L'Islam
et la Psychologie
Mahmûd al-Bostani
Édition et
traduction et annotation :
Abbas Ahmad
al-Bostani
Publication de la Cité du Savoir
Éditeur
:
Abbas
Ahmad al-Bostani
(La
Cité du Savoir)
C.P.
712 Succ. (B)
Montréal,
Québec, H3B 3K3
Canada
E-mail : abbas@ bostani.com
Site web : www.bostani.com
Titre original (arabe): Al-Islam wa 'Ilm
al-Nafs
Première édition: Novembre 2001
© Tous droits de reproduction et d'adaptation réservés à :
Abbas Ahmad al-Bostani
ISBN: 2-922223-14-0
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Table des Matières
Introduction 5
Première Partie :
LES FONDEMENTS PSYCHOLOGIQUES DU COMPORTEMENT 11
Chapitre 1 :
Les fondements moteurs du comportement 13
Résumé du chapitre 33
Chapitre 2 :
Les fondements psychologiques entre le milieu et l'hérédité 35
1- Sur le plan des fondements mentaux 37
Conclusion 42
2- Les Fondements psychologiques 47
Résumé du chapitre 56
Deuxième Partie
LES FONDEMENTS PSYCHIQUES ET LES ÉTAPES DU DÉVELOPPEMENT 59
Chapitre 1 :
L'Étape préliminaire 61
1- L'étape du choix du conjoint 62
2- L'étape de la formation du foetus 64
3- L'étape de la grossesse 66
4- L'étape des lochies 68
5- L'étape de l'allaitement 69
Chapitre 2
L'Étape de la Première enfance 74
Préambule 74
1- L'étape de la première enfance 75
Conclusion 93
2- L'étape de la seconde enfance 104
Les phases du développement de la seconde étape de l'enfance 121
Chapitre 3 :
L'étape de la maturité 132
1- L'adolescence 132
2- Les stades de l'adolescence et de l'étape suivante 140
Le résumé du
chapitre 148
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Au Nom d'Allah, le Clément, le Miséricordieux
La "psychologie"
s'intéresse au comportement de l'être humain dans les différents domaines de
son activité. Mais le domaine sur lequel il se concentre le plus c'est le
processus de la "réaction" à un "stimulus" donné
(psychologie de réactions).
Pour mieux saisir la
signification de ces deux expressions "réaction" et
"stimulus" prenons l'exemple suivant :
Lorsque quelqu'un nous fait
un mal, nous réagissons par l'un des comportements suivants :
1- Nous répondons au mal
par un mal semblable;
2- Nous contrôlons notre
colère et nous nous taisons;
3- Nous répondons au mal
par un geste de bienfaisance.
Dans tous ces cas nous
sommes face à un stimulus, en l'occurrence, le mal, auquel nous répondons par
une "réaction" qui pourrait se présenter sous forme de l'action
semblable, du silence ou de la bienfaisance.
Ce processus psychologique
consistant en une "réaction" à un ou des stimulus a trait à deux
aspects de la personnalité :
1- L'aspect conscient :
lequel comprend la réflexion, l'imagination, la remémoration, l'oubli etc.
2- L'aspect affectif :
lequel comprend la volonté, le désir, l'émotion etc.
Ainsi il nous arrive tous
de nous souvenir d'un événement, d'en oublier certains détails, d'imaginer ou
de nous représenter un aspect de ses réminiscences: auquel cas la remémoration,
l'oubli ou l'imagination relève de l'aspect conscient de la personnalité. Quant
à la sensation de détente, de crispation ou d'indifférence que suscite le
rappel de cet événement, elle relève de l'aspect affectif de la personnalité. Mais
dans les deux cas (l'aspect conscient et l'aspect affectif) le processus
psychologique repose, comme nous l'avons dit, sur la "réaction" à un
"stimulus".
Tout le comportement humain
s'articule toujours autour de ce processus psychique, lequel constitue la
matière de la psychologie.
La psychologie traite donc
du comportement humain en tant que processus psychique. Et cette espèce de
connaissance ou de science (la psychologie) s'emploie à déterminer les sources
des processus psychiques et s'efforce de les contrôler (les discipliner et les
modifier).
Quant à nous, nous
essaierons, à la lumière de ces deux tâches (la détermination et la régulation
des processus psychologiques) dévolues à la psychologie, de présenter le point
de vue islamique comparativement au point de vue laïc (c'est-à-dire celui des
psychologues qui ne tiennent pas compte des principes de Dieu), dans le but de
définir les points de convergence entre les deux en ce qui concerne certaines
conclusions vraisemblables ou certaines expériences concluantes auxquelles sont
parvenues les écoles laïques, et de souligner les aberrations dans lesquelles
est tombée la recherche laïque, toutes tendances confondues. Il est à noter que
nous ne sommes pas tenus de suivre la méthodologie de la recherche laïque
relativement à la "matière psychologique", ni d'emprunter sa
terminologie, ni de nous arrêter aux limites dans lesquelles elle assigne ses
thèmes. Ainsi, tantôt nous dépassons volontairement ces limites pour toucher à
celles de la sociologie et de la philosophie par exemple, tantôt nous réduisons
certains de ses thèmes.
La raison de notre
non-observation des règles des méthodes laïques tient au fait qu'elles
interprètent les processus psychiques sans tenir compte et sans s'éclairer des
Principes célestes. Elles traitent l'homme en tant qu'une existence réelle
(entité indépendante), et non en tant qu'un être que le Ciel a créé en lui
confiant la tâche de "lieutenance sur la Terre" (khilâfat al-ardh),
et en adaptant sa structure psychique aux exigences de cette tâche.
En fait, le concept de
"fonction d'adoration" (al-muhimmah al-'ibâdiyyah) ou de
"lieutenance" (khilâfiyyah) demeure pour nous la base
principale de l'explication et de l'organisation des processus psychiques ou
psychologiques, étant donné qu'Allah établit clairement:
«... Je vais désigner
un lieutenant sur la terre». (Sourate al-Baqarah, 2: 30)
«Je n'ai créé les
djinns et les hommes que pour qu'ils M'adorent». (Sourate al-Thâriyât, 51:
56)
«Celui qui a créé la
mort et la vie afin d'éprouver qui de vous est de plus belle oeuvre». (Sourate
al-Mulk, 67: 2)
Cela signifie que la
"lieutenance" ou l'"adoration" représentée par "la
plus belle oeuvre" est le but que le Ciel recherche dans sa création des
processus psychiques.
Le Ciel - comme nous le
verrons dans les plis de la présente étude - nous définit les niveaux du
comportement dans ses deux volets: normal et anormal, conformément aux
conclusions auxquelles sont parvenues les recherches laïques dernièrement, mais
Il les dépasse en ceci qu'Il définit des critères plus larges et plus globaux
que les concepts découverts par les écoles laïques. Or l'émergence d'une telle
différence entre les critères du Ciel et ceux de la recherche laïque conduit
nécessairement à une différence dans leur conception et leur organisation des
processus psychologiques, et ensuite à une différence, sur le plan
méthodologique, dans leur objet, leur méthode et leur terminologie.
À la lumière de ce qui précède,
nous nous devons de commencer dans les pages suivantes par la définition des
"processus psychiques" et leur fondement primaire:
l'"excitant" ou le "stimulus" essentiel de l'activité de
l'être humain.
