un conflit tribal, éclata entre les Banî Kinânah et les Banî Hawâzin, dans laquelle Mohammad fut forcé de s'engager deux fois pour aider son oncle Zubayr. La guerre eut lieu pendant les mois sacrés, sur le territoire sacré, et dura, avec des engagements épisodiques, environ neuf ans. Ces événements furent appelés Fujâr ou la "Guerre sacrilège".
Hilf al-Fudhûl (595 ap. J. -C.)
Etant donné que Mohammad était doté par la nature d'un esprit compatissant, son cur saignait de douleur à la vue des outrages terribles qui étaient perpétrés im-pitoyablement sous ses yeux, souvent par ses propres concitoyens, contre des gens sans secours.(16) Il désirait donc sérieusement corriger leurs murs, si possible, et cultiver en eux la crainte de Dieu, et il uvra sans relâche dans ce sens. Animé par de tels nobles sentiments, alors qu'il n'avait que vingt ans, il voulut prendre quelques mesures en vue de l'éradication de la violence et de l'injustice. Ce fut dans ces circonstances que Zubayr, le plus âgé des fils survivants de 'Abdul-Muttalib, forma une ligue dans le but de suggérer aux principales tribus de Quraych de s'engager par serment à assurer la justice aux faibles. Les Hâchimites, les Banû Zohrah et les Banû Taym participèrent à la ligue et jurèrent qu'ils se dresseraient comme défenseurs des gens lésés, qu'ils veilleraient à ce qu'aucune injustice ne restât impunie et que les revendications des opprimés seraient pleinement satisfaites.
Le serment est connu sous le nom de Hilf al-Fudhûl. Il s'avéra utile autant comme une prévention de la violence que comme un moyen de réintégration. Quelques années plus tard, Mohammad dira qu'il se sentait heureux du souvenir de l'initiative qu'il avait prise lui-même dans la création de la Ligue du Serment, initiative prise dans la maison de 'Abdullâh B. Jod'ân pour mettre fin à la violence et à l'oppression.
Ayant acquis, sous la direction de son oncle Abû Tâlib un homme de grandes compétences commerciales - une véritable connaissance et expérience des transactions commerciales par caravanes, et étant très apprécié par ceux qui avaient eu l'occasion d'avoir des contacts avec lui, quelques commerçants l'engagèrent comme représentant pour conduire des affaires commerciales pour leur compte. Mohammad s'acquitta avec un tel succès de son travail que les gens s'étonnèrent de son intelligence et de sa capacité dans les affaires. Ils furent tous parfaitement satisfaits de son honnêteté, et toute la Mecque se confondit en louanges pour sa véracité, son fort caractère moral, son honnêteté dans la conduite des affaires et le crédit de confiance dont il jouissait à tous égards. Son caractère irréprochable et la conduite honorable de ce jeune homme discret lui firent gagner le respect de tous ses concitoyens, et lui valurent le titre unanimement consenti d'Amîn, "Le Digne de confiance".
Le renom de droiture et de rectitude de Mohammad par vint aux oreilles de Khadîjah, une noble dame Mecquoise de Quraych. Son père Khuwaylid était le fils d'Asad, lequel était le petit-fils de Quçay.(17)
Khadîjah était suffisamment riche pour exercer le commerce avec ses propres caravanes que menaient ses esclaves et ses serviteurs. Aussi avait-elle besoin d'un homme capable de faire des voyages pour son compte. Elle envoya donc un mot à Mohammad par l'intermédiaire de l'ami de ce dernier, Khozaymah Ibn al-Hakam, qui avait des liens de parenté avec elle - lui offrant le double du salaire pratiqué à l'époque. Mohammad entra dans son service avec le consentement d'Abû Tâlib.
Conduisant une caravane de commerce pour elle, il partit pour Bostra, sur le chemin de Damas. Maysarah, un serviteur de Khadîjah, l'accompagna pendant son voyage. Au cours du voyage à Bostra, Maysarah remarqua que Mohammad était ombragé par un nuage pendant la chaleur de la journée. Grandement surpris par ce phénomène, il le relata à Khadîjah à son retour. Une fois arrivé à destination, Mohammad réussit, par des échanges commerciaux avec les marchands syriens, à doubler les bénéfices habituels des marchandises de Khadîjah.
Selon un récit, avant de disposer des marchandises, il y avait eu un contentieux entre Mohammad et la personne qui voulait les lui acheter. Cette personne désirait que Mohammad jure par les déesses mecquoises: "Lât et 'Uzza", mais Mohammad refusa absolument de s'exécuter. Ce refus montre que Mohammad ne crut jamais aux idoles.
Lorsque Mohammad eut disposé des marchandises de son employeur et qu'il eut acquis pour elle les articles qu'elle voulait, il retourna à son pays natal avec Maysarah; et lorsqu'ils approchèrent de la Mecque, le serviteur reconnaissant persuada Mohammad d'être lui-même à la tête de la caravane à partir de Marr-al-Tzohran et d'apporter lui-même à sa maîtresse la bonne nouvelle de ses transactions réussies.
