Le système des rites en Islam

Sayyed Mohammad Bâqer al-Sadr

Publication de la Cité du Savoir


Edité par :

Abbas AHMAD al-Bostani

(La Cité du Savoir)

C.P. 712 Succ. (B)

Montréal, Qc., H3B 3K3

Canada

Site web : www.bostani.com

E-mail : abbas@bostani.com

1e Edition Décembre 2002

Titre original (en arabe) : Nadhrah 'Ämmah fî-l-'Ibâdât



Tous droits de traduction, de reproduction et

d'adaptation réservés pour tous pays

© Abbas Ahmad al-Bostani

ISBN : 2-922223-18-3

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Table des Matières

Livre 1:

Regard général sur les rites L'Adoration est un besoin permanent de l'homme 5

1- Le besoin d'être relié à l'Absolu: 9

1) La foi en Dieu est le remède 14

2) L'objectivité dans l'accomplissement et le dépassement de soi 22

3) Le sentiment intime de responsabilité 30

2- Des Traits généraux dans les rites: 35

3- Le caractère inclusif de l'adoration: 39

4- L'aspect sensible dans l'adoration: 45

5- L'aspect social dans l'adoration: 50

Livre 2: La Prière comme acte d'adoration

Les traits spécifiques de la Législation de la Prière  57

L'enracinement des croyances et des concepts de l'Islam 57

La Prière, la Conscience et la Quiétude 59

Ce que la Prière fixe dans l'âme et dans la société 65

La Prière et la Refixation de l'Auto-surveillance  78

La Prière et la Sécurité intérieure 80

La Prière s'adapte à Toutes les Formes de la Vie humaine 84

Les Prières Surérogatoires (Recommandée: Nawâfil) et l'Esprit de Volontariat . 87


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Livre 1

REGARD GENERAL SUR LES RITES(1)

- Étude sur le contenu du culte islamique

et sur son rôle

dans le perfectionnement de l'homme -

L'Adoration est un besoin permanent de l'homme

Les rites jouent un rôle essentiel dans l'Islam. Leur réglementation constitue une partie importante de la Charia(2); le comportement rituel est un phénomène notable dans la vie quotidienne d'un pratiquant.

Le système des rites constitue un aspect immuable de la Charia qui n'est affecté dans sa pratique ni par la tendance générale de la vie de l'époque ni par les circonstances nouvelles crées par le progrès technique alors que d'autres aspects de la Charia sont adaptables, quant à leur méthode d'application, aux circonstances découlant du progrès. Il en va ainsi, par exemple, du système des transactions et des contrats.

Ainsi, du point de vue de l'adoration même, l'homme du vingtième siècle prie, jeûne et s'acquitte du pèlerinage exactement de la même manière que son ancêtre de l'âge du moulin manuel.

Il est vrai, toutefois, que l'aspect civil des préparatifs d'un rite peut différer de l'un à l'autre. Car l'un voyage en avion pour se rendre aux lieux du Pèlerinage, alors que l'autre se déplaçait à dos de chameau. Cependant, le culte reste identique à lui-même. La nécessité de son accomplissement reste constante. Cela signifie que la Charia n'a pas prescrit la prière, le jeûne, le pèlerinage et les autres rites pour une durée limitée aux conditions d'une époque. Ces rites restent aussi valables pour l'homme qui a appris à utiliser l'énergie atomique que pour celui qui laboure son champs à la pioche.

Nous en déduisons que le système des rites répond à un besoin de la vie de l'homme, qui est permanent et indifférent à l'évolution continue du mode de vie - une prescription permanente répond en effet à un besoin permanent.

A ce stade une question se pose: existe-t-il réellement un besoin qui n'est pas varié, depuis que la Charia a commencé son rôle édificateur jusqu'à nos jours, pour que nous puissions justifier, à la lumière de sa constance, la fixité des formes par lesquelles cette Charia y répond?

On pourrait penser, de prime abord, que l'affirmation d'un tel besoin permanent ne serait pas acceptable car nous voyons que l'homme s'est constamment éloigné des conditions de la société tribale où est apparue la Charia, des problèmes du paganisme et de ses soucis et aspirations limités. Une telle distanciation a provoqué un changement fondamental dans tous ses besoins, ses préoccupations et exigences, et finalement dans sa manière de traiter et d'organiser la satisfaction des besoins. Si des rites comme la prière, les ablutions, et le jeûne furent utiles à un certaine étape de la vie du bédouin, améliorèrent sous comportement, son souci de propreté corporelle... etc, il se trouve que ces mêmes objectifs sont atteints par l'homme moderne par l'organisation même de sa vie sociale. Ainsi les rites pourraient n'être plus nécessaires et ne plus jouer un rôle susceptible de résoudre ses problèmes de civilisation.