Première Partie :
LES FONDEMENTS PSYCHOLOGIQUES DU COMPORTEMENT
Chapitre 1
Les fondements moteurs du comportement
Il y a un
"fondement" général du comportement que les chercheurs enjambent
habituellement en le considérant comme une évidence courante. Il s'agit du
principe de "la recherche du plaisir et de l'évitement de la douleur (ou
du désagrément)" qui se trouve généralement à l'origine du comportement
des êtres humains. Ainsi, lorsque nous avons faim par exemple, nous recherchons
un plaisir, en l'occurrence le plaisir de la satiété, et nous voulons éviter
une douleur, celle de la faim qui se traduit par la contraction des muscles de
l'estomac. Et lorsque nous nous trouvons dans la solitude, nous recherchons le
plaisir de la sociabilité et nous désirons éviter la douleur de la solitude et
du dépaysement. Et même lorsque nous choisissons volontiers la solitude par
exemple, nous recherchons le plaisir que nous procure le calme et nous évitons
le désagrément des bruits et du vacarme etc...
Si nous passons sur cette
évidence générale du comportement, nous nous retrouverons face à la recherche
des fondements qui incarnent ce principe, pour savoir s'ils appartiennent au
concept d'instinct, de besoins, de pulsions, de propensions, ou de mobiles, ou
bien s'ils sont innés, acquis ou les deux à la fois, ou encore s'ils sont
vitaux (biologiques) ou psychologiques, principaux ou secondaires etc...
Le fondement selon lequel
"l'instinct" représente l'incarnation du principe de
"plaisir" est l'une des théories laïques qui tentent d'expliquer par
lui (l'instinct) tous les processus psychologiques.
En effet, cette théorie (la
théorie de l'instinct) affirme que l'être humain est le produit d'une série
d'instincts qui le conduisent à se mouvoir et à agir ou réagir, tel que
l'instinct de "la recherche de nourriture", "l'instinct
sociable", "l'instinct de combat" etc... Ces instincts
pourraient être d'origine vitale, tel que "l'instinct de recherche de
nourriture" ou psychologique, tel que "l'instinct de combat". Mais
dans les deux cas, ces instincts constituent un fondement inné qui se trouve à
l'origine des activités de l'homme.
L'un des représentants de
ce courant, William McDougall(1) a placé devant chaque instinct une réaction
affective qui lui soit propre. Par exemple:
- L'instinct de nourriture:
réagit à la faim;
- L'instinct social: réagit
à la solitude;
- L'instinct de combat:
réagit à la colère etc...
Cette théorie a fait
l'objet de diverses objections, dont celle selon laquelle une partie des
instincts que ce chercheur avait mentionnés dans sa liste n'ont pas un
fondement "vital" mais résultent de "l'acquis". Par exemple
"l'instinct de combat" ne saurait être inclus sous la rubrique
"Instincts", étant donné que l'homme n'est pas né avec l'inclination
au combat, ou au contraire, l'inclination à la paix, lesquelles sont
déterminées par le "milieu" (l'éducation) et non par
"l'hérédité".
Ce qui a renforcé et
réconforté ce courant opposé à la théorie de l'instinct, ce sont les recherches
menées par les anthropologues auprès de peuples et de tribus primitifs,
recherches qui ont montré que la tendance au combat, à la domination, à la
possession et les autres penchants d'origines psychologiques sont inexistants
chez lesdits peuples et tribus, lesquels vivent en paix entre eux au lieu de se
battre, s'effacent au lieu de rechercher la domination, et renoncent à leurs
biens au lieu de s'attacher à la possession, ce qui signifie que les fondements
psychologiques, comme nous l'avons signalé, sont déterminés par "le
milieu" et non par "l'hérédité".
En fait, toutes les deux
théories, celle de l'instinct et celle qui lui est opposée tombent dans la même
erreur: la première, parce qu'elle confond entre deux types d'instincts (le
vital et le psychologique) et les place sous un même et seul fondement, et la
seconde, parce qu'elle renie radicalement le fondement instinctif.
L'erreur qui a enveloppé la
première théorie consiste à ne pas faire la distinction entre un fondement
vital - tel l'alimentation - et un fondement psychologique - tel la domination,
la possession etc. -alors que le premier relève d'un héritage inné dont la
satisfaction est inévitable, sous peine de détruire l'être humain,
contrairement au second, le fondement psychologique, lequel est tributaire de
la nature du milieu qui le détermine: ainsi, lorsque nous sommes animés par un
désir de combattre ou de posséder, nous pourrions modifier ou transformer ce
désir en son contraire, la tendance à la paix et à la satisfaction avec la
portion congrue en ce qui concerne les biens de ce monde. Toutefois cela ne
signifie pas que le fondement psychologique n'est soumis à aucun organe inné,
mais que sa soumission est en puissance, alors que celle du fondement vital est
en acte.
Nous héritons, dans le cas
de la faim par exemple, d'un organe inné qui débouche nécessairement sur une
contraction musculaire de l'estomac, ce qui nous oblige à faire disparaître
celle-ci en mangeant (et c'est cela que nous appelons en acte). Et par "en
puissance" nous voulons dire que nous possédons une
"prédisposition" ou une capacité héréditaire (héritée ou innée) à
devenir un jour "pacifiques" ou "agressifs" par exemple.
Ainsi, "la
prédisposition" ou "la capacité" constitue en elle-même un
"héritage" inné, mais sa matérialisation ou sa transformation en
"acte agressif" ou "acte pacifique" dépendra de
l'environnement culturel qui nous conduit à être agressifs ou pacifiques.
De là, le fait de qualifier
d'"instinct" l'attitude belliqueuse ou l'attitude pacifique est une
erreur dans la mesure où nous ne naissons pas munis de ces attitudes, mais de
la capacité à les avoir.
Quant à l'erreur qui
enveloppe la théorie opposée (à celle de l'instinct), elle consiste, comme nous
l'avons souligné, à ignorer la différence entre les deux formes de l'instinct
(en puissance et en acte), en ne tenant pas compte du fait que la
"pacificité" ou l'"agressivité" par exemple sont deux
attitudes certes "acquises", mais tributaires d'un fondement
"inné", qu'est la "capacité" de devenir agressif ou pacifique,
et non "acquises" d'une façon absolue.
De ce qui précède nous
pouvons induire que les fondements aussi bien vitaux que psychologiques sont
soumis à un fondement "inné" ou "instinctif", mais alors
que le premier représente un héritage effectif ou en "acte", le
second incarne un héritage "en puissance" (latent).
Ceci dit, selon la
conception islamique, toutefois, la recherche des fondements moteurs du
comportement ne devrait pas se faire à travers la "théorie de
l'instinct" ni à travers celle qui lui est opposée, mais par la recherche
d'un fondement général qui précède la recherche des instincts ou leur
classification en fondements vitaux et fondements psychologiques. Et c'est ce
que nous essayons de faire maintenant. Référons-nous pour commencer à ce que
l'Imam Ali (p) dit :
«Allah a déposé chez
les Anges le 'aql (esprit, raison) sans le désir, chez les animaux le
désir sans le 'aql, et chez les êtres humains le 'aql et le
désir. Celui d'entre ces derniers, dont le 'aql domine le désir est
meilleur que les Anges, et celui dont le désir l'emporte sur le 'aql
est pire que les animaux».(2)
Ce texte islamique définit
le fondement moteur du comportement à travers un trait principal qui l'empreint
: la dualité. C'est dire que l'être humain est tiraillé, dans sa tendance à
rechercher le plaisir et à éviter le mal, entre deux pôles ou principes :
"le 'aql et le désir", "le bien et le mal",
"l'objectivité et la subjectivité", les commandements et les
interdictions légaux (le légal et l'illégal).
Cette composition
bipartite, innée dans l'homme incarne le côté affectif de l'héritage, et a pour
pendant le côté "conscient" (réfléchi) : la conscience des principes
du 'aql et du désir à la fois. En d'autres termes, lorsque l'homme a
été doté de "la prédisposition" ou de "la capacité" à
pratiquer le bien et le mal (le 'aql et le désir), il était doté en
même temps de "la conscience" du bien et du mal, afin que son
comportement soit tributaire du libre choix et non de la contrainte, ce qui
engage sa responsabilité dans son comportement.