Khadîjah, entourée de ses servantes, était assise à l'étage supérieur de sa maison (qui est encore connue et vénérée comme étant "Mawled Fâtimah" ou le lieu de naissance de Fâtimah - La Dame de Lumière - un peu au nord-est de la Ka'bah) guettant l'arrivée de la caravane, lorsqu'un chameau apparut à l'horizon, s'avançant rapidement.
Quand il s'approcha un peu plus, elle s'aperçut que c'était Mohammad qui le montait, et qu'il arborait un visage brillant, protégé de la chaleur du soleil par un nuage. Elle fut éblouie par sa beauté et par tout ce qu'elle savait à son propos. Il entra dans la maison, raconta l'issue heureuse de ses affaires, et énuméra les articles de son goût qu'il lui apportait. Elle fut extrêmement contente de ce succès. Elle l'envoya ensuite pour la même raison au Yémen où, là encore, il obtint grâce à son savoir-faire et sa diligence un succès similaire, à la grande joie de Khadîjah.(18)
Khadîjah fait sa Demande en Mariage à Mohammad
Elle était une dame distinguée autant par sa haute naissance que par sa fortune. Elle avait déjà été mariée deux fois, et avait accouché de plusieurs enfants, mais elle était veuve à présent. Bien qu'elle eut quarante ans, elle paraissait plus jeune et avait un visage attirant, beau et rayonnant de bonne santé. Beaucoup de nobles Quraychites l'avaient demandée en mariage, mais préférant vivre dans un veuvage digne et indépendant, elle avait rejeté toutes ces demandes.
Mohammad était alors à la fleur de l'âge, n'ayant que vingt-cinq ans. Il était doté par la nature de beauté et d'une apparence agréable. Noble de naissance, il était aussi noble par sa conduite et par ses manières élégantes. Attirée par ses qualités personnelles, et fascinée par sa beauté et son élégance, Khadîjah désira l'épouser.(19)
Pour sonder son opinion à cet égard, elle députa une servante qui l'aborda: «Oh! Qu'est-ce qui se passe Mohammad?», faisant allusion adroitement au fait anormal de rester célibataire à cet âge. «Mais qu'est-ce qui t'empêche de te marier?». «Je n'ai rien à ma disposition, qui me permettrait de me marier», répondit-il. «Et si cette difficulté disparaissait et que tu sois invité à épouser une dame belle et riche, de noble naissance, qui te rendrait riche, ne désirerais-tu pas l'avoir?», lui dit la servante. «Qui pourrait ce être?», demanda Mohammad qui commençait à être saisi par cette idée. «C'est Khadîjah». «Mais comment pourrais-je y parvenir?». «Laisse-moi faire», rétorqua la femme. «Je n'ai pas d'objection à une telle union», affirma Mohammad. La femme repartit et rapporta la réponse à Khadîjah qui, sans perdre de temps, annonça à Abû Tâlib, l'oncle et le gardien de Mohammad, son désir de contracter une alliance matrimoniale avec ce dernier.
Après avoir consulté Mohammad, Abû Tâlib accepta la proposition, et le mariage eut lieu en 599 ap. J. -C. avec grand éclat et donna lieu à de nombreux festins.(20) Les invitations furent envoyées par Abû Tâlib et Khadîjah elle-même. Abû Tâlib lut lui-même le sermon de la cérémonie et paya de sa poche la dot de douze Okes et demi d'or, équivalent au prix de vingt jeunes chameaux de bonne race.(21)
Ce mariage s'avéra très avantageux pour Mohammad, car il le mit à l'abri de la nécessité de travailler dur pour gagner sa vie et lui donna le loisir de s'adonner à la méditation à laquelle il avait originellement tendance et qui avait été développée pendant la période de sa prise en garde par son oncle Abû Tâlib.
Il vécut d'une façon on ne peut plus affectueuse avec sa femme. Elle lui rendit bien son amour pour elle, et son estime pour lui augmentait au fur et à mesure que le temps passait. Le mariage fut un succès parfait à tous égards pour le couple. Khadîjah porta de lui son illustre fille, Fâtimah, destinée à devenir l'aïeule des Saints Descendants de Mohammad. Elle lui engendra également deux fils: Qâcim - dont le nom valut à Mohammad le sumom d'Abû Qâcim, et 'Abdullâh. Mais tous les deux moururent pendant leur enfance.
Ce fut sans doute à l'occasion de la mort d'un de ceux-ci que la femme d'Abû Tâlib, Fâtimah Bint Asad, qui était enceinte, offrit de céder son futur enfant, qu'il fût garçon ou fille à Mohammad, pour le consoler dans son deuil (Fâtimah n'était pas encore née). Cette offre s'avérera être un Décret Providentiel plus tard.
