Mohammad Bâqer
al-Sadr
LE MAHDI
(Le Messie)
OU
LA FIN DU TEMPS
Traduit et édité par
Abbas
Ahmad al-Bostani
Publication de la Cité du Savoir
Nouvelle édition : Juin 1999
Editeur :
Abbas Ahmad al-Bostani
(La Cité du Savoir)
C.P. 712 Succ. (B)
Montréal, Qc., H3B 3K3
Canada
E-mail : abbas@bostani.com
Copyrights: tous droits réservés à l'éditeur
ISBN: 2-922223-12-4
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Table des Matières
Note du Traducteur 5
Préface du Dr Hamid Hafni Daûd 7
Préambule 19
Comment expliquer la longévité
d'al-Mahdî? 26
Le Miracle et la Longue Vie 35
Que la loi de la vieillesse soit
rangée parmi ces lois 36
Pourquoi vouloir tant Prolonger sa vie? 39
Comment s'est parachevée la Formation
du Guide Attendu? 45
Comment Croire qu'al-Mahdî a
existé réellement? 52
Pourquoi le Guide n'est-il pas
réapparu? 60
Un seul individu peut-il Jouer un si Grand
Rôle? 66
Quelle sera la Méthode de Chanment le
Jour Promis? 68
Indications du Coran sur Al-Mahdî 73
1- «C'est Lui qui a envoyé
Son Prophète avec la Direction et la Religion vraie 73
2- «Si tu les voyais quand ils
seront saisis de peur 76
3- «Il (Jésus) est, en
vérité, l'annonce de l'Heure 78
4- «Oui, Nous avons écrit
dans az-Zabûr 79
5- «Nous voulons favoriser ceux
qu'on a affaiblis sur terre 81
La Croyance du Sunnisme à
al-Mahdî l'Attendu 82
L'authenticité des Hadîth sur
al-Mahdî 89
Hadîth du Prophète (P) sur
l'identité d'Al-Mahdî 91
1- Al-Mahdî est Kinânite,
Quraychite, Hâchimite 91
2- Al-Mahdî, descendant de 'Abdul-Muttalib
92
3- Al-Mahdî descend du Prophète
(P) 93
4- Al-Mahdî fait partie des Ahl-ul-Bayt
(les 14 Infaillibles) 94
5- Al-Mahdî fait partie de la
Progéniture "'itrah" (du Prophète (P)) 96
6- Al-Mahdî,
descendant de Fâtimah.. .. . . .96
7- Al-Mahdî sera un descendant de
l'Imam al-Hussain 98
8- Al-Mahdî est le fils de l'Imam
al-Hassan al-'Askarî 100
D'autres Hadîths confirment l'existence
d'Al-Mahdî et qu'il est bien le XIIe Imam d'Ahl-ul-Bayt 101
A- «Quiconque meurt sans avoir connu
l'Imam de son temps, mourra en jâhilite» 101
B- «La terre n'est jamais vide d'un
Guide qui, répondant pour Allah, maintient Ses témoignages
...» 103
Les Hadîth sur les "Douze Imams
(p)" clarifient le contenu des hadîth sur les "Douze
Califes" 110
Les Signes et les circonstances de
l'apparition de l'Imam al-Mahdî 119
Une Autre Vision d'al-Mahdî 127
La Question d'al-Mahdî
disséquée par Henri Corbin 127
"Cet oeil de l'âme qui jamais ne
sommeille" 128
Chronologie : Les Douze Imâm
d'Ahl-ul-Bayt 139
Bibliographie sommaire 143
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Ce livre
était à l'origine une préface destinée à un
grand ouvrage(1) sur l'Imam al-Mahdî. (‘aj)
Mais vu son
importance, sa méthodologie scientifique et la notoriété
de son auteur, il fut publié comme un livre à part.
Aussi ne doit-on
pas espérer y trouver une étude documentaire ni des
détails historiques inédits sur l'Imam al-Mahdî, une telle
recherche étant largement menée dans de nombreux ouvrages
spécialisés à cet effet.
Mais le
mérite et l'originalité de ce livre réside d'une part dans
le fait qu'il répond à l'essentiel de la question
d'al-Mahdî - à savoir pourquoi et comment croire à
al-Mahdî? - et d'autre part dans sa méthodo-logie scientifique.
En effet,
après avoir rappelé que "l'idée"
d'al-Mahdî - l'avènement d'un "Messie Annonciateur" de
la fin des temps - fait l'objet de la croyance unanime de toutes les
écoles juridiques islamiques - et non pas des Chî'ites seulement -
et qu'elle est même antérieure à la naissance de l'Islam,
il note que l'incarnation de cette "idée" dans la personne de
l'Imam al-Mahdî, (disparu depuis plus de mille ans et toujours vivant -
selon la croyance des Chî'ites imâmites duodécimains(2)) soulève une série
d'inter-rogations et un certain scepticisme chez beaucoup de Musulmans.
Après quoi, il regroupe ces interrogations sous forme de sept questions
principales et s'applique à y répondre selon une
méthodologie scientifique qu'aucun esprit rationnel ne saurait contester,
pour nous montrer que ce qui semblerait ordinairement inconcevable - la
longévité d'al-Mahdî, plus de mille ans - peut être
scientifiquement possible et logique-ment plausible lorsqu'on procède
par une analyse scientifique et un examen approfondi du problème.
L'intérêt
de ce livre ne se limite donc pas à la réponse qu'il apporte aux
interrogations des croyants, mais peut s'étendre également aux
matérialistes, aux incrédules et aux inconditionnels de "la
preuve scientifique", tout au moins par sa méthodologie, qui
consiste à traiter scientifiquement une question de la
métaphysique, du prodige et du surnaturel.
PRÉFACE
du Dr Hamid Hafni Daûd,
chef du département de la
littérature arabe
à la Faculté de
linguistique,
Université Ayn Chams, Egypte.
Le
Professeur Mohammad Bâqer al-Sadr est un savant érudit, et une
personnalité brillante qui fait la fierté de la pensée
moderne. Ses livres, ses recherches et ses articles se distinguent par une
objectivité dépouillée de toute position partisane,
passionnelle ou d'intérêt personnel. De là les
études dans tous les domaines qu'il a abordés ont-elles valeur de
valeurs intellectuelles, si j'ose dire.
En
effet, il est l'un des rares savants à allier dans son style les deux
piliers de l'originalité de l'expression:
a) la peinture artistique
b) le style scientifique et de procès-verbal.
Lorsqu'il
aborde un sujet aussi délicat que celui d'al- Mahdî, il lui
apporte sûrement un nouveau crédit; car ce sujet relève du
domaine du mystère et de la révélation, tout comme la
"Descente de Jésus"(3), la
"Sortie d'al-Dajjâl", l' "apparition de l'âne",
ainsi que bien d'autres questions dont l'idée ne peut être
traitée par l'expérience tangible dans les usines de la nature ou
les laboratoires de chimie, et qui doivent être soumises à un
autre type de démonstration, approprié à leur nature
spirituelle; ou en d'autres termes les questions dont la démonstration
repose sur l'expérience spirituelle, si l'expression est exacte.
