(Ma'âlim-ul-Madrasatayn)

Les  Repères des deux Ecoles
Celle des califes

et

Celle d'Ahl-ul-Bayt (a.s)

Sayyid Murtadâ Al-'Askarî

Publication de la Cité du Savoir

Editeur:

Abbas Ahmad al-Bostani

(La Cité du Savoir)

C. P. 712 Succ. (B)

Montréal, Qc., H3B 3K3

Canada

E-Mail: abbas @bostani.com

Site wb: www.bostani.com

 

Première édition: Novembre 2002

 

Titre original (arabe): Ma'âlim-ul-Madrasatayn

 

Auteur: 'Allâmah Sayyid Murtadâ Al-'Askarî

 

Traducteur: Sayyid Abû 'Ali Hâshimî

© Tout droits de reproduction et d'adaptation

réservés à:

Abbas Ahmad al-Bostani

ISBN: 2-922223-16-7

*************  *************

Avis au lecteur : abréviations et termes utilisés dans ce livre :

V = Verset du Coran

Vs = Versets.

Muhammad = le prénom du Prophète de l'Islam.

Mohamed = prénom de musulman.

Compagnon = Compagnon du Prophète de l'Islam, en particulier

compagnon = celui qui tient compagnie

prophète = tout prophète autre que Muhammad (SAW).

Prophète = Muhammad (SAW).

(SAW) = Sallâllahu 'Alayhi wa 'âlihi wa Sallam

(a. s.) = 'Alayhis-Salâm

(r. d.) = radiyallâhu 'anhû ('anhâ)

imam = celui qui guide la prière ou calife

Imam = l'un des douze Imams d'Ahlul-Bayt (a.s)

Ahlul-Bayt = La famille du Prophète ('Ali, Fâtimah, Hassan, Hussayn, et neuf des descendants de Hussayn (a. s.).

Makkah = La Mecque.


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Table des Matières

Avis au lecteur 5

1ère partie 7

- I -
Préliminaires
(9)

Introduction 9

- II -
De l'Impact de la Discorde au Sein

de la Communauté Musulmane (
13)

Lors du premier voyage 13

Lors du deuxième voyage 14

- III -
Certains Attributs d'Allah - Exaté soit-IL - et l'Origine de la Divergence les Concernants
(21)

L'opposition quant à l'interprétation des hadiths précédents 23

L'origine du désaccord relatif aux attributs divins et à la visibilité d'Allah 24

- IV -
L'Origine du Désaccord Relatif
aux Qualités Spécifiques des Prophètes (
27)

1- La considération des reliques bénies des prophètes 27

L'effet bénéfique de la salive du Prophète 28

La recherche de la bénédiction dans l'eau ayant servi aux ablutions du Prophète 28

La recherche de la bénédiction dans les cheveux du Prophète 29

La recherche de la bénédiction dans l'endroit touché par la main du Prophète 30

2- La demande de l'intercession au Messager d'Allah 31

Premièrement: chercher accès auprès d'Allah par l'intermédiaire du Prophète (SAW) avant sa création (physique) 31

Deuxièmement: Durant sa vie 32

Troisièmement: Après sa mort 33

Nous abordons à présent l'origine de ces divergences et de la négation des traits distinctifs du Messager 33

- V -
Les Divergences Relatives à la Commémoration :
des Prophètes (a. s) et des Saints Serviteurs d'Allah (
40)

1- Maqâmu - 'Ibrâhîm (la station d'Abraham) 40

2- Al-Çafâ et Al-Marwah 41

3- La lapidation 41

4­ Le Sacrifice 42

5- La bénédiction s'étend d'Adam 43

- VI -
La Divergence relative à la Construction des Tombeaux et des Mausolées élevés
sur les Tombes des Prophètes (a. s.) et à la Validité de la Prière faite en ces Lieux (
44)

1- La défectuosité de ce récit 44

La défectuosité de ce récit 46

Arguments en faveur de la prise des Mausolées des prophètes pour des lieux de prière 47

-VII -
L'Origine de la Divergence relative  aux Pleurs versés sur le Mort (
50)

Le Messager (SAW) pleure son fils Ibrâhîm 50

Le Prophète (SAW) pleurait sur la tombe de sa mère jusqu'à faire pleurer ceux qui étaient avec lui. . .  51

Le Prophète (SAW) désigne les jours de deuil à la mort de quelqu'un 51

L'origine de la divergence relative à cette question 52

- VIII -
Versets Coraniques dont l'Interprétation est l'Objet de Divergence (
54)