Fâtimah Bint Asad sentait l'enfant qui était dans son ventre la forcer à se lever par respect pour Mohammad chaque fois qu'il lui rendait visite, et il ne lui permit jamais de la laisser détourner sa face de Mohammad aussi longtemps qu'il se trouvait là. Ordinairement c'était le contraire qui aurait dû se produire, puisque la tante de Mohammad étant supérieure à ce dernier par le lien de parenté (tante - neveu) - elle était presque comme sa mère - avait droit à son respect pour elle; mais elle ne savait pas quelle force la faisait se lever dès qu'il arrivait, alors qu'il n'avait encore que trente ans.
Cet enfant n'était autre que 'Ali, qui naquit dans l'enceinte de la Ka'bah (600 ap. J. -C.), où personne d'autre n'était né depuis sa fondation des milliers d'années auparavant.
Lorsqu'il ouvrit ses yeux pour la première fois, la première chose qu'il vit fut le visage de Mohammad qui l'avait pris dans ses bras en le caressant. Son premier bain après sa naissance fut fait par Mohammad qui prédit à ce moment-là que l'enfant s'occuperait de son dernier bain (après sa mort). Cette prophétie se réalisera après le décès du Prophète. Le nouveau-né n'acceptait aucune autre nourriture que la salive de la langue de Mohammad, qu'il suça pendant plusieurs jours après sa naissance. Mohammad le caressait en le mettant sur ses genoux, et avait l'habitude de mâcher la nourriture pour nourrir 'Alî. Il le faisait souvent dormir à côté de lui dans le même lit, et 'Alî jouissait de la chaleur du corps de Mohammad et inhalait le parfum sacré de son souffle. Lorsqu'il grandit, il partagea les repas de Mohammad et il fut élevé, sous ses soins personnels, de façon à partager aussi son éthique élevée et ses murs.
'Alî était toujours prêt à risquer sa propre vie pour protéger Mohammad aux moments de danger et il lui était attaché affectueusement et avec une fidélité à toute épreuve. Les deux cousins étaient si soudés l'un à l'autre qu'ils vécurent toujours ensemble jusqu'à ce que la mort les séparât.
Lorsque 'Alî ne fut plus un petit enfant, Mohammad, voulant compenser autant que possible toutes les peines que son oncle Abû Tâlib s'était données en prenant soin de lui et en lui assurant une éducation excellente, prit à sa charge son cousin 'Alî, âgé de cinq ans, en 605 ap. J. -C., afin de l'éduquer selon sa propre méthode; et selon la plupart des hadiths, il l'adopta.(22) Et, étant donné qu'une famine sévissait dans le pays à cette époque, Mohammad persuada son oncle al-'Abbâs de décharger Abû Tâlib des soins d'un autre fils, Ja'far.
Presque à la même époque, un garçon nommé Zayd, fils de Hârithah, fut offert à Mohammad par sa femme Khadîjah, comme esclave. Il était originaire d'une famille respectable d'une branche de la tribu des Khozaite, appelée Kalb; mais il avait été enlevé pendant son enfance par une bande de pillards et vendu à Khadîjah.
Ayant trouvé les traces de son fils, le père vint à la Mecque, prit contact avec Mohammad et lui proposa une grande somme pour son rachat, somme que Mohammad refusa poliment. Ce dernier(23), qui avait déjà affranchi Zayd, lui donna la permission d'opter pour le retour chez son père, mais Zayd ne voulut pas perdre le traitement affectueux auquel il s'était habitué, et préféra rester avec Mohammad qui le mariera plus tard à Om Ayman, son ancienne servante. Osâmah, le célèbre Général à qui Mohammad confiera le commandement de l'expédition contre les Grecs tout juste avant son décès, était le fils de ce même Zayd, et le fruit de ce mariage. Zayd fut tué à Mota alors qu'il commandait une précédente expédition contre le même peuple.
La Reconstruction de la Ka'bah
Mohammad était âgé de trente-cinq ans lorsqu'un événement survint qui augmenta sa popularité parmi les membres des tribus. Les murs de la Ka'bah étaient bas et délabrés, devenus mal affermis à la suite d'une inondation qui causait souvent des ravages similaires, comme ce sera le cas encore en 1627 ap. J. -C. où une telle inondation endommagera trois côtés du bâtiment sacré. En raison de l'absence d'un toit, des voleurs avaient escaladé les murs et volé de précieuses reliques, qu'on retrouva heureusement. C'est pourquoi on décida de rehausser les murs et de les couvrir d'un toit.
Entre-temps un bateau grec avait fait naufrage au bord de la Mer Rouge, près de Cho'aybah, l'ancien port de la Mecque. Walîd Ibn Moghîrah assista à la scène du désastre, récupéra les bois du bateau détruit, et s'assura les services de son capitaine, Baqum, qui était un architecte compétent, pour l'aider à la reconstruction de la Ka'bah.
