L'Ile-de-France et l'Alsace rassemblent
50 % des 182 cas recensés d'octobre 2003 à août
2004.
Un collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) a rendu
publique, jeudi 21 octobre, une première tentative de
dénombrement des "actes islamophobes". Cette structure, d'une
quinzaine de membres, a rédigé un rapport sur la période
allant d'octobre 2003 à août 2004.
Le document recense 182 actes, dont 118 visant des
individus et 64 des institutions. 28 mosquées ont été
dégradées et 11 cimetières vandalisés, avec plus de 200 tombes
profanées. Le CCIF estime qu'au moins une mosquée par mois a
été vandalisée ou dégradée, le maximum ayant été atteint en
avril 2004, avec 6 mosquées visées par des actes graves. Deux
régions réunissent 50 % des actes visant les institutions
musulmanes : l'Alsace (13 actes) et l'Ile-de- France (20
actes). Les sources de l'observatoire sont les dépêches
d'agences de presse, les articles de journaux et des courriers
de victimes.
Selon son porte-parole, Samy Debah, le collectif a vu le
jour en octobre 2003, après les déclarations du journaliste
Claude Imbert, membre du Haut Conseil à l'intégration,
affirmant qu'il était "islamophobe". "Nous sommes
tous étudiants ou engagés dans la vie active, entre 25 et 40
ans, précise M. Debah. Cet observatoire compte un pôle
juridique, un pôle de communication et un autre de relations
publiques."
Le CCIF s'affirme indépendant des grandes organisations
musulmanes, qu'il égratigne dans son rapport : "Le CCIF
compte combler progressivement un déficit de données
concernant ce type spécifique de discriminations. (...)
Il constate avec regret l'absence d'une telle démarche au sein
des institutions qui se présentent comme représentatives de
l'islam de France, de même qu'une certaine ambiguïté face au
phénomène de certaines associations dites
"antiracistes"."
Le rapport évoque plusieurs cas de discriminations au
travail : "De nombreux entretiens d'embauche ressemblent
davantage à des interrogatoires policiers, où les candidats
sont interrogés sur leur attachement à la République ou encore
sur leur rapport avec l'islam. Il est fréquent qu'un musulman
présumé soit questionné sur le conflit israélo-palestinien,
sur l'Irak ou encore sur le terrorisme et le fondamentalisme.
Onze cas de cette nature ont été recensés." Le rapport
relate de nombreux cas de discrimination à l'encontre de
femmes voilées, exclues de magasins, de bureaux de vote ou
agressées. Le 16 juillet, une mère et sa fille se sont vu
refuser le droit de retirer un extrait d'acte de naissance à
la mairie de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) : l'une portait
un foulard, l'autre, un bandana.
Le CCIF affirme que son but "n'est pas de placer
l'islamophobie en tête du "hit-parade" des discriminations, ou
d'engager une ridicule et dangereuse concurrence des victimes.
L'action du CCIF est informative et citoyenne".
Xavier Ternisien