Si
nous exceptons la première époque de l'Islam - jusqu'à la
fin du IIIe siècle de l'Hégire - les penseurs musulmans se sont
divisés en deux groupes face à la question d'al-Mahdî: un
groupe qui croit fermement qu'al-Mahdî réapparaîtra, le
moment venu. Il fonde cette croyance sur des hadîths du Prophète,
celui-ci étant un homme véridique dont les paroles sont
certitudes.
Les
penseurs appartenant à cette catégorie - qui forment la
majorité de la Umma - n'ont pas besoin de preuves et d'arguments pour
croire à al-Mahdî; car leur foi en "Al-Mahdî" est
telle qu'elle atteint le degré de certitude, et ils ressemblent en cela
à quelqu'un qui croit aux mystères comme s'ils se
matérialisaient sous ses yeux.
Cette
foi, Dieu l'accorde à qui IL veut parmi les fidèles de la Umma(4) du Maître des Prophètes, Muhammad,
Umma que Dieu a distinguée des autres nations selon le dire même
de notre Messager: «Aucune autre Umma n'a reçu autant de certitude
que la mienne».
Le
second groupe - très minoritaire, Dieu merci - se comporte comme s'il
croyait à une partie du Livre tout en en rejetant l'autre. Il entend
analyser les questions religieuses dans les limites de la logique de sa raison,
comme si les mystères et les textes révélés
devaient se traiter de la même manière que les autres questions de
l'univers. Il ne croit qu'à l'expérience du laboratoire et
récuse tout ce qui ne s'y rapporte pas.
On
ne peut qualifier ces gens-là d'ignorants - car il y a parmi eux des
hommes cultivés et même spécialisés dans des
cultures variées - ni de sots, car ils comptent des esprits intelligents
et doués. Ils nous rappellent plutôt cette prière du
Prophète: «O Mon Dieu! Je t'implore de me protéger d'une
science inutile».
L'intelligence
dont ils sont dotés, l'expérience et la science qu'ils ont
acquises ne leur servent à rien; car ils ne possèdent pas
l'esprit de discernement ou la raison capable de résoudre les questions
intellectuelles et les problèmes de la vie: en un mot la raison que j'ai
tendance à qualifier de "raison canonique" à laquelle
Dieu a conféré l'efficacité et la faculté de marier
l'instrumental(5) et le rationnel.
Le
niveau de ces gens-là - quel que soit le degré de
spécialisation qu'ils ont atteint dans leurs connaissances -
s'arrête là où s'est arrêté le niveau des
matérialistes, et ils sont par conséquent privés du
bienfait de cet événement extraordinaire (le
phénomène d'al-Mahdî) et de tous les faits religieux qui
tiennent du prodige.
En
outre, la "raison philosophique" est incapable de réaliser les
perceptions spirituelles alors que "la raison canonique" y parvient,
comme nous l'avons expliqué.
A
l'époque moderne, ce chaos s'est accentué et étendu
lorsque les gens ont été éblouis par les progrès
des sciences naturelles, et ont constaté les grandes réalisations
dans la voie de la découverte des secrets encore inconnus de l'univers,
et le progrès enregistré par les savants matérialistes
quant aux moyens des différentes sciences, dont les applications sont
devenues si évidentes dans les domaines de la technologie que l'homme se
croit être à un niveau où il pourrait faire aboutir toutes
ses revendications vitales et satisfaire avec facilité tous les besoins
de sa vie, en appuyant tout simplement sur quelques boutons pour obtenir ce
qu'il veut en temps de paix comme en temps de guerre.
Ayant
vécu les applications de ces sciences naturelles à la maison,
à l'usine et dans la rue, l'homme moderne en a subi l'influence,
laquelle, s'est manifestée sous forme d'un doute obsédant
à l'encontre de tout ce qui n'est pas matérialiste, doute qui a atteint
son âme et son cur en le privant du bienfait de la certitude. C'est
pourquoi il a renié tous ces prodiges, et est devenu incrédule en
ce qui concerne tous les miracles similaires.
Ainsi,
parler de la métaphysique et des événements
rapportés tantôt par le Coran tantôt par la Sunna, est
devenu une question spéculative que le savant - si érudit et si
compétent soit-il - ne pourrait plus inculquer dans l'esprit de cette
minorité de contemporains.
Les
anciens Musulmans - aussi bien Sunnites que Chî'ites - ont
été unanimes sur la vérité d'al-Mahdî, sur le
fait qu'il est de la Famille du Prophète, qu'il est le descendant
d'al-Hussayn, que Dieu le réformera en un jour ou en une nuit, qu'il
fera régner la justice et l'équité sur la terre à
un moment où celle-ci aura été remplie d' injustice et
d'iniquité, qu'il gouvernera sur la terre pendant sept ou neuf ans -
selon les différents hadîths - qu'il conduira l'humanité au
bonheur alors qu'elle aura sombré dans la misère, qu'il
accueillera Jésus, fils de Marie, à sa "descente", que
ce dernier priera derrière lui... ainsi que bien d'autres indications et
prédictions mentionnées dans environ 39 hadîths - de
sources Sunnites - et 300 hadîths - de sources Chî'ites
imâmites.
Donc
le consensus chez les deux parties - Sunnite et Chî'ite - sur l'existence
d'al-Mahdî, et sa réapparition lorsque le monde se trouvera en
crise et que la situation des fidèles sera troublée, n'est pas
sujet à caution. Mais là où les deux parties divergent,
c'est lorsque les Chî'ites croient qu'al-Mahdî, fils d'al-Hassan
al-'Askari, a disparu quelques années après sa naissance
bénie, alors que les Sunnites sans avoir des doutes sur la
vérité d'al-Mahdî, croient toutefois que Dieu le
créera le moment venu pour qu' il accomplisse les prodiges dont les
hadîths parlent.
C'est
donc à propos de la croyance selon laquelle la vérité
d'al-Mahdî (vérité admise par tous les Musulmans) se
rapporte bien à la personne de Muhammad al-Mahdî, fils de l'Imam
al-Hassan al-'Askari que son Eminence le Professeur Mohammad Bâqer
al-Sadr a choisi la méthode scientifique pour démontrer au
lecteur musulman - quelle que soit l'École juridique (math-hab) à laquelle il appartient -
que cette croyance n'est pas en contradiction avec le "possible
rationnel" et le "possible scientifique", bien qu'elle s'oppose
à ce qui est "pratiquement possible".
Par
conséquent la démonstration de l'existence et de la vie
d'al-Mahdî depuis le IIIème siècle de l'Hégire
jusqu'à nos jours n'est pas inadmissible pour la raison, notamment sur
les plans philosophique et scientifique, tout en étant difficilement
concevable dans son application.
Le
différend entre les Imâmites et les Sunnites ne concerne pas
l'essentiel, à savoir la venue d'un homme qui réformera la Umma
après une longue période de souffrance et de persécution
qui frappent durement les Musulmans, et notamment les adeptes de la voie
idéaliste, lesquels sont façonnés par les murs et la
conduite des Ahl-ul-Bayt (la Famille du Prophète) en s'attachant aux
idéaux mohammadites et aux valeurs islamiques, au mépris des
philosophies réalistes et matérialistes qui favorisent les
intérêts personnels au détriment de l'intérêt
général de la Umma (la nation islamique).