Les nombreuses tribus de Quraych s'étaient regroupées en quatre corps dont chacun avait la charge d'un des quatre côtés de la Ka'bah. Ainsi, un côté était assigné aux Banî 'Abd Manâf, y compris les descendants de Hâchim: 'Abd Chams, Nawfal et 'Abdul-Muttalib, et aux Banî Zohrah; un second aux Banî Asad et aux 'Abd-al-Dâr; un troisième aux Banî Makhzûm et aux Banî Taym; et le quatrième aux Banî Sahm, à 'Adî et 'Amr Ibn Lo'ay. Les vieux murs dégradés furent démolis jusqu'à la couche de pierres vertes, appelées "Fondations d'Ibrâhîm", et c'est sur elles que furent élevés les nouveaux murs.
Pour la construction de l'enceinte sacrée, des pierres de granit vert furent coupées dans les collines avoisinantes et apportées par les citoyens sur leurs têtes. Mohammad et tout le corps de Quraych assistèrent aux travaux. Comme à l'accoutumée, les gens ôtèrent leurs sous-vêtements pour les poser sur leur tête afin de mieux supporter le poids et la rudesses des pierres. Lorsque Mohammad ôta à contrecur son vêtement, il tomba malencontreusement par terre et une voix s'éleva d'une source invisible, le prévenant de ne pas s'exposer au danger. Il se leva sur-le-champ, et personne ne le vit jamais dénudé depuis sa première jeunesse jusqu'à sa mort.
Al-Hajar al-Aswad ou la "Pierre Noire"
Lorsque les murs de l'angle est furent suffisamment hauts pour fixer al-Hajar al-Aswad, ou la "Pierre Noire" sacrée, une dispute éclata à propos de la partie à qui revenait l'honneur de placer la "Pierre Noire" dans son nouveau réceptacle, car chaque famille des Quraych revendiquait ce privilège. Le contentieux s'aggrava tellement qu'il faillit tourner à l'effusion de sang. La construction fut suspendue pendant quatre ou cinq jours. A la fin, Abou Omayyah (de la famille des Banî Makhzum, le frère de Walîd père de Khâlid), le citoyen le plus âgé, suggéra que celui qui aurait la chance d'entrer le premier dans l'enceinte sacrée par la porte de Banî Chaybah (ainsi appelée parce qu'elle avait été probablement construite par Chaybah Ibn Ahmad) soit choisi pour régler le différend ou placer lui-même la Pierre.
Sur quoi Mohammad apparut, alors qu'il s'était absenté provisoirement. Il fut donc le premier homme à entrer par ladite porte à l'intérieur de l'enceinte. Et l'assistance s'écria: «Voilà venu al-Amîn, l'arbitre! Nous sommes prêts à accepter ce qu'il décidera!».
Mohammad reçut la mission calmement et avec sang froid, et il saisit lui-même l'occasion à la fois d'accomplir son devoir comme le Missionnaire Divin (bien que ce fait n'eût pas été réalisé à ce moment là) et de réconcilier les quatre parties en conflit par sa solution rapide et judicieuse à ce problème épineux. Il ôta son manteau, l'étendit sur le sol, y plaça la pierre sacrée, invita un chef de chacune des quatre parties à s'avancer pour relever les quatre coins du manteau au niveau du mur. «Ils s'exécutèrent, et Mohammad poussa la "Pierre Noire" de ses propres mains vers sa place dans le mur, au coin sud-est de l'édifice, cinq pieds au dessus du niveau du sol». ("Madârij al-Nubuwwah"; "Rawdhat al-Ahbâb")
Il n'y a pas de doute que le fait que le jeune Mohammad ait été choisi pour arbitrer entre ses propres concitoyens des questions sacrées, malgré la présence de chefs âgés et vénérables, laisse entrevoir la main de la Providence et la Volonté Divine d'en faire l'Élu de Dieu pour être le prophète de son peuple. Bien que ce fait passât inaperçu parmi ce peuple, cette décision souligna le caractère de Mohammad pour son esprit prompt et pour sa détermination prudente, et rehaussa l'estime et le respect dont il jouissait parmi les membres des tribus.
Je n'essaierai pas de décrire la Pierre Noire de la Ka'bah comme un aérolithe ou comme un ange transformé en pierre. Quelle qu'elle puisse être, il suffit de dire qu'elle avait été tenue pour sacrée par Ibrâhîm et Ismâ'îl, universellement reconnus comme des Prophètes révérés, qui l'avaient fixée dans le sanctuaire de la Ka'bah, et qu'elle est considérée comme sacrée depuis lors.