Cette vision des choses est erronée car le progrès social ne fait que transformer la relation entre l'homme et la nature. Les rites ne constituant pas une relation entre l'homme et la nature, ils demeurent «non affectés» par un tel progrès. Les rites constituent une relation entre l'homme et son Seigneur, relation que comporte un aspect rejaillissant sur la relation entre l'homme et son semblable.

Dans le domaine de ces deux relations essentielles, nous constatons historiquement que l'humanité éprouve un certain nombre de besoins constants:

1- Le besoin d'être relié à l'absolu;

2- Le besoin de l'objectivité dans l'accomplissement et le dépassement de soi;

3- Le besoin d'un sentiment intime de responsabilité qui garantisse l'exécution.

Voyons plus en détail ce qu'impliquent de tels besoins.

1- Le besoin d'être relié à l'Absolu:

Le système rituel est une façon d'organiser le côté pratique de la relation entre l'homme et son Seigneur.

a) Quelle est la valeur de la relation entre l'homme et son Seigneur pour la marche évolutive de l'homme? Cette valeur est-elle temporaire, répondant à un besoin provisoire ou limité et perdant son sens à la fin d'une telle étape relative?

b) Quel rôle des rites remplissent-ils dans cette relation?

Voici un résumé de l'explication que nécessitent ces questions:

Le lien à l'absolu est un problème double. L'observation attentive des faits historiques peut nous permettre de conclure que les problèmes s'y posant son variés et que les soucis s'y exprimant sont multiples dans leurs apparences (formations). Pourtant, si nous allons au-delà des apparences (formations), jusqu'au coeur même des problèmes, nous découvrons un problème permanent et essentiel, recélant deux aspects opposés, dont l'humanité souffre depuis toujours. C'est, d'une part, la croyance en (l'attitude de) l'anéantissement et du non-être, et, d'autre part, l'attitude de l'identité et de l'appartenance, qui rend absolus des faits relatifs.

La Charia donne le nom d' «athéisme» à la première attitude, et celui d' «associationnisme» (chirk) à la deuxième. La lutte continuelle de l'Islam contre l'athéisme et le chirk constitue un combat contre ces deux problèmes dans leur dimension historique. Les deux attitudes se rencontrent en un point essentiel (ou commun): entraver le mouvement évolutif.

L'attitude du non-être, de la perdition, signifie pour l'homme qu'il est un être en perdition constante, n'appartenant point à un absolu sur lequel il pourrait s'appuyer pour trouver aide et vision claire du but et associer son mouvement à celui de toute l'existence. Ce mouvement vers l'anéantissement est un mouvement au hasard comparable à celui d'une plume emportée par le vent. La plume est influencée par des facteurs qui lui sont extérieurs sans pouvoir jamais influencer quoi que ce soit. Il n'y a pas d'accomplissement dans la marche historique de l'homme sans une relation à un absolu.

Mais cette dernière relation peut nous mener, par ailleurs, à l'autre attitude qui guette constamment l'homme: celle qui érige le relatif en absolu.

L'homme lie sa soumission à une sauve (se soumet à une cause) de sorte que cette appartenance lui permette de se d'avancer continuellement, mais sa loyauté se seize graduellement et perd de vue les circonstances relatives dans lesquelles elle se trouve être juste.

L'esprit humain en déduira un «absolu» sans limite pour la réponse à ses demandes. Dans la terminologie religieuse un tel «absolu» se transforme en un dieu adoré au lieu d'un besoin demandant à être satisfait.

Quand le relatif se transforme en un «absolu», en un dieu de cette sorte, il devient un facteur d'encerclement du mouvement de l'homme, il gèle ses capacités propres à créer et à se développer et il paralyse sa marche:

«Ne place point une divinité à côté de Dieu, sans quoi tu serais honni et abandonné!»

(Coran, 17: 22)

Ceci est un fait réel s'appliquant à tous les dieux que l'humanité a créés durant l'histoire, que ce soit du temps de l'adoration idolâtre ou dans les temps postérieurs.

De l'époque des tribus à celle de la science, nous trouvons une série de dieux qui empêchèrent les hommes qui les adoraient d'accomplir un progrès précis.

L'homme faisait ainsi donner (ainsi l'homme donnait) son alliance à la tribu. C'était un besoin affectif dicté par ses circonstances de vie particulière (les circonstances particulières de sa vie. Mais il exagéra, faisant un absolu de cette tribu, devenant incapable de voir les choses autrement que par le biais de son clan. Ainsi la tribu devint un obstacle dans la voie de sa progression.