Tous
ces concepts qu'incarne la personnalité d'al-Mahdî font l'objet du
consensus unanime des deux parties de la Umma et sont concordants chez toutes
les écoles islamiques politiques et jurisprudentielles. Si nous
dénombrions ici tous les hadîths rapportés par des gens
parfaitement crédibles, et dignes de la confiance de tous, concernant ce
sujet, nous nous écarterions de l'objet de cette préface. Il nous
suffit, toutefois, de citer al-Majlicî et al-Tûsî
parmi les Chî'ites ja'farites, al-Safarini parmi les Hanbalites,
al-Chûkânî parmi les Zaydites, ainsi que Siddîq Hassan
Khan et Muhammad Ibn al-Hussayn al-Abiri.
Tout
ce que ces hommes ont rapporté sur la personnalité
d'al-Mahdî appartient aux conclusions des imams de l'ijtihâd absolu des huit écoles
jurisprudentielles, et notamment des cinq les plus adoptées d'entre
elles, celles de l'Imam Ja'far al-Sâdiq (Ja'farite), de ses deux
disciples Mâlik (Mâlikite) et Abou Hanîfah (Hanafite),
d'al-Châfi'î (Châfi'ite), d'Ibn Hanbal (Hanbalite).
Quant
aux fondateurs des trois autres écoles: al-imam Zayd (Zaydite),
Abâdh (Abâdhite), Dâwûd al-Dhâhir
(Dhâhirite), nous ne leur connaissons pas une seule parole qui renie
cette vérité.
Même
ceux qui sont extrémistes dans leurs recherches jurisprudentielles, tels
que les Kharijites, Ibn Hazm, Ibn Taymiyyah et Ibn 'Abdul Wahhâb la
confirment unanimement. Or chacun d'eux est, à notre avis,
considéré comme "mujtahid
d'une école", bien qu'ils ne soient pas au niveau de la
première catégorie de l'ijtihâd
absolu.
Le
différend entre les Sunnites et les Chî'ites sur cette question
est donc purement formel et ne constitue pas un véritable sujet de
discorde. Il se limite à ceci que les premiers (les Sunnites) estiment
que Dieu créera "Al-Madhi", le moment venu, à la fin
des temps, lorsque les crises se multiplient et deviennent aiguës, qu'il
est de la Famille du Prophète, qu'il descend de Fâtimah, et qu'il
constitue l'un des grands signes de l'Heure, comme l'affirme le hadîth
prophétique; alors que les seconds (Chî'ites) croient qu'il s'agit
de Muhammad Ibn al-Hassan al-'Askari qui entra dans le caveau de Samarra'(6) en l'an 255(7)
de l'Hégire, et que Dieu le fera réapparaître à la
fin des temps pour qu'il gouverne l'humanité selon la Voie sublime
suivie par 'Alî Ibn Abî Tâlib et ses descendants.
De
tels différends sont à notre avis formels, car le prodige
d'al-Mahdî ne se limite pas au fait qu'il vit 1300 ans, mais
réside surtout dans 1'acceptation des "gens des deux poids"(8) (la Umma) de se soumettre à lui et de
suivre sa Voie, ses idéaux et ses valeurs héritées du
Prophète et des Imams "Bien Guidés et Bons Guides
d'Ahl-ul-Bayt".
Sans
doute la doctrine adoptée par les Imamites dans ce domaine est-elle plus
révélatrice du prodige d'al-Mahdî et encore plus, de
l'honorabilité et de la noblesse de la position qu'il occupe dans la
Umma, sans pour autant avantager une des deux parties - les Chî'ites et
les Sunnites - par rapport à l'autre; car le critère de la
doctrine se limite ici à l'essence du prodige et au Message par lequel
Dieu qualifie al-Mahdî.
Le
savant Mohammad Bâqer al-Sadr, lorsqu'il se penche sur le second aspect
de ce prodige, veut en couvrir tous les aspects essentiels et formels qui
mettent en évidence son auteur (de ce prodige), c'est-à-dire
"Al-Mahdî". Et étant donné qu'il s'agit là
d'une question qui relève du domaine spirituel et dogmatique, sa
démonstration s'avère des plus difficiles même pour
quelqu'un d'aussi enraciné dans la science que l'érudit al-Sadr.
Par
démonstration, j'entends ici la démonstration scientifique qui
peut convaincre les penseurs contemporains, notamment les réalistes, les
expérimentateurs, les pragmatistes, ainsi que tous les adeptes du
matérialisme.
Avec
l'habileté du véritable savant, son Eminence Al-Sadr (auquel Dieu
avait conféré la disposition et l'instrument - par disposition
j'entends: le don naturel d'analyse des questions religieuses, et par
instrument: le fait de posséder et de réunir en lui, sous une
forme encyclopédique rarement égalée, les différentes
parties des sciences instrumentales et rationnelles, canoniques et
cosmogoniques) a pu traiter de ce prodige, d'une façon scientifique,
exactement comme le fait le savant naturaliste ou le chimiste dans le
laboratoire pour convaincre ses adversaires ou détracteurs.
Je
ne peux donc que lui serrer la main pour le féliciter du grand
succès qu'il a réalisé dans l'interprétation de ce
prodige d'al-Mahdî, en expliquant aux chercheurs logiciens les
degrés de la vraisemblance, en établissant, avec le doigté
du savant chevronné, un dosage entre le possible réel, le
possible scientifique et le possible logique en ce qui concerne l'âge
d'al-Mahdî depuis le IIIème siècle de l'Hégire
jusqu'à nos jours, et en faisant valoir qu'une telle longévité,
si elle n'est pas plausible sur le plan de la réalité, est
concevable sur le plan philosophique, et que si la science refuse d'envisager
une vie humaine qui s'étend sur 1300 ans, il n'est pas impossible
scientifiquement que, dans des cas exceptionnels, les cellules vivantes
l'emportent sur les facteurs de leur destruction et de leur
anéantissement.
Je
veux dire par là que les expériences des biologistes
effectuées sur certains animaux, pour étudier la
possibilité de prolonger la vie au-delà de ses limites
habituelles, montrent que les hypothèses avancées par le savant
al-Sadr, sont scientifiques et possibles du point de vue de la Science.
Mais
ce succès remporté sur les détracteurs et les adversaires
de la religion sur leur propre terrain, est aussi confirmé par la
science instrumentale (le Hâdith et le Coran). Ainsi, ce Hâdith
prophétique rapporté par des sources concordantes: «Vous
suivez les règles de vos prédécesseurs au point d'entrer
dans le trou du lézard s'ils vous précédaient»,
signifie que la Umma du Prophète Muhammad incarne, en les
résumant, tous les prodiges et les miracles qui s'étaient
produits déjà chez d'autres nations, et ne concerne pas
seulement, comme certains le croient, les péchés et les malheurs.
La
preuve en est que cette Umma n'a subi ni éclipse, ni dynamitage, ni
camouflet, grâce à la position privilégiée de son
Prophète auprès de Dieu. Il s'agit donc bel et bien des prodiges
semblables à ceux des missions prophétiques
précédentes, tels que le miracle des "Gens de la Grotte"
(Ahl al-Kahf) et celui d'Al-Aziz.
De
cette façon la démonstration scientifique de l'érudit
al-Sadr se trouve confirmée par l'argument coranique.