Les Retraites Spirituelles de Mohammad
L'environnement de recueillement de la Ka'bah et les cérémonies sacrées que les gens y accomplissaient avaient déjà profondément marqué l'esprit de Mohammad. Mais sa dernière expérience lui avait montré que les diverses formes d'adoration n'étaient que des bêtises ou du moins des rites simplement transmis de père en fils. Les gens n'étaient pas sincères dans leur adoration. Il se sentit profondément affligé de leur irrespect et de leur négligence complète de leurs responsabilités devant le Tout Puissant Créateur et le Jour du Jugement.
Les traditions lui indiquaient la pureté de la foi de leur ancêtre Ibrâhîm, et il se rendit compte donc combien cette dévotion pure était maintenant corrompue et érigée en idolâtrie grossière et en crimes atroces perpétrés dans le pays. Il avait grande envie de ramener l'humanité égarée vers le droit chemin et de faire revivre l'adoration du Tout Puissant Seigneur telle qu'avait été pratiquée à l'époque d'Ibrâhîm.
En fait il avait toujours été un homme de réflexion et enclin aux méditations religieuses. Maintenant il se retirait avec ardeur dans le silence et la solitude pour prier et méditer. Pendant les heures de ses retraites solitaires dans le désert, que ce soit dans les ténèbres de la nuit ou sous la lumière éblouissante du jour, son attention était toujours fixée sur les preuves naturelles des étoiles scintillantes et des constellations brillantes, de la lune et du soleil glissant silencieusement tout au long du profond ciel bleu. Tous ces témoignages désignaient du doigt l'existence du Créateur, l'Administrateur Suprême. Ils semblaient le charger d'une mission spéciale. Une voix basse, qui ne passe jamais inaudible pour l'auditeur attentif, s'enflerait jusqu'à devenir majestueuse et prendre des tons plus impérieux, comme lorsque l'orage éclate avec son éclair en zigzag et son tonnerre grondant dans la vaste solitude des montagnes mecquoises.
Le Lieu de Séjour Favori de Mohammad
Le lieu de séjour favori de Mohammad était une grotte dans la Montagne de Hirâ, donnant sur la Ka'bah, à une distance d'environ cinq kilomètres au nord de la Mecque, où il se retirait fréquemment pour prier et méditer, et où il vivait tout seul, réservé et méditatif, pendant de longues périodes. II passait souvent des nuits entières dans cette grotte, absorbé par des pensées profondes, comme s'il était plongé dans une profonde communion avec l'Omniprésent Dieu de l'univers.
Pendant les mois de Rajab et de Ramadhân, il avait l'habitude de passer tout son temps dans cette grotte obscure et entourée d'un environnement sauvage, se résignant totalement à la Volonté du Tout Puissant et du Gouverneur Suprême et Juge de l'humanité. Enfin il eut des visions dans ses rêves où il entendit des voix d'une source invisible indiquant les traces de l'objet qu'il cherchait. Les conceptions du Très Haut se présentèrent à son esprit, exactement comme il l'espérait: une foi profonde et sérieuse en l'Omnipotent et l'Omniprésent Seigneur, le Seul Etre digne d'être adoré.
Désormais, il était considéré par les membres
de la famille et les proches parents, ainsi que dans le cercle d'amis et
de connaissances, comme un homme très pieux et saint. Lorsqu'il
eut trente-huit ans, il commença à être conscient d'une
certaine lumière qui l'entourait pendant ses prières de dévotion.
A l'âge de quarante ans, alors que Mohammad passait le mois de Rajab, comme il en avait l'habitude, dans la solitude solennelle de la grotte de la montagne de Hirâ', priant, jeûnant et méditant sur la conception divine et sur la régénération humaine, il entendit subitement une voix qui rompit le silence profond et l'atmosphère calme de la nuit du 27 de ce mois-là pour l'appeler par son nom. Il regarda autour de lui, mais il ne vit personne. Il entendit de nouveau la même voix et un flot de lumière d'une splendeur éblouissante se présenta devant lui. Il vit tranquillement une forme humaine s'approcher de lui. C'était l'Ange Gabriel qui venait calmement vers Mohammad, tenant devant lui un rouleau de soie et lui demandant de lire ce qui y était écrit. Mohammad s'étonna: «Que devrais je lire?» Là, l'Ange pressa Mohammad fort contre lui de sorte qu'il fût humecté de sueur. Il sentit alors son esprit s'illuminer d'une lumière céleste, et ses yeux s'ouvrir pour lire ce qui était écrit sur le rouleau. Aussi put-il réciter:
«Lis au Nom de ton Seigneur Qui a créé. IL a créé l'homme d'un caillot de sang. Lis! Car ton Seigneur est le Très Généreux, Qui a instruit au moyen du calame. IL a appris à l'homme ce qu'il ne savait pas». (Sourate al-'Alaq, 96: 1-6).
Lorsqu'il eut fini la récitation, le messager céleste annonça: «Ô Mohammad! En vérité, tu es le Prophète de Dieu et je suis Son Ange Gabriel!».