Le Coran a souligné
clairement ce côté "conscient" dans le verset suivant :
«Par l'âme et Celui qui
l'a harmonieusement équilibrée; et lui a alors inspiré son immoralité de même
que sa piété». (Sourate al-Chams, 91: 7-8)
L'énoncé : «... lui a
alors inspiré son immoralité de même que sa piété» signifie la conscience
des principes du désir (immoralité) et du 'aql (piété).
Ainsi, la structure
bipartite que l'individu hérite et qui constitue le moteur du comportement est
équilibrée par la "conscience" de cette dualité "le 'aql
et le désir".
La question qui se pose
maintenant est de savoir comment se définit la différence entre les deux
composants de cette structure bipartite, et si le "plaisir" que le 'aql
incarne est d'une force égale à celle du "plaisir" incarné par le
désir ? Ou bien sont-ils de force inégale ?
La réponse à cette question
se précisera nettement dans les chapitres à venir. Toutefois, nous sommes
obligé de l'aborder ici, serait-ce d'une façon passagère, puisque nous traitons
à présent du "fondement bipartite" du comportement humain.
Notons tout d'abord, que la
différence entre le "plaisir" incarné par le 'aql et celui
que le "désir" représente réside en ceci que le désir recherche la
satisfaction absolue, sans la soumettre aux règles ou lois qui la régissent,
alors que le 'aql opte pour une satisfaction relative ou assignée dans
les limites qui lui sont fixées.
Évidemment, la satisfaction
absolue est souvent impossible à réaliser en raison de la nature et des
différentes circonstances de la vie qui y font obstacle (le cas par exemple
d'un individu qui recherche la satisfaction absolue de sa pulsion de domination
par l'accession au poste de chef d'état, ou de sa pulsion de possession par
l'accumulation d'une fortune colossale, ou encore sa pulsion sexuelle, par
l'accouplement avec la plus belle fille du monde etc...).
D'autre part, même lorsque
la satisfaction absolue est réalisable dans des cas limités (lorsqu'on mange à
satiété, ou jusqu'à réplétion, de nombreux plats très variés et très
appétissants), elle pourrait provoquer une "douleur" et une maladie
(la sensation de réplétion) au lieu d'apporter "le plaisir"
recherché. Cela signifie donc que "la satisfaction absolue" ne
réalise pas en vérité le but recherché, et que par conséquent, "la
satisfaction relative" est la seule alternative pour l'être humain, et
qu'elle est d'autre part à même de réaliser une plus grande satisfaction que
"la satisfaction absolue". On peut illustrer cette affirmation en
reprenant l'exemple de la satisfaction de la faim : si nous supposons que la
satisfaction relative de l'appétit se réalise par la consommation d'un repas
normal qui n'aboutit pas à la satiété totale, il s'ensuit que la santé
corporelle que l'individu obtient de cette façon procure une satisfaction que
"la réplétion" ne saurait réaliser, puisque celle-ci entraîne, au
contraire, une maladie et un désagrément.
L'Imam Ali (p), faisant
allusion à ce sujet dans un texte où il a établi une comparaison entre les
principes du 'aql et ceux du désir, dit à propos du "désir"
:
«Les péchés (en
l'occurrence le désir) sont (comme) des chevaux rétifs qu'on a chargés et
débridés, et la "piété" ('aql) est comme des
montures dociles sur lesquelles on a mis leurs propriétaires en leur confiant
leurs laisses».(3)
Ce texte indique que la
recherche de "la satisfaction absolue est pareille à un cheval qu'on a
débridé et qui conduit le cavalier à sa mort, et ce contrairement à "la
satisfaction relative", laquelle est pareille à quelqu'un qui enfourche
une monture docile, en tenant bien sa laisse pour l'éloigner des sentiers
périlleux.
Ceci montre qu'une telle
satisfaction relative ou "satisfaction objective", restreinte par les
lois qui régissent l'être humain, ou par ce que l'Imam Ali (p) appelle le 'aql,
se caractérise par une plus grande satisfaction que celle que réaliserait le
"désir". Évidemment la réalisation de cette satisfaction dépend du
processus de "l'ajournement" du "désir" ou de "la
satisfaction immédiate" par lequel, comme le recommande l'Imam Ali (p),
l'individu doit s'efforcer de favoriser la victoire du 'aql sur le
désir.
Mais là encore la question
que nous avons posée précédemment à savoir: «Le plaisir incarné par le 'aql
et celui incarné par le désir sont-ils égaux quant à leur efficacité, ou bien
l'un est-il plus efficace que l'autre?» se repose encore, et la réponse y est
le texte de l'Imam Ali qui montre que le premier est le plus efficace, d'après
la comparaison qu'il établit entre le cheval débridé et la monture maîtrisée
qui représentent respectivement, le désir et le 'aql.
Mais cela n'empêche pas de
penser que le plaisir de désir est plus "pressant" que le plaisir de 'aql,
quand bien même ce dernier est plus efficace, étant donné que la pratique de
l'ajournement du désir implique qu'il soit plus pressant que le désir de 'aql,
autrement la recommandation de faire dominer le désir par le 'aql
n'aurait plus aucune raison d'être. Ainsi, celui qui recherche le plaisir
sexuel, par exemple, ressent forcément que la pulsion sexuelle est plus intense
que la pulsion de 'aql en lui lorsqu'il décide soit de pratiquer ce
qui est illégal pour se satisfaire sexuellement soit de résister à cette
pulsion, en ajournant l'assouvissement et en renforçant le pouvoir du 'aql
au détriment du désir. Or dans les deux cas, il y a pression de la part du
désir, qui l'oblige soit à s'y soumettre, soit à y résister.
Mais, comme nous l'avons
remarqué, cette pression du désir ne signifie pas qu'il est plus puissant ou
plus efficace que le pouvoir du 'aql. Elle indique seulement qu'il est
plus séduisant. Or cette séduction est appelée à perdre son effet dès lors que
le sujet s'exerce à lui résister. Car, comme nous l'indique la fin du verset
coranique : «Les pièges du diable sont faibles»(4). Et cet exercice conduirait même à renverser
la situation : la répulsion pourrait se substituer à la séduction. Le Prophète
(P) projette suffisamment de lumière sur ce phénomène, lorsqu'il explique que
le processus de "l'ajournement" de la satisfaction du désir et le
remplacement de celle-ci par le plaisir du 'aql (c'est-à-dire
l'exercice au plaisir de 'aql), amène l'individu à abhorrer le côté
voluptueux du plaisir : «La persistance dans le bien conduit à la
détestation du mal»(5).
Ce texte islamique riche en
enseignements décèle une règle relative à l'aspect rationnel ('aqlî)
du plaisir, que la psychologie laïque continue d'ignorer, à savoir la
possibilité d'éprouver de la répugnance pour l'aspect voluptueux du plaisir à
force de s'exercer au comportement objectif (c'est-à-dire un comportement régi
par les lois et les règles qui lui sont fixées)... On pourrait même dire que le
verset coranique précité qui établit qu'Allah a inspiré à l'âme l'amour de la
foi, et la haine de la turpitude, du péché et de la mécréance, établit
clairement la vérité psychologique selon laquelle "le plaisir
régi"(restrictif, strict) ou "rationnel" est non seulement plus
efficace et plus agissant que le plaisir débridé ou débraillé, mais ce dernier
peut se transformer en son contraire et devenir "douleur".