Si
Al-Aziz et son âne ont pu être morts pendant cent ans puis
ressuscités par la volonté de Dieu, et si les "Gens de la
Grotte" ont pu dormir, sans discontinuité et sans boire ni manger
pendant trois cents ans, pourquoi Dieu ne réaliserait-t-IL pas le
même miracle, en la personne d'al-Mahdî, pour la Umma de Son
Bien-Aimé Muhammad?
En
outre, selon les ulémas qui réunissent en eux la Loi
révélée, la Vérité et la Nature, la vie ne
prend pas fin - légalement - avec la fin de la résistance du
corps aux facteurs de destruction internes et externes, mais lorsque la
Providence en fixe le terme.
A
propos de ce mystère que ne connaissent que ceux qui sont
enracinés dans la science, l'Imam 'Alî, grand-père des
Imams a dit: «Ce qui conserve l'homme, c'est le terme de sa vie»,
et non pas sa santé ou les facteurs constructifs qui résistent
aux facteurs destructifs.
Je
ne puis conclure ma préface qu'en exprimant mes vifs éloges pour
la plaidoirie méritoire de Sayyed al-Sadr en faveur du prodige de l'Imam
al-Mahdî, plaidoirie formulée d'une façon scientifique
conforme à l'esprit de l'époque contemporaine, car je ne pouvais
pas imaginer qu'un savant musulman essaye un jour de concevoir ces miracles de
la même façon scientifique dont j'ai traité, il y a vingt
ans, le miracle d' "Al-Isrâ' wal-Mi'râj". Je trouve donc
dans son essai un encouragement à ce que j'avais essayé de faire
jadis...
Dr Hamid Hafni Daûd
PRÉAMBULE
AU NOM DE DIEU, LE CLÉMENT,
LE MISÉRICORDIEUX
Al-Mahdî
n'est pas seulement l'incarnation d'une doctrine islamique à
caractère religieux, mais aussi le titre d'une aspiration à
laquelle l'humanité a souscrit dans ses différentes religions et doctrines,
et la formulation d'une inspiration innée à travers laquelle tous
les autres humains, malgré la diversité de leurs doctrines et la
divergence de leurs voies conduisant au mystère, se rendent compte que
l'humanité connaîtra le Jour Promis où les messages divins,
réaliseront leur objectif final et dévoileront leur signification
grandiose, et où la marche pénible à travers l'histoire
aboutira à la stabilité et à la tranquillité, après
tant d'efforts.
La
conscience de l'échéance imminente de ce jour
"métaphysique" et de cet avenir promis n'est pas le propre de
ceux qui croient religieusement au mystère; elle s'est étendue
à d'autres catégories et a trouvé même un
écho dans les idéologies et les courants doctrinaux les plus
réfractaires à la métaphysique et aux mystères, tel
que le matérialisme dialectique qui explique l'histoire par les
contradictions et croit à l'avènement d'un jour promis où
disparaîtront toutes ces contradictions pour céder la place
à l'entente et à la paix.
Ainsi,
nous constatons que l'expérience psycho-logique que l'humanité a
faite de cette conscience à travers l'histoire est la plus grande et la
plus généralisée des expériences des êtres
humains. Lorsque la religion appuie ce sentiment psychologique
général de l'avènement d'un jour où la terre sera
couverte de justice et d'équité après qu'elle aura
été pleine d'injustice et d' iniquité, elle lui
confère une valeur objective et l'érige en une croyance ferme en
l'avenir de l'humanité, croyance qui n'est pas seulement une source de
consolation, mais également une source de force et d'impulsion
intarissable, parce qu'elle est une lueur de lumière qui résiste
au désespoir flambant dans le cur de l'homme, malgré les
ténèbres des drames et le gigantisme de l'injustice, car le jour
promis montrera que la justice pourra affronter un monde imprégné
d' injustice et d'iniquité et en ébranler les piliers afin de le
reconstruire sur une nouvelle base, et que l'injustice, si tyrannique, si
puissante et si étendue soit-elle, ne représente qu'une anomalie
condamnée à disparaître.
Cette
défaite cuisante et inévitable de l'injustice à un moment
où elle se trouvera au sommet de sa gloire, redonnera à tout
homme et à toute nation victimes d'injustice, un grand espoir de pouvoir
modifier les équilibres établis et de rééquilibrer
la situation.
Si
l'idée d' "Al-Mahdî" est plus vieille que
l'avènement de l'Islam et dépasse les limites de celui-ci, ses
aspects détaillés que le message islamique a définis sont
en revanche les plus aptes à satisfaire l'ensemble des aspirations
liées à cette idée depuis l'aube de l'histoire, et les
plus exaltants pour les sentiments des victimes d'injustice et des
damnés de la terre tout au long de l' histoire. Car l'Islam a
transformé l'idée du mystère en une réalité
et l'a ramenée de l'avenir au présent.
Alors
qu'elle n'était qu'une aspiration à un sauveur que ce bas-monde
engendrera dans un avenir lointain et inconnu, l'Islam l'a transformée
en une croyance à l'existence effective du sauveur qui aspire, comme
tout le monde, au jour promis où toutes les conditions objectives seront
réunies pour lui permettre de jouer son rôle déterminant.
Al-Mahdî
n'est plus donc une idée dont nous attendons la naissance, ni une
prédiction à la réalisation de laquelle nous aspirons,
mais une réalité que nous voulons vivre et un homme en chair et
en os, qui vit parmi nous, qui nous voit, qui vit nos espérances et nos
douleurs, qui partage nos tristesses et nos joies, qui assiste avec peine aux
supplices des "suppliciés", à la misère des
misérables et à l'injustice, en attendant impatiemment le moment
propice qui lui permettra de tendre la main à toutes les victimes de l'
injustice, à tous ceux qui vivent dans la privation, à tous les
misérables, et de venir à bout des injustes.
Dieu
a voulu que ce Guide Attendu ne se manifeste pas en public ni ne dévoile
sa vie aux autres, bien qu'il vive parmi eux et attende avec eux le moment
promis.
Il
est évident que l' "idée" (d'Al-Mahdî),
réduit, par ses aspects islamiques, le fossé métaphysique
entre toutes les victimes de l'injustice et le sauveur attendu, et raccourcit
le pont qui les relie à lui, quelle que soit la longue durée de
l'attente.
Quant
à nous, lorsqu'on nous demande de croire à l'idée d'
"Al-Mahdî", en tant qu'un homme à l'identité
précise, vivant comme nous vivons et qui attend comme nous attendons, on
veut nous suggérer que l'idée du refus absolu de toute injustice
et de toute tyrannie qu'il représente, est incarnée effectivement
par le Guide contestataire attendu qui réapparaîtra avec un casier
blanc, n'ayant pas prêté serment d'allégeance à un
injuste - comme mentionné dans le hadîth - et que croire en lui,
c'est croire et emboîter le pas à ce refus vivant qui existe
effectivement.
Dans
les hâdiths, il y a exhortation constante à l'attente du Salut, et
recommandation à ceux qui croient à AL-Mahdî, de se
préparer à sa réapparition, car cette attente incarne la
liaison spirituelle ou le lien intime entre eux et lui. Un tel lien ou une
telle liaison ne pourrait exister si le Mahdî ne se matérialisait
pas effectivement sous sa forme d'homme vivant contem-porain.