L'homme moderne donne légitimement son alliance à la science qui éclaire pour lui le chemin menant au contrôle de la nature, mais il exagère parfois son attachement, en faisant une alliance absolue. Il en vient à adorer la science, refusant pour l'amour de son «Dieu-Science» tout idéal en fait ne pouvant être mesuré ou observé au microscope.

Toute chose relative, donc limitée, lorsqu'elle devient un absolu se transforme, au moment de la maturité intellectuelle, en une bride pour l'esprit qui en a fait un dieu.

Cependant la marche humaine vers l'avant requiert un absolu! Cela doit être un véritable absolu, capable d'englober et de dominer la marche évolutive, de la maintenir sur le droit chemin quelque soit son degré d'avancement et d'effacer tous les «dieux» qui pourraient l'encercler!

Ainsi le problème peut-être résolu dans ses deux aspects!

1) La foi en Dieu est le remède

Un tel remède est proposé dans ce que la Loi céleste (Charia) présente à l'homme comme la doctrine de la foi en Dieu, Dieu en tant qu'absolu auquel l'homme limité peut rattacher sa propre marche sans jamais éprouver la moindre contradiction sur son long chemin.

La foi en Dieu résout l'attitude négative du problème, rejette la perdition, l'athéisme, le néant et l'indifférence. Elle place l'homme en position de responsabilité, liant le cosmos à son initiative, faisant de cet homme le Khalife(3) de Dieu sur la terre. Le Khalifat implique la responsabilité, et situe l'homme se déplaçant dans l'éternité sans fin d'un mouvement responsable entre deux pôles: entre un représenté devant lequel il est responsable, et une récompense qu'il reçoit selon sa conduite, ou encore entre Dieu et la résurrection.

De même, la foi en Dieu résout le côté positif du problème, celui de l'exagération qui fait dévier l'homme de son chemin.

Elle le résout ainsi:

1- Cet aspect du problème est crée par la transformation du relatif en absolu au moyen d'une opération intellectuelle et d'un isolement de ce relatif de son contexte de ses limites. Quant à l'absolu représenté par la foi en Dieu, il n'est pas le résultat d'une étape parmi les étapes de l'intelligence humaine et ne risque donc pas de devenir une entrave lors d'une prochaine étape de maturité intellectuelle.

Il n'est pas non plus le résultat d'un besoin limité propre à un individu ou à un groupe, de sorte qu'il puisse, en tant qu'absolu, savoir (servir) d'arme à la disposition des intérêts égoïstes et illégaux!

Car Dieu, le Très Haut, est un Absolu sans aucune limite qui absorbe en Ses Attributs essentiels tous les idéaux suprêmes de l'homme, son Khalife sur terre. En d'autres termes, le chemin conduisant vers Lui est illimité, ce qui implique un mouvement continu et un rapprochement par étapes ne comportant jamais de terme.

«Alors toi, l'homme qui te tournes vers ton Seigneur, tu Le rencontreras». (Coran, 84: 6)

Dieu donne à ce mouvement Ses propres idéaux suprêmes, tirés de la Connaissance, de la Puissance et de la Justice, ainsi que des autres qualités de l'Absolu vers lequel la marche est dirigée. La marche vers l'absolu est toute de connaissance, toute de puissance, de justice et de richesse. Autrement dit, la marche humaine est une lutte continue contre toutes les formes de l'ignorance, de l'impuissance, de l'oppression et de la pauvreté. Tant que tels sont les buts de cette marche liée à l'absolu, ils constituent non seulement une dédicace à Dieu, mais encore une lutte constante pour le bien de l'homme, pour sa dignité et pour la réalisation de ses idéaux suprêmes.

«Celui qui lutte, ne lutte que pour son bien. Dieu se suffit à Lui-même, IL n'a pas besoin de l'univers». (Coran, 29: 6)

«Sur toi Nous avons fait descendre pour les hommes le Livre, en toute Vérité». (39: 41)

Inversement, les absolus imaginaires et les faux dieux ne peuvent englober la marche avec toutes ses aspirations, car ils ne sont que les rejetons d'un faible cerveau humain, ou encore le besoin d'un pauvre homme, ou l'oppression d'un tyran. Ils se trouvent donc reliés à l'ignorance, à l'incapacité ou à l'oppression. Ils ne peuvent jamais bénir la lutte continuelle de l'homme contre lui-même (ou des hommes contre eux-mêmes, ou des hommes entre eux)!