Ce fut la première révélation du Ciel à Mohammad, et le premier passage du Livre Céleste, le Coran, descendu sur lui. L'Ange Gabriel partit. Les mots qu'il avait demandé à Mohammad de lire restèrent gravés dans le cur du Prophète.
Ne sachant pas avec certitude si tout ce qui s'était passé cette nuit était la réalité, et si son désir profond de ramener l'humanité égarée vers le droit chemin et de restaurer la vraie adoration du Tout-Puissant Allâh, telle qu'elle avait été pratiquée par les adeptes d'Ibrâhîm, avait été exaucé, ou si ce n'était qu'une pure illusion, il retourna troublé à la maison, tôt le lendemain matin.
Sur le chemin du retour il entendit des voix: «Que la paix soit sur toi! Ô Prophète d'Allâh!», comme si elles sortaient des pierres et des arbres. Les mots du rouleau de soie revinrent alors à son esprit et il sentit qu'il avait reçu l'ordre de promulguer l'Unicité Divine.
Il arriva enfin à la maison, tremblant, comme s'il avait peur, et il dit à sa femme Khadîjah: «Cache-moi! Cache-moi!». Elle le couvrit promptement et lui demanda tendrement la cause de ce comportement inhabituel. Il lui raconta tout ce qu'il lui était arrivé. Khadîjah reçut la nouvelle avec une grande joie, étant donné qu'elle croyait déjà en Un Dieu Unique et qu'elle reniait le polythéisme. Elle savait déjà que son vieux et vénérable cousin, Waraqah Ibn Nawfal, croyait Mohammad prophète. Aussi accourut-elle pour l'informer de l'événement en détail.
L'ayant écoutée attentivement s'écria: «Quddûsun! Quddûsun! Ceci était al-Namûs al-Akbar qui vint à Moïse», et il crut volontiers à tout ce qui lui avait été communiqué, affirmant qu'à son avis tel était le mode habituel de la Révélation. Il dit que de même qu'aux époques antérieures Dieu avait envoyé Gabriel pour faire des révélations aux grands prophètes, de même Gabriel était envoyé à présent par Allâh à Mohammad.(24)
Waraqah Ibn Nawfal connaissait très bien l'hébreu et était versé dans la connaissance des Ecritures juives et chrétiennes. Ayant lu dans ces livres sacrés des prophéties sur le futur prophète, il trouva que les traits caractéristiques de Mohammad correspondaient parfaitement, dans tous leurs détails, aux dites prophéties; aussi crut-il en lui comme étant le Prophète Promis.
La date de la première révélation fut, selon plusieurs historiens, le 27 Rajab (610 après J. -C.)(25), un lundi. Selon d'autres, ce fut le 17, le 18 ou le 19 Ramadhân, ou bien le 12 Rabî' al-Awwal. Il n'y a pas de différend concernant le jour de la semaine.
La mission de Mohammad est considérée généralement comme ayant commencé à cette date, qui marque le début d'une ère qu'on appelle l'année de la Bi'thah (Mission). A partir de là, et quelque temps après la première révélation, une succession de révélations lui furent faites tout au long de sa vie.
Les révélations furent reçues de plusieurs manières: parfois comme une impression faite par l'action divine sur l'esprit du Prophète pendant son sommeil, parfois l'Ange Gabriel apparaissait soit sous forme humaine pour lui communiquer la révélation, soit sous sa forme angélique réelle, tout en restant invisible pour tous les autres yeux que ceux du Prophète; parfois le Prophète se trouvait dans un tel état d'esprit et de nerfs qu'il était insensible à toutes les apparences extérieures et qu'il avait une pâleur sur le visage qui reflétait une intense anxiété. Ce mode de révélation était d'autant plus pénible que même par un jour très froid son front était humecté de sueur dans ces moments-là. Le temps ou les circonstances de la révélation variaient également. Ainsi, parfois, il recevait des révélations même lorsqu'il se trouvait à cheval ou sur le dos de sa mule ou de son chameau.
Les Premiers Croyants(26)
On a déjà noté que Khadîjah crut à la mission prophétique de son mari dès son début. Le cousin du Prophète, 'Alî âgé alors d environ dix ans, le suivit ensuite aussi rapidement que Khadîjah. Puis Zayd Ibn Hârith, l'esclave affranchi qui vivait sous le même toit que Mohammad, embrassa sa foi.
«En fait, Ibn 'Abbâs, Anas, Zayd Ibn Arqam, Salmân al-Farecî et bien d'autres affirmèrent qu'il ('Alî) avait été le premier à embrasser l'Islam, et selon certains, il y a même un consensus sur cette question». ("History of Califat", p. 171, la traduction anglaise de Major Jarret de "Târîkh al-Kholafâ'" d'al-Suyûtî (abrév. "Histrory of Califat", traduc. Major)
L'illustre 'Ali fut donc le premier à embrasser sans hésitation la croyance de Mohammad et à croire qu'il était le Prophète de Dieu.