Ainsi,
cette incarnation a donné une nouvelle impulsion à l'idée
d'Al-Mahdî - et en a fait une source de générosité
et de force plus puissante. En outre, tout contestataire se sent consolé,
soulagé et apaisé des peines et de l'injustice qu'il a subies,
lorsqu'il voit que son Imam et Guide éprouve et partage - en tant
qu'homme contemporain vivant avec lui, et non comme une simple idée
future - ses douleurs.
Mais
la personnification de l'idée d'Al-Mahdî a suscité en
même temps chez certains individus qui avaient des difficultés
à concevoir cette idée, des attitudes négatives. Ceux-ci
se demandent en effet:
1) Si Al-Mahdî était l'expression d'un homme
toujours vivant à travers des générations et depuis plus
de dix siècles, et qu'il continuait ainsi jusqu'à sa
réapparition, comment expliquer une telle longévité et
comment pourrait-il échapper aux lois de la nature qui imposent à
tout homme de passer par l'étape de la vieillesse et de la sénilité
en un laps de temps infiniment plus court, étape qui le conduit
immanqua-blement à la mort? Une telle longévité n'est-elle
donc pas possible sur le plan de la réalité?
2) Pourquoi Dieu prendrait-IL tant de soins de cet homme en
particulier, suspendant pour lui la Loi de la nature? Pourquoi ferait-IL
l'impossible pour prolonger sa vie et le garder pour le Jour Promis?
L'humanité est-elle atteinte d'une stérilité qui la
rendrait incapable d'engendrer des dirigeants compé-tents? Pourquoi Dieu
ne confierait-IL pas le Jour Promis à un guide qui naîtrait
à l'aube de ce Jour-là, qui grandirait comme tout le monde et qui
jouerait progressivement son rôle jusqu'à ce qu'il eût
rempli la terre de justice et d'équité après qu'elle fut
pleine d'injustice et d'iniquité.
3) Si "Al-Mahdî" est le nom d'une personne
précise, en l'occurrence, le fils du 11e Imam d'Ahl-ul-Bayt(9), - né en l'an 256(10)
de l'hégire, quelques années avant le décès de son
père en l'an 260 H. - cela signifie qu'il était encore un enfant
d'à peine cinq ans à la mort de son père, et qu'à
cet âge, il n'eût pas le temps de recevoir de son père une
formation religieuse et intellectuelle complète; comment aurait-il donc
pu compléter sa formation en vue de jouer intellec-tuellement,
religieusement et scientifiquement son grand rôle?
4) Si ce guide était déjà formé et
qu'il était prêt à assumer sa mission, pourquoi attendre
des centaines d'années? Les calamités et désastres sociaux
que le monde a connus ne constitueraient-ils pas une raison suffisante pour
qu'il réapparaisse et fasse régner la justice sur la terre?
5) Et même si nous supposions qu'Al-Mahdî puisse
exister, comment pourrions-nous y croire? L'homme peut-il se permettre de
croire au bien-fondé d'une hypothèse de ce genre sans qu'il
repose sur une preuve scientifique ou légitime incontestable? Quelques
hâdiths attribués au Prophète (P)et dont on ne
connaît pas la véracité, suffisent-ils pour admettre
l'hypothèse en question?
6) Comment concevoir qu'on ait préparé pour
Al-Mahdî ce rôle colossal et déterminant dans la vie du
monde, alors qu'un individu, si extraordinaire soit-il, ne peut à lui
seul faire l'histoire ni la mener vers une phase nouvelle; étant
donné que ce sont les circon-stances objectives et leurs contradictions
qui font mûrir les graines et attisent le foyer du mouvement de
l'histoire, et non pas la grandeur de l'individu, laquelle ne peut que proposer
celui-ci à être la façade desdites circonstances et l'expression
pratique des solutions qu'elles nécessitent?
De
quelle façon cet individu pourrait-il réaliser la transformation
considérable et la victoire décisive de la justice et du message
de la justice sur toutes les entités de l'injustice, de
l'iniquité et de la tyrannie, lesquelles possèdent tant de
pouvoir et d'influence, disposent de tant de moyens de destruction et
d'anéantissement, de tant de ressources scientifiques, de tant
d'autorité politique, sociale et militaire?
Ces
questions pourraient se poser souvent et d'une façon ou d'une autre.
Leurs véritables motifs ne sont pas uniquement d'ordre
spéculatif, mais aussi d'ordre psychologique. Ce qui les suscite, c'est
le prestige de la réalité qui prévaut dans le monde, et le
sentiment d'avoir peu de chance de pouvoir la changer radicale-ment.
Et
autant cette réalité qui domine notre monde suscite en nous ce
sentiment, autant les doutes se renforcent et les interrogations se
multiplient. Ainsi, le sentiment de défaite, d'effacement et de
faiblesse conduit l'homme au surmenage psychologique dès qu'il se met
à penser au processus d'une grande transformation en vue de
dépouiller le monde de toutes les conditions et de toutes les injustices
qui sévissaient au long de l'histoire, et de lui donner un contenu nouveau,
fondé sur le bon droit et la justice.
Aussi,
son surmenage l'incite-t-il à douter de la possibilité de voir
cette grande transformation se matérialiser, et même à
s'efforcer de la récuser pour une raison ou une autre.
Nous
allons répondre successivement et dans les limites que nous impose ce
bref exposé(11) à chacune de ces
questions.
COMMENT EXPLIQUER
LA LONGÉVITÉ
D'AL-Mahdî?
Ou
en d'autres termes, est-il possible qu'un homme puisse vivre plusieurs
siècles, comme ce grand Guide dont on attend qu'il change le monde, et
qui est censé être âgé de plus de 1140 ans,
c'est-à-dire 14 fois plus âgé qu'un homme ordinaire qui
traverse toutes les phases normales de la vie, de l'enfance à la
vieillesse?
Le
mot possibilité peut signifier ici soit une possibilité pratique
(appliquée), soit une possibilité scientifique, soit une
possibilité logique ou rationnelle. Par possibilité pratique,
j'entends: ce qui est réalisable pour des gens comme vous et moi ou pour
tout homme ordinaire comme nous. Ainsi voyager à travers l'Océan,
atteindre le fond de la mer, monter jusqu'à la lune... tout cela est
devenu chose effectivement prati-cable, car il y a des gens qui le font
réellement, d'une façon ou d'une autre.
Par
possibilité scientifique, j'entends les choses que des gens, comme vous
et moi, ne pourraient pas mettre en application par les moyens dont dispose
l'humanité contemporaine, mais dont la possibilité de
réalisation dans certaines conditions et par des moyens spéciaux
- ne peut être écartée par la science et ses orientations
changeantes.
Ainsi,
rien dans la science n'autorise de récuser la possibilité pour
l'homme de monter vers la planète Vénus. Au contraire, les
indices scientifiques actuels militent en faveur d' une telle éventualité,
bien qu'un exploit de ce genre ne soit pas à la portée de tout le
monde. Car, en fait, la différence entre l'ascension vers la Lune et
l'ascension vers Vénus n'est qu'une question de degré, et ne
représente que l'aplanissement de quelques difficultés
supplémentaires, dues au supplément de distance entre la
première et la seconde planète. Donc atteindre à
Vénus est possible scientifiquement, bien que ce ne le soit pas
effec-tivement. En revanche, atteindre le Soleil, en plein ciel, n'est pas possible
scientifiquement, c'est-à-dire que la science n'a pas l'espoir d'y
parvenir, puisqu'on ne peut concevoir scientifiquement ni
expérimentale-ment la possibilité de fabriquer la cuirasse
protectrice, capable de résister à la chaleur du Soleil qui
représente une fournaise parvenue au plus haut degré que l'homme
puisse imaginer.