De là nous pouvons
percevoir la différence entre la psychologie laïque et la conception islamique
de ce phénomène. Certes, quelques courants laïcs s'accordent avec le point de
vue islamique pour affirmer que l'aspect rationnel du plaisir est plus efficace
que l'aspect voluptueux, puisque l'un des représentants contemporains de ce
qu'on appelle le courant humaniste de la psychologie, professe que l'homme est
bon de par sa nature, ou, tout du moins il a un fond neutre (ni bon ni
mauvais), et que l'éducation ou le développement de ce fond le conduit vers la
perfection. Mais les autres courants laïcs sont d'un avis tout à fait opposé,
en concevant une grosse aberration scientifique, selon laquelle des deux
principes qui tiraillent la nature humaine, celui qui recherche le désir est
plus agissant et plus efficace que celui qui tente de le brider ou de le
contenir, et ce lors même qu'il y aurait exercice et entraînement (pour
contenir le désir).
Sans doute la théorie des
structures de la personnalité de Freud incarne-t-elle le zénith de cette
aberration à cet égard.
Cette théorie, comme on le
sait, a divisé la personnalité en trois instances : "le ça", "le
moi" et "le surmoi".
"Le ça"
représente l'ensemble des "instincts" qui recherchent la satisfaction
absolue, "le moi" a pour tâche de retenir les instincts (pulsions) du
"ça" dans les limites de la réalité (la société), c'est dire qu'il
régule les modes de satisfaction conformément aux exigences de la société (ses
lois et ses critères). Mais cette tâche fait partie d'une autre tâche qui a
rapport à une autre instance, "le surmoi". En effet "le
moi" essaie de concilier également entre ce "surmoi" et les
exigences du "ça" et de l'environnement social. Ainsi, lorsqu'un
individu est confronté à une pulsion sexuelle par exemple, le ça le pousse à la
satisfaction absolue de sa pulsion, mais étant donné qu'il est doté d'un
appareil de système de valeurs, "le surmoi", celui-ci l'empêche de
réaliser la satisfaction absolue. D'autre part, l'environnement social
l'empêche également de réaliser cette satisfaction absolue, lors même que l'on
suppose que certains modes de satisfaction concordent avec ledit organe de
système de valeurs.
Cela signifie que la tâche
du moi représente les tentatives de conciliation entre les revendications de
trois parties: "le ça,", "le surmoi" et "la réalité
sociale"(6).
Ce qui nous intéresse de
traiter ici, à la lumière de la conception islamique, c'est de la détermination
du rapport du "ça", en tant qu'incarnant les instincts ou le désir,
au principe de la réalité sociale, et de la façon dont se comporte le "moi"
dans sa relation avec ladite réalité.
La principale critique que
l'on peut faire au principe de la "réalité", c'est que ce principe
est présenté comme étant une sorte de "contrainte" et non comme
faisant partie des deux pôles qui tiraillent la nature humaine.
Nous avons vu d'une part,
comment l'Imam Ali (p) a expliqué que le "désir" et le "'aql"
représentent tous deux une recherche du plaisir et un évitement de la douleur,
et comment le verset coranique et le Hadith du Prophète (P) indiquent que le
plaisir rationnel, si on s'y entraîne, est plus efficace que le plaisir
voluptueux, et d'autre part comment la théorie du principe de la réalité
sociale suppose que le "moi" (l'ego) se charge de la tâche de
discipliner les instincts ou les pulsions du "ça" à travers la
soumission à un facteur extérieur imposé à la personnalité, en l'occurrence
"le principe de la réalité sociale", et non à un facteur inné,
"le plaisir rationnel" qui répugne à la satisfaction absolue, ou la
déteste, selon l'expression du Coran et du Prophète (P).
La preuve en est que Freud,
l'auteur de cette théorie, compare le "moi" à un cavalier obligé
d'orienter son cheval vers la direction que celui-ci désire et non vers la
direction qu'il choisirait lui-même, ce qui est à l'opposé de la position islamique
(laquelle symbolise l'homme par un cavalier qui tient bien en main la laisse du
cheval et le mène à sa guise), et ce qui revient à dire que l'être humain,
selon la vue freudienne, demeure une proie aux assauts des instincts (le ça -
le désir) qui le conduisent à leur gré, une vue d'autant plus absurde que
Freud, malgré toutes ses tentatives de pallier les défaillances de cette
théorie fut conduit à reconnaître que l'homme est condamné à perdre, en fin de
compte, dans sa lutte amère pour le contrôle de la vie.
La raison de cette
conception pessimiste des capacités de l'homme tient au fait que son auteur
ignore les principes de résistance ou de répression, principes qu'il a imaginés
être "imposés" à la personnalité, lors même que la nature de l'activité
du "moi", selon cette théorie même, doit inévitablement reposer sur
une base de "plaisir rationnel". En effet, pourquoi le
"moi" essaierait-il de contenter la réalité sociale, si telle
tentative n'était pas liée au phénomène "de récompense et de châtiment
sociaux", lequel signifie que si l'homme craint le châtiment de la société
et aspire à sa récompense, c'est parce qu'il cherche à satisfaire l'un de ses
besoins ou pulsions, en l'occurrence, le besoin de l'estime sociale ? En
d'autres termes, lorsqu'il s'efforce de contenter la société, c'est pour éviter
une "douleur" suscitée par le châtiment qu'elle est susceptible de
lui infliger, et obtenir un plaisir que lui procure l'estime sociale. Or la
réalisation d'un tel plaisir ne serait possible sans la nature spécifique de la
structure bipolaire dont parle la législation islamique, et dont l'un des deux
pôles est justement le plaisir rationnel, ce qui veut dire que celui-ci repose
sur "un fondement inné" et non sur un élément extérieur imposé à la
personnalité.
Ceci concerne "le
principe de la réalité".
Quant au
"surmoi", il semble sous-tendre la même aberration, puisque l'auteur
de cette théorie laïque, le conçoit comme s'il était imposé à la personnalité,
(et non comme étant un fondement inné, reposant sur la recherche objective du
plaisir), ce qui implique la possibilité laissée aux instincts du
"ça" de triompher en fin de compte. Et bien que Freud s'efforce de
présenter "le surmoi" comme étant un fondement inné, il en traite
pourtant, comme s'il émanait de la "contrainte".
Nous pouvons mieux saisir
cette aberration, lorsque nous examinons la nature de l'interprétation qu'il
fait de la naissance et de l'évolution de la structure humaine:
Selon cette interprétation
freudienne :
L'homme primitif ou préhistorique
avait une structure simple qui ne s'occupait que des instincts du
"ça", qu'il satisfaisait à sa guise, tous principes et règles établis
étant absents. Dans le mode d'assouvissement de ses principaux instincts, il
ressemblait plutôt à un animal dévorant les êtres humains. Il représentait un
père sauvage qui gardait pour lui-même ses filles et chassait ses fils. Un jour
ces derniers décidèrent de le tuer et de le dévorer pour mettre fin à son
accaparement de sa descendance féminine. Et pour éviter que ce drame se
reproduise, la première tentative de s'opposer et de résister aux instincts du
"ça", et en premier lieu celui de l'accouplement avec les proches
parents eut lieu ainsi. À partir de ce tournant le "surmoi" commença
à prendre forme, car l'assassinat du père fit naître le premier "sentiment
de culpabilité", et la résistance aux instincts suscita le premier
processus de "refoulement". D'autres types de résistance aux
instincts suivirent la première et se succédèrent, pour devenir ou constituer à
la longue un héritage inné qui fournit au "surmoi" un appareil de
valeurs spécifiques dont hérita "le genre humain" tout entier.
Naturellement, une partie
du "surmoi" est déterminée par l'éducation et la formation, mais
c'est l'autre partie, celle qui représente "le sentiment de
culpabilité" et "la résistance aux instincts", qui suscite notre
objection et appelle un commentaire sur l'interprétation mythique de l'auteur
de cette théorie.