2- Etre lié à Dieu, Tout-Puissant, l'Absolu, qui contient toutes les aspirations de la marche humaine vers l'avant, signifie en même temps que l'on rejette tous les «absolu» imaginaires et que l'on engage une guerre constante contre toutes les idolâtries et adorations artificielles.

Ainsi l'homme sera débarrassé du mirage de ces faux absolus qui sont comme cela est le cas pour n'importe quel autre instinct. Cette manière correcte de le satisfaire, en harmonie avec les autres instincts et inclinaisons, constitue la seule garantie du bénéfice active de l'homme!

Selon le comportement que l'on adopte vis-à-vis d'un instinct, on permet son épanouissement ou on provoque son étouffement. Ainsi les germes de compassion se dessèchent en l'homme à la suite d'un comportement négatif, mais se développent par la pratique d'une solidarité active avec les opprimés et les pauvres. De là, il est clair que la foi en Dieu, aspiration vers l'absolu, doit disposer l'une direction qui permette de satisfaire cet instinct et de l'approfondir, et cela d'une manière compatible avec tous les autres sentiments authentiques de l'homme.

Sans une orientation, un tel sentiment, est voué à la rechute, comme ce fut le cas pour les sentiments religieux livrés à eux-mêmes dans la plupart des étapes historiques.

Sans une conduite approfondie, ces sentiments pourraient s'estomper, et le lien avec l'Absolu cesse d'être une vérité agissante sur la vie de l'homme, et en mesure de faire jaillir ses meilleures énergies.

La religion qui posa le principe: «Il n'y a de dieu que Dieu»; y faisant figurer à la foi le rejet et l'affirmation est ici l'instrument orienteur et ce sont les rites qui remplissent le rôle constant d'approfondissement de ces sentiments, car ils donnent une expression pratique et une concrétisation de l'instinct de la foi - par leur moyen cet instinct et s'approfondit (pénètre au profondeur) dans la vie de l'homme.

Nous constatons que ces rites, en tant qu'expression pratique du lien avec l'absolu, comportent à la fois la pratique de l'affirmation et du rejet. Ils constituent une confirmation permanente, de la part de l'homme, de son lien avec l'Absolu et de son rejet de tout autre «absolu» artificiel.

Celui qui commence sa Prière (par les mots Allâhu Akbar) affirme ce rejet - lorsqu'il déclare, à chaque prière, que le Prophète de Dieu (P) est Son Serviteur et Son Envoyé il affirme ce rejet - de même lorsqu'il s'abstient des bonnes choses et se tient éloigné des nécessités de l'existence, par amour de Dieu, défiant les désirs et leur tyrannie, il affirme encore ce rejet.

Ces rites ont réussi à éduquer des générations de croyant, entre les mains du Prophète (P) et des guides pieux qui lui succédèrent; ceux dont les prières incarnèrent dans leurs âmes le rejet de toutes les forces du mal et leur écrasement. Devant leur avance triomphale les «absolus» du genre de Khosrô et César de même que tous les «absolus» de l'imagination humaine limitée furent anéantis.

A la lumière de ce qui procède nous voyons que l'adoration est une nécessité constante dans la vie de l'homme et dans sa marche évolutive. Il ne peut y avoir de marche sans un «absolu» à laquelle elle se relie en y puisant ses idéaux. De même il n'y a pas d' «absolu» qui puisse contenir la marche tout au long de son interminable chemin si ce n'est le véritable Absolu (Dieu).

Tous les autres «absolus» artificiels forment nécessairement d'une manière ou d'une autre, un obstacle à la croissance évolutive.

L'attachement au véritable Absolu est donc un besoin permanent, tout autant que le rejet des «absolus» artificiels. Il ne peut y avoir d'attachement au vrai absolu sans une expression pratique de cet attachement, le confirmant et le consolidant continuellement.

Une telle expression pratique n'est pas autre chose que l'adoration. Il apparaît donc que l'adoration est un besoin permanent.

2) L'objectivité dans l'accomplissement et le dépassement de soi

A chaque étape de la civilisation humaine et à chaque période de la vie de l'homme, les gens rencontrent de nombreux intérêts dont la réalisation exige à un degré ou à un autre, une large action. quelque soit la diversité des types d'intérêts ainsi que la manière de les réaliser, qui varie d'une époque à l'autre, ils peuvent être classés en deux catégories:

i)- Des intérêts dont les gains et les revenus matériels reviennent à l'individu même dont dépend la réalisation de ces intérêts.

ii)- Des intérêts dont les gains reviennent à d'autres personnes que celles auxquelles ils appartiennent en propre. Dans cette deuxième catégorie sont inclus tous les travaux qui visent un but plus grand que l'existence même de celui qui travaille. En