Par
possibilité logique ou philosophique, j'entends celle que la raison ne
peut récuser, selon les lois qu'elle perçoit à priori.
Ainsi on ne saurait diviser logiquement trois oranges en deux parties à
la fois égales et sans fraction, car la raison perçoit
préalablement à toute expérience que le nombre trois est
impair et non pas pair, et qu'il ne peut être divisé en deux parties
égales, une telle division nécessitant que le nombre soit pair;
autrement ce nombre serait à la fois pair et impair, ce qui est
contradictoire; or la contradiction est logiquement impossible.
En
revanche, il n'est pas impossible, selon la logique, que l'homme puisse
traverser le feu ou monter jusqu'au Soleil sans se faire brûler par la
chaleur, car il n'y a pas de contradiction dans la supposition que la chaleur
ne passe pas du corps le plus chaud vers le corps le moins chaud; alors que
cette supposition est contraire à l'expérience, laquelle a
démontré la transmissibilité de chaleur du corps le plus
chaud vers le corps le moins chaud, jusqu'à ce que les deux corps
deviennent d'une température égale.
De
ce qui précède on peut conclure que la sphère de la
possibilité logique est plus large que celle de la possibilité
scientifique et celle-ci est à son tour plus large que celle de la
possibilité pratique.
En
ce qui concerne la possibilité d'une longévité
s'étendant sur plusieurs milliers d'années, elle est sans doute
logiquement concevable, car du point de vue rationnel abstrait, elle n'est pas
contradiction, étant donné que la vie, en tant que concept, ne
comporte pas une mort rapide, et cela est indiscutable.
De
même, il est indiscutable que cette longue vie n'est pas possible sur le
plan pratique, ni ne saurait être identifiée à la
possibilité de descendre au fond de la mer ou de monter sur la lune; car
la science, au stade où elle se trouve actuellement, et par les moyens
et les instruments dont elle dispose effectivement jusqu'à
présent, ne peut prolonger la vie de l'homme de plusieurs centaines
d'années. La preuve en est que les gens les plus attachés
à la vie et les plus qualifiés pour se servir des
possibilités de la science, ne peuvent jouir d' une vie plus longue que
d' habitude.
Quant
à la possibilité scientifique d'une telle
longévité, rien dans la science ne permet de la refuser
théoriquement. En fait il s'agit là d'un problème en
rapport avec la qualité physiologique du phénomène de la
sénilité et de la vieillesse chez l'homme: ce
phénomène traduit-il une loi naturelle qui impose aux tissus et
aux cellules de l'homme une sénescence progressive, et une
régression de fonctionnement, une fois qu'ils arrivent au terme de leur
développement maximal, qui mène à un arrêt total de
toute activité, même si on les mettait à l'abri de toute
influence extérieure? Ou bien cette sénescence et cette
régres-sion dans les tissus et les cellules du corps,
découlent-elles d'une lutte qui oppose celui-ci à des facteurs
extérieurs, tels que les microbes ou l'empoisonnement qui
l'atteindraient à la suite d'une nutrition excessive, d'un travail
excessif... ou de tout autre facteur?
On a
là une question que la science se pose aujourd'hui et à laquelle
elle se propose d'apporter des réponses sérieuses et nombreuses.
Si nous nous en tenons au point de vue scientifique qui tend à
interpréter vieillesse et sénilité comme le
résultat d'une lutte ou d'un contact entre le corps et des facteurs
extérieurs donnés, nous devons admettre qu'il est possible
théoriquement que les tissus du corps puissent continuer à vivre,
à survivre au phénomène de la vieillesse, et à le
vaincre définitivement, si l'on parvenait à les mettre à
l'abri de ces facteurs.
Et
si nous prenons en considération un autre point de vue scientifique,
celui qui a tendance à supposer que la vieillesse est une loi naturelle
inhérente aux cellules et aux tissus vivants - c'est-à-dire que
ceux-ci portent substantiellement le germe de leur périssement
inévitable qui passe par la phase de la vieillesse et de la
sénilité pour finir dans la mort - rien ne nous empêche
d'exclure l'inflexibilité de cette loi. Si nous supposons que cette loi
est cohérente, nous pensons du même coup qu'elle est
sûrement flexible. Car aussi bien dans notre vie ordinaire qu'à
travers les observations des savants dans les laboratoires scien-tifiques, on
peut remarquer que la vieillesse, en tant que phénomène
physiologique, est atemporel: elle peut survenir prématurément ou
tardivement. Aussi n'est-il pas rare de voir un homme âgé
possédant des membres souples et en état de jeunesse, comme les
médecins l'affirment eux-mêmes. Les savants ont même pu
profiter de la flexibilité de cette loi pour prolonger la vie de
certains animaux des centaines de fois leur longévité ordinaire,
en créant des conditions et des facteurs qui retardent l'effet de la loi
de la vieillesse.
Il
est donc établi par la science, que les effets de cette loi peuvent
être scientifiquement retardés grâce à la
création de conditions et de facteurs particuliers, bien que la science
n'ait pu jusqu'à présent en faire l'application sur des
êtres aussi complexes que l'homme. La différence entre la
possibilité scientifique et l'application effective, traduit dans ce cas
une différence de degré de difficulté entre l'application
(de cette possibilité) sur l'homme et son application sur d'autres
êtres vivants. Cela veut dire que sur le plan théorique, la
science et ses orientations mobiles n'ont rien qui puisse permettre de
récuser la possibilité de prolonger l'âge de l'homme, et ce
aussi bien si nous interprétons la vieillesse comme étant le
produit d'une lutte et de contacts entre les cellules humaines et des facteurs
extérieurs, ou l'émanation d'une loi naturelle inhérente
à la cellule elle-même, loi qui condamne celle-ci à
s'acheminer vers l'anéantissement.
On
peut donc conclure que la prolongation de la longévité humaine de
plusieurs siècles est possible logiquement et scientifiquement, bien
qu'elle ne le soit pas encore sur le plan de l'application, mais que
l'orientation scientifique s'achemine vers la réalisation de cette
dernière possibilité à long terme.
C'est
à la lumière de ces données que nous abordons maintenant
la question de l'âge d'al-Mahdî et l'étonnement et
l'interrogation qu'elle soulève. Ayant démontré la
possibilité scientifique et logique d'une telle longévité,
ainsi que l'acheminement de la science vers la traduction progressive de cette
possibilité théorique en une possibilité applicable et
appliquée, il nous semble que l'étonnement n'a plus de raison
d'être, sauf en ce qui concerne la difficulté d'admettre
qu'al-Mahdî ait devancé la science en transformant la
possibilité théorique en possibilité réelle,
à travers sa propre personne et avant que la science n'atteigne le niveau
requis pour pouvoir effectuer réellement cette transformation, car cela
équivaudrait à dire que quelqu'un a devancé la science
dans la découverte du cancer et de la méningite.