Ici, la même question qui
s'est posée à propos du "principe de la réalité" se repose: pourquoi
la personnalité de l'homme préhistorique a-t-elle éprouvé "le sentiment de
culpabilité" et pourquoi a-t-elle renié ou désapprouvé ses instincts ? N'est-ce
pas parce que "le sentiment de culpabilité" est un fondement inné ou
une partie de la structure bipolaire de l'être humain, tiraillée par "le
désir et le 'aql" et dans laquelle "le sentiment de
culpabilité" incarne le plaisir "'aqlite" (rationnel)
qui répugne à l'assassinat et se plaît au "pacifisme" (et prend
plaisir (rationnel) à la paix ou au pacifisme) ? En effet, le pacifisme, s'il
n'était pas associé à un plaisir rationnel, n'aurait aucune raison d'être, et
on serait même en droit de penser que l'assassinat du père (selon la logique du
mythe) aurait pu se passer sans susciter aucun sentiment de regret ! Puis,
pourquoi la société primitive a-t-elle désapprouvé les instincts après
l'assassinat ? Cette désapprobation n'était-elle pas l'expression du plaisir
rationnel qui pourrait être gouverné par "le principe de la récompense et du
châtiment" sociaux, vu que ladite désapprobation était, selon Freud
lui-même, le prix du progrès "civilisationnel" ? Autrement, il eût
été possible que la désapprobation des instincts n'eût pas eu lieu, si cette
désapprobation elle-même ne reposait pas sur un plaisir rationnel que l'être
ressent, même en dehors de l'idée de la récompense sociale, et uniquement par
pure conviction de l'utilité sociale d'une telle désapprobation.
Ainsi, même si on acceptait
comme vraie cette interprétation historique de la naissance de la structure de
la personnalité (bien qu'elle soit contredite par les événements sociaux
accompagnés de sentiment de culpabilité et de désapprobation des instincts - à
commencer par ce qui se passait avec Adam et sa femme, et en passant par l'attitude
de ses deux fils dans l'histoire du meurtre commis par l'un et refusé par
l'autre(7):
tous ces événements sociaux préhistoriques dénotent la désapprobation des
instincts et l'existence innée du sentiment de culpabilité) ; nous disons donc
que même en supposant la justesse de cette interprétation de cette théorie
laïque, la désapprobation des instincts et le sentiment de culpabilité révèlent
plutôt l'existence d'un "plaisir rationnel" intrinsèque qui les suscite,
que l'influence d'un élément extérieur imposé à la personnalité.
Résumé du chapitre: Il y a un fondement "moteur" de
la nature humaine, qui se trouve à l'origine de la totalité du comportement
humain. Il est de nature bipolaire dont les deux pôles tiraillent l'individu
dans sa recherche du plaisir. Ce sont "le 'aql et le désir",
"le bien et le mal" ou "l'objectivité et la subjectivité". Le
premier pôle représente la recherche de la satisfaction restreinte par les
principes que le Ciel a dictés : "la piété", le second, incarne la
recherche de la satisfaction absolue et non astreinte à aucun principe:
"la turpitude".
Ce fondement psychologique
est concomitant d'un "fondement conscient" (réfléchi) dont la
propriété est de distinguer entre les principes du 'aql et ceux du
désir: "l'inspiration de la piété et de la turpitude"...
Et bien que les deux pôles
en conflit paraissent en "équilibre", le côté (le plateau) du désir
est plus pressant. Mais malgré ce fait, l'efficacité du "plaisir
rationnel" s'impose et s'avère, comme l'établit le Noble Coran, qui dit
qu'Allah a inculqué aux âmes l'amour de la Foi et la détestation de la
mécréance. En outre, l'entraînement au côté rationnel amène la répulsion pour
le côté voluptueux (de désir) et vice versa, comme nous allons le voir dans les
chapitres suivant de ce livre.
Chapitre 2
Les fondements psychologiques entre
le milieu et l'hérédité
Nous avons noté qu'il y a
un fondement psychologique que l'être humain hérite et qui explique la
"prédisposition", la "capacité", ou l'état de
"puissance".
Ce fondement est le moteur
de tous les aspects de l'activité humaine, qu'ils soient de nature biologique
ou psychologique. Nous avons noté que les fondements (pulsions) biologiques
tels que la faim, la soif, la sexualité sont hérités "en acte",
c'est-à-dire que nous naissons en en étant munis effectivement, de sorte que
nous ne pouvons pas ne pas les satisfaire (ne pas manger ou ne pas respirer par
exemple), et ce contrairement au domaine des "fondements psychologiques"
tels la tendance à l'agressivité, l'avarice, le mauvais caractère etc. dont
nous n'héritons pas à la naissance, mais que nous acquérons à travers
l'environnement social et l'éducation, tout en héritant toutefois la
"disposition" ou la "capacité" à les acquérir: en un mot
ils n'existent en nous qu'"en puissance".
Il en va de même pour les
modes de satisfaction de nos besoins biologiques (non les besoins eux-mêmes -
la faim par exemple -, lesquels doivent être nécessairement satisfaits),
c'est-à-dire le degré et le comment de leur satisfaction: ils constituent des
fondements psychologiques que nous acquérons là aussi par l'éducation.
Néanmoins, malgré la
véracité de ces faits, on ne peut simplifier le problème à l'excès en concluant
que le fondement psychologique n'est tributaire d'aucune forme d'hérédité, même
pas dans des conditions ou circonstances spécifiques.
L'Islam a une conception
très claire de cette question, comme nous l'avons dit, mais il fait état de
l'existence d'une sorte d'hérédité accidentelle, dont nous déterminons les
niveaux dans les pages qui suivent.
Pour ce qui concerne les
recherches laïques dans ce domaine, les points de vue divergent: certains
courants affirment que les fondements psychologiques seraient héréditaires,
d'autres refusent d'y voir toute trace d'hérédité, un troisième courant y
marient l'acquis et l'inné (l'hérédité et l'éducation ou l'environnement
social), tout en considérant que certains de ces fondements psychologiques - et
en premier lieu le fondement mental (à propos duquel il y a presque unanimité),
suivi du fondement tempéramental, puis de celui lié au trait de la
personnalité, et finissant par les fondements moraux - ont notoirement un
caractère héréditaire.
En tout état de cause la
divergence des psychologues à propos du conflit entre l'influence du milieu et
de l'hérédité sur les fondements psychologiques se situe sur plusieurs plans
1-
Sur le plan des fondements mentaux
Il est presque établi que
les "aptitudes mentales" sont d'origine héréditaire. Et il est
superflu d'essayer de corroborer ce fait par les recherches, les expériences et
les études laïques menées dans ce domaine. Cependant, certains courants laïcs,
en particulier le courant conditionnel en psychologie (l'École de Pavlov, et le
courant psychologique contemporain, en Union Soviétique, en général) rejettent
avec force cette vérité. En effet les tenants de ce courant ont effectué
différentes études sur les aptitudes mentales pour essayer de démontrer que
celles-ci sont tributaires des systèmes du "réflexe conditionnel".
Pour mieux comprendre les
idées clés de ce courant, nous essayons de simplifier ses concepts essentiels
par des exemples illustratifs :
Si un léger courant
électrique touche notre main, nous réagirons à ce stimulus en retirant notre
main. Cette réaction est un "réflexe" inné. Mais si au moment où le
courant touche notre main, le tintement d'une cloche est déclenché
simultanément, et que cela se reproduit plus d'une fois, nous réagirons de la
même façon (retrait de la main), au tintement de la cloche lors bien même qu'il
n'y a pas de courant électrique. Notre réaction s'explique ici par
l'association ou le lien entre le tintement et le courant électrique. Notre
réaction dans ce second cas de figure s'appelle "réflexe conditionné"
: c'est-à-dire que c'est un processus "psychique" dans lequel le
sensoriel (le courant électrique) est conditionné par ce qui est
"psychique". En d'autres termes, le tintement, un trait psychique,
est devenu le signal indicateur d'un trait sensoriel (sensitif, sensible).(8)
Et lorsque nous utilisons
un signal verbal (c'est-à-dire la prononciation du mot cloche) ou graphique
(l'écriture ou la transcription de ce mot), nous aurons la même réaction (le
retrait de la main), étant donné que le mot prononcé ou écrit constitue un
symbole du tintement de la cloche. Ce conditionnement est dénommé "le
système de signaux secondaires", en référence au système des signaux
premiers.