Mohammad disait que trois hommes, à savoir Ezakiel, Habîb Najjâr et 'Alî, qui avaient été les premiers à embrasser la foi de leurs prophètes respectifs, à savoir Mûsâ, 'Isâ et lui-même, sont notés comme Çiddîq.(27) 'Alî rejetait la revendication de cette épithète par toute autre personne (en dehors des trois désignés par le Prophète).(28)
Il est notable que Mohammad se présenta comme Prophète au début seulement aux membres de sa famille, c'est-à-dire à ceux qui étaient censés connaître le mieux ses défauts humains si défauts il y avait. Et on a là la preuve la plus crédible de la pureté de son caractère dans la vie domestique; autrement ils auraient dû être les derniers à croire à ses assertions.
Plus tard, Abou Bakr Ibn Abî Qohâfah, un ami du Prophète, fut facilement persuadé de devenir un disciple de ce dernier, à l'âge de trente-huit ans. L'histoire de sa conversion se présente comme suit: au cours d'un voyage vers le Yémen, Abû Bakr rencontra un vieux sage très instruit de la tribu de Azd, qui lui prédit qu'un Prophète apparaîtrait à la Mecque, dans un proche avenir, avec un jeune homme et un autre homme d'un âge avancé pour l'aider. Lorsque Abû Bakr retourna à la Mecque, il rendit visite à son ami Mohammad qui l'invita à se joindre à sa religion, l'Islam, en se déclarant lui même Prophète.(29) Abû Bakr lui demanda alors de lui donner une preuve à l'appui de son assertion, Le Prophète lui relata la prédiction du Sage du Yémen alors qu'il n'avait pas assisté lui même à la relation de cette prédiction, puisqu'il était resté à la Mecque pendant toute l'absence d'Abû Bakr. Abû Bakr accepta alors l'Islam et devint un adepte de Mohammad.
«Ibn 'Asâkir rapporte le témoignage suivant de Mohammad Fils de Sa'd Abî Waqqâç: «Lorsque j'ai demandé à mon père: "Est-ce que Abû Bakr (al-Çiddîq) fut le premier d'entre vous à embrasser la foi (musulmane)?». Il répondit: "Non, car il y avait plus de cinq personnes qui s'étaient converties avant lui, mais il était le meilleur d'entre nous en Islam"».(30)
Ibn Kathîr dit: «Il est clair que la famille de Mohammad - sa femme Khadîjah, son esclave affranchi, Zayd et la femme de celui-ci, Om Aymân, 'Alî et Waraqah - crut en lui avant tous autres».(31)
Salim Ibn Abî Ja'd, cité par Ibn Abî Chayhab et Ibn 'Asâkir, dit: «J'ai demandé à Mohammad Ibn Hanîfah: "Abû Bakr fut-il la première personne à embrasser l'Islam?". Il a répondu: "Non". Je lui ai demandé encore "Pourquoi est-il donc si exalté et si préféré que tout le monde ne parle que de lui?". Il a répondu: "Parce qu'il était le plus excellent de tous en Islam, depuis sa conversion jusqu'à sa mort"».(32)
Ibn 'Abd al-Bar, un savant de l'Ecole Malikite, rapporte que lorsqu'on a demandé à Mohammad Ibn Ka'b al-Qartdhi, qui de 'Alî ou d'Abû Bakr fut le premier à embrasser l'Islam, il répondit que c'était certainement 'Alî, ajoutant que quelques autres compagnons éminents du Prophète - tels que Salmân al-Farçî, Abû Thar, al-Miqdâd, Khabab, Jâbir, Abû Sa'îd al-Khudri, Zayd Ibn Arqam - avaient eux aussi affirmé que 'Alî fut le premier parmi les hommes à embrasser l'Islam, et qu'ils l'exaltent et le préfèrent à tous les autres Musulmans.(33)
C'est un fait admis que 'Alî fut placé pendant son enfance sous la garde de Mohammad qui, comme un parent, lui donna une éducation morale, sociale et religieuse. Il vécut sous le même toit et dormit sur le même lit que Mohammad dont il partagea les repas. Ainsi, depuis sa tendre enfance, 'Alî suivit Mohammad aussi bien dans sa foi que dans tous les autres domaines. Il continua de le suivre lorsque Mohammad déclara être Prophète. Donc, on ne peut pas dire que 'Alî était un converti, car une conversion implique un changement de religion, alors qu'il n'y avait jamais eu aucune conversion dans le cas de 'Alî; ou en d'autres termes, on pourrait dire que 'Alî était né Musulman. Telles semblent être les circonstances dans lesquelles 'Alî déclarait qu'il s'était joint à Mohammad dans des prières, sept ans avant que nul autre n'en fasse autant. Par conséquent, personne d'autre que 'Alî ne peut prétendre avoir été le premier Musulman.