Si
le problème réside dans la question de savoir comment l'Islam -
qui a planifié cette longévité d'al-Mahdî - a pu
devancer le mouvement scientifique en ce qui concerne cette transformation (de
la possibilité théorique en possibilité réelle), la
réponse est la suivante: l'Islam n'a pas devancé le mouvement
scientifique seulement dans ce domaine, mais dans bien d'autres.
N'a-t-elle
pas lancé des slogans, qui ont servi de plans d'action que la marche
indépendante de l'humanité n'a pu concevoir que plusieurs
siècles plus tard?
La
Charî'ah (la législation islamique révélée),
dans son ensemble, n'a-t-elle pas devancé de plusieurs siècles le
mouvement de la science et du développement naturel de la pensée
humaine?
N'avait-elle
pas apporté des législations pleines de sagesse dont les secrets
n'ont pu être saisis que depuis peu de temps? Le Message divin n'a-t-il
pas dévoilé de secrets de l'Univers qui ne pouvaient effleurer
l'esprit de personne, et que la science a fini par reconnaître? Si nous
croyons à tous ces faits, pourquoi exclurions-nous que Dieu puisse
devancer la science en ce qui concerne la longévité d'un homme,
en l'occurrence Al-Mahdî?
Il
ne s'agit là que des manifestations de prescience que nous pouvons
percevoir directement. On peut y ajouter d'autres cas que le Message divin nous
informe. Ainsi celui-ci nous révèle que le Prophète fut
transporté pendant une nuit, de la Mosquée Interdite(12) à la Mosquée
al-Aqçâ(13)!
Si
nous voulons comprendre cet événement dans la cadre des lois
naturelles, il traduit sûrement l'application de celles-ci plusieurs
centaines d'années avant que la science n'ait pu y parvenir. Donc la
même expérience divine qui a permis au Prophète de se
déplacer si vite, bien avant que la science ne soit parvenue à un
tel exploit, a permis également au dernier(14)
des Successeurs "Prédésignés" du
Prophète, d'avoir une vie prolongée avant que la science ne mette
en application cette possibilité.
Certes,
cette longue vie que Dieu a accordée au Sauveur Attendu paraît
extraordinaire jusqu'a aujourd'hui, par rapport à la
réalité de la vie des gens et aux expériences des savants.
Mais le rôle transformateur décisif auquel ce Sauveur est
préparé n'est-il pas aussi extraordinaire en comparaison avec la
vie familière et ordinaire, et les diverses évolutions
historiques que l'humanité a vécues? N'est-il pas chargé
justement de transformer le monde et de reconstruire sa structure de
civilisation sur des principes du bon droit et de la justice? Pourquoi
s'étonner du fait que la préparation de ce rôle extra-ordinaire
soit accompagnée de certains phénomènes extraordinaires et
inhabituels, tel que la longue vie du Sauveur Attendu? Si extraordinaire et
inhabituel que puisse paraître ce phénomène (la longue vie
d'al-Mahdî), il n'est guère plus étrange que le rôle
extraordinaire lui-même, que le Sauveur doit jouer le Jour Promis.
Si
nous admettons la possibilité de ce rôle grandiose, unique en son
genre dans l'histoire de l'humanité, pourquoi n'admettrions-nous pas une
longévité qui n'a pas de semblable dans notre vie ordinaire?
Je
ne sais pas si c'est par pure coïncidence que les deux seuls hommes
chargés de vider l'humanité de son contenu corrompu et de la
reconstruire soient dotés d'une longévité sans commune
mesure avec la nature? Le premier, c'est Noé qui a joué son
rôle dans le passé de l'humanité et dont le Coran dit qu'il
a vécu "mille moins cinquante ans" parmi son peuple, et qu'il
a pu, grâce au déluge, reconstruire le monde. Le second, c'est
Al-Mahdî, qui a vécu jusqu'à présent plus de mille
ans parmi son peuple, et qui devra jouer son rôle de Reconstructeur du
monde, dans l'avenir de l'humanité, et le Jour Promis.
Pourquoi
accepter Noé qui a vécu environ mille ans et refuser
Al-Mahdî?
LE MIRACLE
ET LA LONGUE VIE
Jusqu'à
présent nous avons établi que la longue vie est scientifiquement
possible. Mais supposons maintenant qu'elle ne le soit pas (sur le plan
scien-tifique) et que la loi de la vieillesse et de la caducité se
veuille rigoureuse, que l'humanité ne puisse la modifier ni en changer
les conditions et les circonstances, ni aujourd'hui, ni à long terme.
Dans ce cas, que signifie la longue vie d'al-Mahdî?
Elle
signifie que la longue vie d'un homme - Noé ou Al-Mahdî -
étendue sur plusieurs siècles est un défi aux lois
naturelles dont la démonstration est faite par la science et les moyens
modernes de l'expérience et de l'induction.
Il
s'en suit que ce phénomène est considéré comme un
miracle rendant caduque une loi naturelle dans un cas particulier, afin de
permettre de préserver la vie d'une personne chargée de
sauvegarder le message divin, et que ce miracle n'est ni unique en son genre,
ni étranger à la doctrine musulmane émanant du texte
coranique ou de la Sunna. Car en fait, la loi de la vieillesse et de la
sénilité n'est pas plus rigide que la loi de la transmission de
la chaleur d'un corps plus chaud à un autre moins chaud jusqu'à
ce que leur température soit égale, loi qui fut mise en veilleuse
pour protéger la vie d'Abraham à un moment où ce moyen
était le seul adéquat pour y parvenir.
Ainsi,
lorsqu'Abraham fut jeté au feu: «Nous dîmes: "Ô feu, sois sur Abraham,
froidure et sécurité"»; et il en
est sorti indemne. Beaucoup d'autres lois naturelles ont été
suspendues pour protéger la vie des prophètes et des
apôtres de Dieu sur la terre. C'était le cas lorsque Dieu a fendu
la mer pour Moïse, ou lorsqu'il a fait croire aux Romains qu'ils avaient
arrêté Jésus alors qu'ils ne l'avaient pas fait, ou
lorsqu'il a sorti le Prophète Muhammad de sa maison à l'insu de
ses ennemis Quraichites qui cernaient cette maison et le guettaient avec
vigilance, en attendant le moment propice pour l'attaquer.
Tous
ces exemples traduisent la suspension des lois naturelles en vue de
protéger quelqu'un dont la Providence veut préserver la vie.
Que la loi de la vieillesse soit rangée parmi ces
lois
De
tout ce qui précède, nous pourrions déduire un concept ou
une règle générale en vertu de laquelle chaque fois que la
sauvegarde de la vie d'un Envoyé de Dieu sur la terre dépend de
la suspension d'une loi naturelle, et que le maintien de la vie de cet individu
est nécessaire à la réalisation d'une mission qui lui est
confiée, la Providence intervient pour suspendre cette loi afin de
permettre l'accomplissement de cette mission.
Et
inversement, lorsque la mission d'un individu - à laquelle Dieu l'a prédestiné
- est terminée, celui-ci passe de vie à trépas et meurt
naturellement ou en martyr, selon les lois de la nature. A propos de cette
règle générale, la question suivante pourrait se poser: comment
une loi peut-elle être suspendue et comment la relation nécessaire
qui s'établit entre les phénomènes naturels peut-elle
être coupée? Une telle supposition ne contredit-elle pas la
science qui a découvert ladite loi naturelle et déterminé
ladite relation nécessaire, sur une base expérimentale et
inductive?