Cette notion essentielle de
réflexe conditionné nous permet de mieux comprendre la raison pour laquelle le
courant de conditionnement présume que les activités mentales sont acquises et
non héréditaires.
Pour corroborer leur thèse,
les tenants de ce courant se sont appuyés sur les expériences faites sur des
enfants qui ont perdu le sens des rythmes ou chez qui ce sens est défaillant. Après
avoir été soumis à plusieurs stages d'entraînement, lesdits enfants ont obtenu
des résultats positifs. Les expérimentateurs en ont conclu que le sens des
rythmes est engendré par des associations de sons qui représentent des réponses
à des stimulus sonores "composés" dans lesquels la gamme du son est
le stimulus le plus fort, ce qui signifierait que ce phénomène repose
totalement sur le réflexe conditionné, lequel est un élément psychique purement
environnemental.
Si le courant de
conditionnement avait raison de souligner l'influence du milieu dans ce
domaine, sa thèse ne saurait toutefois démentir la place de l'hérédité,
démontrée par des courants opposés (les tenants du déterminisme héréditaire) à
travers diverses expériences concluantes, faites aussi bien sur le même type
d'enfants, que sur des vrais jumeaux. Dans ce dernier cas, on a beau placer les
vrais jumeaux dans des milieux totalement différents, leur sens des rythmes est
resté identique. De même ils sont restés identiques dans leurs traits
psychologiques, tels que le caractère emporté, l'angoisse, le calme etc.
En résumé, les expériences
faites par le courant de conditionnement ont été neutralisées par des
expériences similaires, réalisées sur des individus privés du sens des rythmes,
et qui ont débouché sur des conclusions contraires à celles tirées par les
tenants de la thèse conditionnelle.
Moralité, il ne fait pas de
doute que les stimulus sonores composés (du courant de conditionnement) jouent
un rôle (limité) dans la modification ou l'amélioration du sens des rythmes,
par exemple, sans pouvoir pour autant dépasser ce rôle pour créer purement et
simplement ce sens, ou même égaler le rôle de l'hérédité dans ce phénomène.
Étrangement, le courant de
conditionnement tend à généraliser ce phénomène même à des domaines dans
lesquels l'association conditionnée ou la suggestion et les facteurs
héréditaires exercent une influence mutuelle. Ainsi, dans l'une de ses diverses
expérimentations, les tenants de ce courant se sont employés à appliquer
systématiquement de l'eau bouillante portée à 110c sur un sujet, en associant à
cette application le tintement d'une cloche. À chaque expérience les vaisseaux
sanguins réagissaient par un relâchement. Ce qui est naturel. Mais lorsqu'ils
ont augmenté le degré de la chaleur de l'eau bouillante à 150c pour l'appliquer
sur le même sujet, mais à son insu, tout en associant l'expérience au tintement
de la cloche, au lieu de se contracter (réaction biologique normale), les
vaisseaux se sont relâchés (réflexe conditionné par le tintement de la cloche).
Les expérimentateurs ont vu là aussi la confirmation de leur thèse sur le
déterminisme de l'environnement et de l'expérience aux dépens de l'hérédité.
Pour mieux comprendre
l'aspect fallacieux de cette thèse et de ces expériences, prenons l'exemple de
l'expérience faite par ce courant, dans le domaine de la psychiatrie sur des
sujets soumis à certains somnifères. Après avoir administré à ces sujets
pendant quelques jours de tels somnifères, les expérimentateurs ont remplacé
ceux-ci par des pilules neutres (placebos)(9)
. On a remarqué alors que
les patients ont dormi encore plus profondément que sous l'effet des vrais
somnifères, et ce à cause de l'action du réflexe conditionné engendré par la
consommation des pilules. Mais cela permettrait-il pour autant de renier au
phénomène du sommeil sa dimension héréditaire ? En fait, les processus de
"relâchement" et de "contraction" des vaisseaux sanguins ne
diffèrent pas du processus de sommeil (un phénomène d'origine biologique), en
tant que constituant des réflexes innés. Le fait qu'ils subissent l'influence
des réflexes conditionnés n'enlève rien de leur caractère de
"constance". Ils sont exactement comme tous les autres réflexes
purement biologiques et innés- tels que le besoin de nourriture, la sexualité,
le sommeil - que le courant de conditionnement admet comme étant héréditaires. Ainsi,
la contraction des muscles de l'estomac ne peut se dissiper, en principe, que
par la nourriture. Cependant il est possible de l'estomper par des associations
conditionnées dont le sujet (celui qui a faim) est inconscient, comme on l'a
fait avec le sujet sur lequel on a appliqué l'eau chaude portée à 150c sans
qu'il soit au courant du changement de la température de l'eau. Donc
l'expérience en question (l'eau chaude) perdrait toute sa valeur dès lors que
le sujet aura été mis au courant du changement de la température, ce qui
entraînerait obligatoirement une "contraction" des vaisseaux sanguins
(réaction physiologique normale), et non un relâchement (dû au réflexe
conditionné), comme cela s'était produit lors de l'expérimentation évoquée plus
haut.
Conclusion: L'exploitation d'une expérimentation
suggestive ou conditionnée faite de la sorte pour la généraliser à l'ensemble
du comportement humain s'avère un argument spécieux.
En tout état de cause, le
courant laïc qui renie l'influence de l'hérédité, tout comme le courant laïc
opposé qui met en évidence l'influence du milieu, restent tous les deux
marginaux, par rapport au troisième courant laïc qui domine la recherche
psychologique contemporaine et qui soutient la thèse selon laquelle le milieu
et l'hérédité exercent conjointement leur influence sur le comportement.
L'Islam tranche d'une façon
on ne peut plus claire la question: il professe que les fondements psychiques
sont généralement tributaires d'un type d'hérédité fixe en général et d'un
autre type d'hérédité accidentel, dans un cadre particulier, sans négliger pour
autant le rôle du milieu et de l'éducation. Écoutons ce que dit l'Imam al-Sâdiq
(p) à propos des aptitudes mentales, dans leurs trois niveaux, lors d'un
entretien avec un compagnon, lequel rapporte : «J'ai dit à Abî Abdullâh (l'Imam
al-Sâdiq) : "Je commence à exposer une idée à un homme, il la comprend
avant même que j'aie fini de l'exposer; je l'expose à un autre homme, et quand
je la termine, il la saisit parfaitement et me la redit mot par mot; je
l'expose à un troisième et il me demande de recommencer (de répéter ce que je
dis) !" L'Imam Al-Sâdiq (p) m'a demandé alors : "Ne sais-tu pas
pourquoi cela ?". J'ai répondu que non. L'Imam Al-Sâdiq (p) m'a
expliqué :
«1- Celui à qui
tu exposes une partie de ton idée et il comprend le reste, est
quelqu'un dont, à l'état germinal, l'embryon fut pétri avec son 'aql; 2- celui
à qui tu exposes ton idée et qui comprend tout ce que tu dis,
est quelqu'un dont le 'aql fut agencé pendant qu'il se trouvait dans le ventre
de sa mère; 3- quant à celui qui te demande de répéter, c'est quelqu'un
dont le 'aql fut composé quand il a grandi».(10)
Ce texte islamique qui met
en évidence le rôle du milieu aussi bien que celui de l'hérédité dans les
aptitudes mentales, et qui est corroboré heureusement par la plupart des
recherches laïques contemporaines, mérite que l'on s'y appesantisse. Il dénote
l'existence de :
1- Un facteur inné commun à
l'ensemble du genre humain que les chercheurs laïcs désignent sous
l'appellation de "pure hérédité".
