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Compte rendu

Yusuf Islam, alias Cat Stevens, sort de sa retraitre

LE MONDE | 18.12.06 | 16h09  •  Mis à jour le 18.12.06 | 16h09
Yusuf Islam, alias Cat Stevens, au concert annuel des Nobel à Oslo, le 11 décembre 2006. | REUTERS/LEONHARD FOEGER Yusuf Islam, alias Cat Stevens, au concert annuel des Nobel à Oslo, le 11 décembre 2006.

REUTERS/LEONHARD FOEGER

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Voici un retour pour le moins inattendu : celui de Cat Stevens, ou plutôt Yusuf, un des chanteurs les plus populaires des années 1970, retiré du show-business depuis bientôt trente ans pour cause de conversion à l'islam. Le nom complet du musicien britannique est Yusuf Islam mais, peut-être pour signifier que son nouvel album n'est pas "religieux", seul le prénom apparaît sur la pochette d'An Other Cup, flanquée d'un sticker rappelant qu'il s'agit bien de "l'ex-Cat Stevens".

Dans sa retraite, Yusuf Islam a continué à enregistrer des disques, sacrés exclusivement. Aujourd'hui, à 58 ans, c'est au bon souvenir des anciens fans de Cat Stevens qu'il se rappelle. Le titre et la pochette (une tasse de thé) d'An Other Cup sont un clin d'oeil à un de ses plus grands succès, l'album Tea For the Tillerman (1971). La musique n'a guère changé, rangée depuis quatre décennies au rayon "soft rock" : un mélange de folk et de pop doux et tranquille, introspectif et intimiste, dont les autres tenants furent Carole King, James Taylor ou Jim Croce.

Cat Stevens s'est donc remis à la guitare et au piano, ornant ses chansons de cordes, cuivres et choeurs. Curieusement, il reprend Don't Let Me Be Misunderstood, standard popularisé par Nina Simone et les Animals, enlaidi ici par de vilains synthétiseurs. On note la participation d'un invité de marque, le chanteur sénégalais Youssou N'Dour, lui aussi musulman. La nouveauté vient des paroles, sermonneuses et vilipendant le matérialisme du monde moderne.

Si Le Monde rend compte avec retard d'An Other Cup, publié le 14 novembre, c'est parce que Yusuf a, à deux reprises, annulé des entretiens prévus à Londres. Depuis, il n'a plus donné la moindre nouvelle à sa maison de disques. L'acceptation de cette interview était conditionnée à l'envoi préalable des questions pour vérifier leur caractère politiquement correct. Car il est un nom à ne pas prononcer devant Yusuf Islam : celui de son compatriote Salman Rushdie.

Discret depuis sa conversion, l'ancienne pop star revenait brutalement sous les feux de l'actualité en 1989. Devant les étudiants de l'université de Kensington, il estimait conforme avec le Coran la fatwa prononcée par l'ayatollah Khomeyni contre l'écrivain britannique, auteur des Versets sataniques. Cette prise de position a sérieusement écorné son image, des radios décidant alors de boycotter ses chansons. Yusuf Islam peut bien répéter qu'il a été piégé par les médias, il n'a jamais renié les propos qu'on lui a prêtés. Par la suite, il a été plus prudent, dénonçant sans ambiguïté les attentats du 11 septembre 2001. Il s'est opposé à la guerre en Irak mais a lancé un appel aux ravisseurs de l'otage britannique Kenneth Bigley pour qu'ils le libèrent.

"COMME UN MIROIR"

Selon le degré d'empathie qu'il suscite, Yusuf Islam est tour à tour considéré comme un modéré ou un orthodoxe. Ce qui ne l'a pas empêché d'obtenir honneurs et reconnaissances. Islamia, l'école coranique qu'il a ouverte à Londres en 1983, est la première à avoir obtenu le statut d'établissement d'Etat. Pour ses actions caritatives, il a reçu des mains de Mikhaïl Gorbatchev en 2004 le prix Man for Peace décerné par un comité de lauréats du Nobel de la paix. Il a d'ailleurs chanté à Oslo le 11 décembre pour le concert accompagnant l'attribution des Nobel. Il se présente aujourd'hui "comme un miroir à travers lequel les musulmans peuvent voir l'Occident et les Occidentaux voir l'islam". Cette "position unique" lui permettrait de réduire cet "écart culturel".

Fils d'une Suédoise et d'un cafetier chypriote, celui qui est né Steven Demetre Georgiou a été éduqué dans une école catholique. Les premiers tubes pop qu'il signe à partir de 1966 (I Love My Dog, Matthew & Son ou The First Cut Is the Deepest) le promettent à une brillante carrière, un temps contrariée par une tuberculose contractée en 1968. Pendant sa convalescence, il s'intéresse au bouddhisme et aux religions orientales. C'est l'islam qu'il choisira, le 23 décembre 1977. A 29 ans, il coupe sa chevelure, allonge sa barbe, revend ses instruments et ses disques d'or au profit d'associations caritatives.

Le communiqué de presse accompagnant son nouvel album indique que sa sortie a lieu "tout à fait par hasard, au moment même où l'on fête le 40e anniversaire de la publication du premier disque de Cat Stevens, I Love My Dog." On imagine que c'est "tout à fait par hasard" également qu'est distribué un coffret de 4 CD rétrospectif de son oeuvre. Les fans sont gâtés : livret de 96 pages rédigé par l'auteur, et une quinzaine de titres inédits, dont la bande originale du film Harold et Maude (1972), qui ne fut pas commercialisée à sa sortie, et Honey Man, un duo avec Elton John. Les charmants dessins dickensiens dus à sa plume qui ornaient les pochettes ont été remplacés par des photos de minarets et de coupoles de mosquées, de vagues océanes et de couchers de soleil.


An Other Cup, 1 CD Ya Records/Polydor.

Cat Stevens, 1 coffret de 4 CD A & M/Universal.

Bruno Lesprit
Article paru dans l'édition du 19.12.06. Abonnez-vous au journal : 15€/mois
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Présentation (en anglais) du nouvel album "An Other Cup"
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