La
réponse à ces interrogations est fournie par la science
elle-même qui a renoncé à l'idée de la
nécessité dans la loi naturelle. Expliquons-nous
là-dessus: la science découvre les lois naturelles sur la base de
l'expérience et de l'observation régulière. Lorsque
l'avènement d'un phénomène est toujours suivi d'un autre
phénomène, on déduit de cette succession
régulière une loi naturelle stipulant que chaque fois qu'un
phénomène apparaît, un autre doit le suivre. Mais la
science ne suppose pas l'existence, dans cette loi, d'une relation
nécessaire entre les deux phénomènes et inhérente
à l'un et à l'autre; car la nécessité est un
état métaphysique que ne peuvent déceler ni l'expérience
ni les moyens d'investigations inductives et scientifiques. Aussi, la logique
scien-tifique moderne affirme-t-elle que la loi naturelle - en question - telle
qu'elle est définie par la science, ne stipule pas l'existence d'une
relation nécessaire, mais seulement d'une concomitance constante entre
deux phénomènes.
C'est
pourquoi si un miracle se produit qui sépare les deux
phénomènes d'une loi naturelle, il ne s'agit pas là d'une
rupture d'une relation nécessaire entre les deux
phénomènes.
En
réalité, le miracle dans son acception religieuse est devenu plus
compréhensible à la lumière de la logique scientifique
moderne que selon le point de vue classique des relations causales. Car ledit
point de vue classique supposait que chaque fois que la conco-mitance entre
deux phénomènes est constante il y a forcément une
relation de nécessité entre eux. Or la nécessité
signifie ici l'impossibilité de séparer les deux
phénomènes l'un de l'autre. Mais cette relation s'est
transformée, dans la logique scientifique moderne, en loi de
concomitance ou de succession constante entre les deux phénomènes,
qui ne suppose pas l'existence de la nécessité
métaphysique.
De
cette façon, le miracle devient un cas excep-tionnel à cette
constance dans la concomitance ou la succession, sans se heurter à une
nécessité ni conduire à une impossibilité.
Mais
à la lumière des fondements logiques de l'induction, nous sommes
d'accord avec le point de vue scientifique moderne, suivant lequel l'induction
ne démontre pas une relation de nécessité entre les deux
phénomènes; toutefois nous estimons qu'elle indique l'existence
d'une explication commune à la constance de la concomitance ou de la
succession continuelle entre les deux phénomènes. Cette
explication commune peut être formulée aussi bien sur la base de
la supposition d'une nécessité intrinsèque que sur celle d'une
sagesse ayant conduit le Régulateur de l'univers à relier
continuellement certains phénomènes à d'autres, et qui
nécessite parfois l'exception; auquel cas le miracle se produit.
POURQUOI VOULOIR
TANT PROLONGER SA VIE?
Nous
abordons maintenant la seconde question: pourquoi Dieu tient-IL tant à
cet homme en particulier, au point de suspendre pour lui les lois de la nature?
Pourquoi la direction du Jour Promis ne serait-elle pas confiée à
un individu que l'avenir engendrerait et que les circonstances préludant
à ce Jour rendraient assez mûr pour surgir sur la scène et
jouer le rôle qu'on attend de lui? En un mot: pourquoi cette longue
disparition et quelle est sa justification?
Beaucoup
de gens posent ces questions et ne veulent pas entendre une réponse qui
relève de la métaphysique. Certes, pour nous la réponse
est évidente: nous croyons que les douze Imams - auxquels nous croyons -
constituent un ensemble soudé dont aucune partie ne peut être remplacée(15). Mais les interrogateurs, eux,
réclament une explication sociologique de cette question, explication
fondée sur les vérités tangibles de la grande
opération de changement qu'al-Mahdî devra mener le Jour Promis et
sur les exigences concrètes de celui-ci.
Aussi,
pour les satisfaire, laissons-nous de côté, provisoirement, notre
croyance aux caractéristiques de cet ensemble de douze imams
infaillibles - dont fait partie Al-Mahdî - et abordons la question de la
façon suivante: dans la mesure où ladite opération de
changement peut s'expliquer elle-même à la lumière des lois
et des expériences de la vie, il nous reste à savoir si le
prolongement de l'âge du dirigeant qui devra la conduire constitue un des
facteurs de son succès et de son bon déroulement? (c'est ce qui
nous permet de rester dans le domaine du concret).(16)
Nous
répondons par l'affirmative à cette question, et cela pour
plusieurs raisons: le grand changement radical nécessite que son
dirigeant soit dans un état psychologique exceptionnellement favorable
dans lequel il éprouve un sentiment de supériorité
vis-a-vis des entités orgueilleuses que Dieu l'a préparé
à détruire et à remplacer par une civilisation nouvelle et
un monde nouveau. Car plus la civilisation que le guide combat, lui parait
banale, et plus il est conscient qu'elle ne forme qu'un point infime sur la
longue trajectoire de la civilisation humaine, plus il se sent
psychologiquement apte à l'affronter, à lui résister et
à poursuivre sa lutte contre elle jusqu'à la victoire.
Il
est évident que la force de ce sentiment doit être proportionnelle
à celle de l'entité et de la civilisation qu'on veut changer:
plus cette entité est solide et plus cette civilisation est
enracinée et orgueilleuse, plus ce sentiment doit être fort. Etant
donné que le Message du Jour Promis vise à changer radicalement
un monde imprégné d'injustice et d'iniquité, ainsi que
toutes ses valeurs de civilisation et ses différentes entités, il
est naturel qu'il (ce Message) exige un exécutant dont la volonté
de changement soit plus forte que le monde à changer, et qui ne soit pas
né sous la civilisation qu'on veut juguler et remplacer par une
civilisation de justice et de bon droit. Autrement, un exécutant qui a
grandi au sein d'une civilisation enracinée et couvrant le monde de son
pouvoir, de ses valeurs et de ses idées, éprouve envers elle un
sentiment d'infériorité, étant donné qu'il est
né sous son règne, qu'il la voyait très grande depuis qu'il
était tout petit, et qu'il ne percevait que ses différents aspects
depuis qu'il avait ouvert les yeux.
En
revanche la situation est tout autre pour quelqu'un - comme Al-Mahdî -
qui s'est enfoncé dans les profondeurs de l'histoire et a vécu le
monde avant que cette civilisation n'ait vu la lumière, quelqu'un qui a
regardé les grandes civilisations régner sur le monde l'une
après l'autre avant de s'écrouler chacune à son tour;
quelqu'un qui, après avoir vu tout cela de ses propres yeux et non
à travers les livres d'histoire, et vécu toutes les phases de
formation de cette civilisation (que le sort a voulu faire le dernier chapitre
de l'histoire de l'homme, laquelle doit s'achever sur l'avènement du
Jour Promis) puisqu'il a assisté à sa naissance sous forme de
petits germes presque invisibles, à sa première phase de formation
dans les entrailles de la société humaine où elle guettait
l'occasion pour en sortir et se développer, à sa phase de
développement lorsqu'elle commença à grandir et à
essayer de ramper en trébuchant, et enfin à sa phase de
redressement alors qu'elle prospérait et tendait vers le gigantisme et
la domination sur le sort du monde entier.
Oui, un tel individu qui a vécu avec une sagacité et une lucidité parfaites toutes ces phases, e