2- Un facteur de milieu
"prénatal" dit le "milieu utérin".
3- Un facteur de milieu
"postnatal", la vie terrestre, l'environnement.
Le premier facteur
(l'hérédité pure) nous indique que l'aptitude mentale, considérée dans sa
pureté totale, caractérise tous les êtres humains, au même titre que l'ensemble
des fondements biologiques et vitaux (le besoin de nourriture, le sommeil, la
sexualité etc.). En d'autres termes, le genre humain dans son ensemble (tous
les êtres humains) hérite, à l'origine, d'une façon égale d'une aptitude
mentale sans faille, ni défaillance, ni différence de degré. Ce facteur
d'hérédité pure est désigné dans le texte précité par «celui dont l'embryon
fut pétri avec son 'aql», et qui représente l'homme qui comprend toute
l'idée exposée dès le début de son exposition. Toutefois, la défaillance ou la
différence de degrés dans l'aptitude mentale, que l'on constate chez les êtres
humains, s'explique par une hérédité accidentelle, si l'on peut dire, qui se
produit dans le milieu utérin, entre autres.
On sait que les différents
accidents (choc, hausse de température, malnutrition etc.) que la femme
enceinte subit pendant la grossesse laissent des traces sur le cerveau du
foetus. Aussi la législation islamique prend-elle, comme nous le verrons plus
loin, un soin particulier du milieu foetal et nous fait de nombreuses
recommandations à cet égard, afin d'améliorer et d'assainir la progéniture.
En tout état de cause, le
texte précité fait référence au milieu foetal ou à ce que nous nous permettons d'appeler
les composantes de l'hérédité accidentelle, lesquelles contribuent à modifier
les aptitudes mentales et à les transférer du niveau de la pure hérédité fixe à
celui de l'hérédité accidentelle et altérée du milieu foetal. C'est du moins ce
qui ressort de la parole de l'Imam al-Sâdiq (p) à propos de celui «dont le
'aql fut composé dans le ventre de sa mère» et qui représente l'homme qui
comprend toute l'idée exposée et parvient à la redire telle quelle, ce qui
signifie qu'il est doté d'une aptitude mentale moyenne, en comparaison avec
l'aptitude mentale supérieure dont jouit celui qui conserve intacte son
hérédité pure.
Toutefois il convient de
noter que la structure mentale du foetus, telle que l'Imam al-Sâdiq (p)
l'entend très probablement n'est pas le produit du seul milieu foetal, mais
subit l'influence de deux sortes d'hérédité accidentelle (phénotype) : l'une au
niveau de l'utérus de la mère après la formation du foetus, l'autre au niveau
du sperme avant la fécondation. Par exemple l'alcool pourrait détruire un
nombre important de neurones du cerveau. Cette destruction se répercuterait sur
le système nerveux de l'individu et par voie de conséquence sur ses gènes, et
puis sur le sperme qui se dépose dans l'utérus de la mère. Donc ni le
changement intervenu lors du développement du foetus ni ceux survenus au niveau
du système nerveux de l'émetteur du sperme ne font partie de l'hérédité pure du
nouveau-né.
En tout état de cause,
l'hérédité pure qui caractérise tout le genre humain et celle accidentelle
(avant, pendant et après la fécondation), c'est-à-dire le milieu foetal et son
influence sur l'hérédité pure, auxquelles fait référence l'Imam al-Sâdiq (p)
montrent que la conception de l'Islam de l'hérédité accidentelle (phénotype) ne
diffère presque pas dans ses grandes lignes de celle des courants laïcs.
Pour ce qui concerne le
troisième facteur qui détermine l'aptitude mentale de la personnalité, l'Imam
al-Sâdiq l'a symbolisé par «celui dont le 'aql fut composé à l'âge adulte»
pour signifier l'influence du milieu qui débute après la naissance. Et là on
verra que l'Imam Ali (p), définissant les étapes du développement mental,
insiste sur l'importance des expériences dans la formation de l'esprit, et que
les Imams d'Ahl-ul-Bayt (p) soulignent le rôle de l'enseignement pendant
l'étape de l'enfance, tout en présentant diverses recommandations relativement
aux étapes prénatales.
Ceci dit, étant donné que
l'Imam al-Sâdiq a tranché clairement dans le texte ci-dessus la question de
l'influence conjointe du milieu et de l'hérédité, sous leurs différentes
formes, il serait superflu, du point de vue islamique ou pour un croyant,
d'accorder le moindre crédit à tout courant laïc qui hésiterait à admettre le
rôle de l'un ou de l'autre de ces deux facteurs. Heureusement, comme cela a été
dit, la plupart des recherches contemporaines ont corroboré les faits que la
législation islamique avait établis à cet égard.
2-
Les Fondements psychologiques
Le texte précité de l'Imam
al-Sâdiq (p) sur les aptitudes mentales et leur lien avec l'hérédité fixe et
l'hérédité accidentelle constitue un principe général valable aussi pour tous
les fondements psychologiques.
Et si certaines ou la
plupart des recherches laïques établissent une distinction entre les fondements
mentaux et les fondements psychologiques, en professant que les premiers sont
de nature plus ou moins héréditaire, alors que chez les seconds l'influence de
l'hérédité est insignifiante ou même inexistante, c'est parce que les études et
les expériences qu'elles ont menées sur les traits mentaux leur ont apporté la
conviction que ceux-ci sont plus réceptifs à l'hérédité que les traits
psychologiques. Bien que cette conviction ne soit pas totalement sans
fondement, il est incongru de la généraliser, car elle peut être nuancée dans
des conditions particulières, comme nous l'avons remarqué lors de notre exposé
sur les aptitudes mentales.
De là, la législation
islamique subordonne le phénomène psychologique à des facteurs déterminants,
généraux et particuliers, qui prennent en considération aussi bien l'hérédité
que le milieu sous des conditions spécifiques qui gouvernent ce phénomène. Mais
avant de présenter les textes islamiques relatifs à ce sujet, il est opportun
de nous arrêter un instant sur un point dont nous traiterons plus loin, à
savoir la distinction artificielle établie entre deux sortes de traits
psychologiques :
1- Les traits
intellectuels, ou ce que les spécialistes dénomment "tendance".
2- Les traits purement
psychologiques.
En effet la législation
islamique établit parfois artificiellement une telle distinction, et parfois
elle l'efface, et ce pour les raisons suivantes : d'une part elle tient compte
de l'unité du comportement de l'homme en tant que soumis (croyant) au concept
du rôle de l'adoration ou du califat (lieutenance) sur la terre auquel il est
assigné(11),
et là la différence entre le fondement psychologique et le fondement
intellectuel s'estompe; mais, en même temps, et d'autre part, elle considère
l'être humain en général, (abstraction faite de son identité et de sa position
philosophique - sa croyance - vis-à-vis du sens de la vie), pour définir les
aspects du comportement sain (et en faire un exemple), auquel cas la
distinction s'impose.
À la lumière de cette
remarque, nous reviendrons au point de vue islamique sur les facteurs
déterminants, généraux et particuliers, des fondements psychologiques, sous
leurs deux volets précités pour constater qu'il est représenté par les deux
types de l'hérédité pure: d'abord par le phénomène de la
"disposition" (ou de l'existence "en puissance") chez un
individu, à un tel ou tel autre fondement psychologique, et ensuite par la
transformation de cette disposition, sous l'effet du milieu environnant
"en acte" choisi volontairement par l'individu et non pas imposé à sa
volonté.