D'aucuns soutiennent qu'en soulevant cette controverse, bien que vaine, on cherchait à semer le doute dans l'esprit des masses dans le but de diminuer l'estime à laquelle 'Alî avait droit en tant que premier Musulman.(34)
Quelques temps après les événements précités, Abû Tâlib voyait parfois son fils 'Alî et son neveu Mohammad prier ensemble dans un endroit éloigné. 'Alî se mettait debout à droite de Mohammad. Abû Tâlib observait silencieusement leur nouvelle façon de pratiquer l'adoration - se courbant jusqu'à leurs genoux, puis se redressant tout droits, se prosternant ensuite jusqu'à ce que leur front eût touché le sol. Assistant à leur absorption et à leur humilité devant Dieu, il fut si impressionné par leur aspect de recueillement dans leur adoration qu'il(35) ordonna à Ja'far, un autre fils qui l'accompagnait, de se joindre à Mohammad à sa gauche. Lorsqu'ils eurent fini leurs prières, 'Alî expliqua à son père: «Je crois à l'Unicité d'Allâh, et que mon cousin Mohammad est Son prophète que je suis». «Suis-le, mon fils», répondit Abû Tâlib. «Il te guidera sur le droit chemin, et il ne t'invitera pas à fuir ce qui est bien».
Abû Tâlib, en tant que gardien de Mohammad, avait observé attentivement son comportement après la prédiction du moine nestorien, et il le trouvait supérieur en vertu à la jeunesse moyenne, ou pour mieux dire, il trouvait qu'il était considéré comme un homme saint.
Et sachant qu'il était déjà reconnu comme le guide
spirituel de certaines gens, il croyait sans doute possible Mohammad le
Messager de Dieu. C'est pourquoi il consentit à ce que ses fils
Ja'far et 'Ali le suivent.
La quatrième année de sa Mission, le Prophète Mohammad reçut l'ordre d'Allâh d'avertir ses proches parents: «Avertis tes plus proches parents» (Sourate al-Cho'arâ', 26: 214).
Aussi les invita-t-il tous à un entretien dans le but d'exécuter le Commandement d'Allâh. Un banquet consistant en une grande tasse de lait avec un pain d'un çâ' (environ trois kilos) de farine de blé et de viande avait été préparé par 'Alî conformément aux instructions du Prophète. Quarante personnes de ses proches parents, les 'Abdul-Muttalib, répondirent à l'invitation. Les oncles du Prophète, Abû Tâlib, al-'Abbâs, Hamzah et Abû Lahab étaient parmi les invités.
Mohammad leur servit ce repas apparemment sobre et le goûta lui-même en le commençant par l'invocation du nom d'Allâh, le Clément, le Miséricordieux. Ils le suivirent tous et mangèrent à leur faim; mais à la surprise générale, rien ne fut entamé, tout semblait rester tel qu'il avait été servi. Abû Lahab se leva alors en s'écriant que Mohammad les avait tous ensorcelés. La réunion fut ainsi rompue. Mohammad ne put prononcer un mot, car ils étaient tous partis.
Mais il les invita à nouveau pour un entretien semblable. Cette fois-ci il s'adressa à eux comme suit: «Ô fils de 'Abdul-Muttalib! Je ne connais personne en Arabie qui ait apporté à ses proches parents une chose plus excellente que ce que j'ai apporté pour vous. Elle vous servira dans cette vie et dans la vie future. Me croiriez-vous si je vous disais qu'un de vos ennemis vous attaquera le jour ou la nuit?». Ils répondirent en chur qu'ils le croyaient être un homme véridique. Il dit alors: «Sachez donc tous qu'Allâh m'a envoyé pour guider l'homme dans le Droit Chemin, et qu'IL m'a ordonné d'appeler tout d'abord mes proches parents, de les inviter à Sa Sainte Volonté et de les avertir de Sa Colère. Vous avez vu le festin miraculeux auquel vous avez assisté, ne persistez donc pas dans votre infidélité! Ô fils de 'Abdul-Muttalib! Allâh n'a jamais envoyé un Messager sans qu'il ait désigné son frère, héritier et successeur parmi ses propres parents. Qui va donc m'assister dorénavant dans ma noble tâche et devenir mon frère, mon héritier et mon successeur? Il sera à moi ce que fut Hâroun à Mûsâ (Moïse)».
Mohammad Proclame 'Alî comme son Successeur
Mohammad qui venait de prononcer son discours avec une ferveur religieuse fut déçu de voir toute l'assemblée garder le silence, quelques-uns étonnés, d'autres souriant avec un air d'incrédulité et de dérision.
Personne n'était prêt à l'accepter comme guide spirituel. Mohammad semblait compatissant à leur égard. A ce moment critique, 'Alî, le cousin favori du Prophète s'avança. Mais Mohammad lui ordonna d'attendre jusqu'à ce que quelqu'un de plus âgé s'avance. Le Prophète essaya en vain trois fois. A la fin, 'Alî, n'appr&e