Naturellement il y a
quelques différences entre la subordination de l'aptitude mentale à l'hérédité
pure et la subordination de la "disposition" à cette hérédité. Car la
première - l'aptitude mentale - incarne un élément positif, en l'occurrence
l'intelligence dans son état d'excellence, alors que la seconde - la
disposition - ne représente qu'un élément neutre que l'individu traduirait
librement et volontairement, en acte positif ou négatif, ultérieurement. Néanmoins,
l'hérédité pure joue ce même rôle (que celui qu'elle joue dans l'aptitude
mentale) lorsque nous transposons le problème sur un plan philosophique, à
savoir la constitution de la nature humaine selon une structure basée sur la
reconnaissance d'Allah et de Son Unicité, sujet dont nous traiterons
ultérieurement, pour ne pas nous écarter de notre domaine psychologique, quitte
à y revenir occasionnellement et d'une façon passagère.
Il nous reste à présent à
définir le point de vu islamique sur le fondement "psychologique" et
sur la position de ce fondement par rapport à l'hérédité fixe. La législation
islamique est claire sur ce point. Elle souligne la pureté de ce fondement chez
tous les êtres humains et son dépouillement de tout défaut et de tout élément
différentiel, exactement comme tous les fondements biologiques, vitaux et
mentaux dont hérite le genre humain d'une façon égale, et peu importe que ce
fondement soit d'ordre proprement psychologique ou intellectuel.
Concernant le fondement
intellectuel, l'Imam al-Sâdiq (p) le définit comme suit :
«Le sperme du croyant,
même placé dans le rein du polythéiste, le mal ne peut l'atteindre (reste
intact), et ce jusqu'à ce que le calame coure»(12).
La teneur de ce texte est
d'une clarté qui ne souffre aucune équivoque pour un connaisseur. Elle définit
un fondement inné commun à tout le genre humain, à savoir la pureté de la pesée
et son dépouillement de toute tare (défaut, tache) héréditaire, peu importe que
ce fondement se trouve dans les reins des hommes, dans les utérus des mères ou
même dans la phase de l'enfance, ce qui veut dire que la personnalité
(l'enfant) entre et reste dans son nouveau milieu, dans un état pur et sans
aucun défaut, jusqu'à l'âge de la raison où elle choisit alors librement le
type de comportement qu'elle veut.
L'Imam al-Sâdiq (P) énonce
le même principe pour ce qui se rapporte aux traits ou fondements
psychologiques, lorsque, parlant de quelques traits de la personnalité, il dit
:
«Si tu peux, les
(ces traits) avoir, soit. Car ils peuvent être chez le père sans qu'ils soient
transmis à son fils, ou chez le fils sans qu'ils soient chez son père».
On demanda alors à l'Imam
al-Sâdiq (p) quels étaient ces traits, il répondit :
«La véracité du
courage, l'acquittement du dépôt, le maintien du lien de parenté (la
bienfaisance envers les proches parents), etc...»(13).
Il est évident que les
traits moraux dont parle l'Imam al-Sâdiq (p) sont de caractère purement acquis
et n'ont rien à voir avec un quelconque fondement héréditaire, puisque, le père
pourrait les avoir sans pouvoir les transmettre à son fils, et celui-ci
pourrait les avoir, sans les avoir tenus de son père. Cela revient à dire que
le genre humain dans son ensemble, n'hérite pas de fondements moraux ni
psychologiques en général, mais les acquiert à travers le milieu environnant.
Mais s'agit-il là d'une
règle fixe qui reste indifférente ou imperméable à l'influence d'une hérédité
accidentelle survenue dans certaines circonstances ou sous certaines conditions
? La réponse est négative, car l'hérédité accidentelle que nous avons signalée
à propos de "l'aptitude mentale" peut également influer sur les
fondements psychologiques, peu importe que le transfert héréditaire s'opère à
travers l'épine dorsale (reins) des hommes ou les utérus des mères.
Ainsi, s'agissant du
changement héréditaire opéré à travers les "épines dorsales", l'Imam
al-Sâdiq (p) le signale lorsqu'il nous recommande le "mariage
sélectif", c'est-à-dire de tenir compte des traits moraux héréditaires de
la famille dont est issue la personne avec laquelle on projette de se marier :
«Ne vous mariez pas
avec eux (les membres d'une telle famille ou d'un tel clan), car ils possèdent
une "veine" qui appelle à l'infidélité».(14)
- Selon une autre version
de ce Hadith :
«Car ils possèdent des
"utérus" qui dénotent l'infidélité».(15)
- Selon une troisième
version :
«Car ils ont des
"racines" (origines, lignage, fondements) qui les incitent à
l'infidélité».(16)
Il ne fait pas de doute que
la "veine", les "utérus" et les "racines"
figurant dans les trois versions désignent le transfert (le changement)
héréditaire du caractère "trahison ou infidélité", et la transmission
de ce caractère au sperme qui se dépose dans l'utérus de la mère.
Quant au transfert
héréditaire opéré à travers le milieu utérin, les textes islamiques abondent en
recommandations concernant une alimentation saine génératrice de hautes
qualités morales ou psychologiques.
Ainsi, l'Imam al-Redhâ (p)
recommande :
«Donnez du lait à vos
femmes enceintes: si elles portent un garçon, il aura un coeur pur ... du
courage, et si elles portent une fille, elle sera bonne physiquement et
moralement»(17).
Ce texte met en évidence
les traits moraux tels que le courage, le bon caractère etc. et d'autres
fondements psychologiques et mentaux et leur transmission à l'enfant par le
milieu de l'utérus et nous permet donc d'en inférer la possibilité de
l'hérédité accidentelle dans ce domaine.
Mais il est à noter ici que
les psychologues laïcs établissent souvent une distinction artificielle entre
deux sortes de fondements psychiques (psychologiques) : les traits
"tempéramentaux" et les traits "moraux". Ainsi,
l'introversion ou l'extraversion, par exemple, sont considérées comme des
traits "tempéramentaux" et pourraient donc avoir une dimension
héréditaire, alors que les traits moraux, tels que la fidélité, l'honnêteté
etc. seraient des traits acquis et n'auraient rien à voir avec l'hérédité.
Bien que cette observation
ne soit pas sans fondement, nous ne pourrons, selon notre conception islamique,
en généraliser la portée ou l'application sur tout le genre. Pour nous, elle
revêt un caractère de probabilité et non de généralité.
Les textes islamiques que
nous avons présentés précédemment pourraient paraître de prime abord
concordants avec le point de vue laïc relativement à la distinction entre les
fondements "tempéramentaux" et les fondements "moraux". En
effet lorsque l'Imam al-Sâdiq (p) a évoqué certains traits tels «le respect
du dépôt», «la véracité» etc., des traits purement moraux, ils
les a exclus du cercle de l'hérédité et les a classés dans la zone d'influence
du milieu, et lorsqu'il a fait référence à la conservation de la pureté du
"sperme" dans les épines dorsales des polythéistes et les utérus des
mères polythéistes, il a exclu, là également, ce trait "intellectuel"
ou "idéologique" (la croyance), du domaine de l'hérédité pour lui
attribuer un caractère environnemental (le milieu).
Toutefois, lorsqu'il a
souligné le trait "trahison" par exemple, il l'a annexé à l'hérédité
chez certains clans. Or, la trahison étant un trait agressif, et l'agressivité
étant une émanation du tempérament introverti, sa subordination à l'hérédité
s'explique par son caractère "tempéramental" et non
"moral".