A- L'invocation de quelqu'un d'autre qu'Allah 54

B- Le jugement de quelqu'un d'autre qu'Allah 55

Réplique des antagonistes: 55

La Royauté appartient à Allah 56

Le Créateur, Celui Qui ressuscite les morts 57

L'Intercesseur, Le Maître 57

L'invocation du Messager (SAW) par Laquelle on cherche accès auprès d'Allah 58

L'ORGUEIL ÉTERNEL DES ÊTRES HUMAINS 59

1- Le premier mobile à l'origine des divergences susmentionnées 59

a)- Au début de la Création 59

b)- Dans les communautés anciennes: 60

c)- A l'époque du Sceau des prophètes 61

d)­ A notre époque 62

2- Le deuxième mobile à l'origine des divergences 62

II ème Partie :

Les Sources de la Shari'ah islamique
selon les Recherches respectives des Deux Ecoles (
65)

Préliminaires 67

SUJETS DE DIVERGENCE 67

La langue arabe - la terminologie islamique 68

A­ La langue des Arabes 68

B­ La terminologie Shar'î ou islamique 69

C- La terminologie musulmane usuelle 69

D- Le sens propre et le sens figuré : 71

2- La compilation des recueils de langue arabe 72

Le Premier Champ de Recherche :

Les approches respectives des deux Ecoles (73)

A- La définition du ''Compagnon'' dans les deux Ecoles. 74

1)- Dans l'Ecole des califes 74

2)- La définition du "Compagnon" dans l'Ecole d'Ahlul-Bayt 75

3)- Leur critère quant à la détermination du "Compagnon" 75

Critique: 76

B- L'équité des Compagnons dans les deux Ecoles 77

1)- Selon l'Ecole des califes, tous: 77

2)- L'opposition de l'Ecole d'Ahlul-Bayt (a. s.) au sujet de l'équité des Compagnons. 79

3)- Critère pour la distinction du croyant de l'hypocrite 81

2e Champ de Recherche:
Les Approches respectives de la Question de l'Imamat, par les deux Ecoles (
85)

Chapitre 1

L'Avènement du califat musulman La Réalité historique 86

L'ordre d'écrire le testament du Messager d'Allah 87

L'attitude du calife 'Umar face à la mort du Prophète 88

La "Saqîfah" et le serment d'allégeance prêté à Abû Bakr 89

L'annonciateur 95

L'allégeance générale 96

Après l'allégeance générale 97

L'inhumation du Messager d'Allah (SAW) - ceux qui y étaient présents 97

Après l'inhumation du Messager 98

Le retranchement dans la maison de Fatima (a. s) 99

La désignation de 'Umar au califat ­ son investiture 105

La délibération et l'investiture de 'Uthmân 106

L'Imam 'Ali (a. s.) savait que le califat fut volontairement écarté de lui 110

L'allégeance prêtée serment à l'Imam 'Ali (a. s.) 114

Chapitre 2

De l'Imamat: Recherches dans l'Ecole des califes 116

La terminologie de cette recherche 116

1)- Ash-Shûrâ (la délibération) 116

2)- Al-Bay'ah 116

3) et 4)- Le calife et le prince des croyants 118

5)- L'Imam 119

6)- Al-'Amr - 'Ulûl-'Amr 120

7)- Al-Waçiyyu - le Waçî du Prophète (le légataire). 121

Le Califat et l'Imamat. Le point de vue de l'Ecole des califes 121

1)- L'argumentation de l'Ecole des califes 121

2)- Critique de ces deux arguments: 122

Le point de vue de l'Ecole des califes au sujet du califat - récapitulatif 124

1)- La Shûrâ comme argument 124

2)- L'argument de la bay'ah (l'allégeance) 128

3)- Le troisième argument: Les actes des Compagnons 134

4)- L'établissement du califat par la force et la coercition ­ Discussion de cet argument. 140

5)- L'obligation d'obéir à l'imam (au calife) quand bien même il désobéit au Messager 141

Chapitre 3
De l'Imamat :Recherches dans l'Ecole d'Ahlul-Bayt (a. s.)
145

L'infaillibilité d'Ahlul-Bayt (a. s.) 146

L'importance que donnait le Messager (SAW) à la désignation de ses légataires 148

Les traditions prophétiques relatives à la désignation; De son dépositaire (le détenteur de l'autorité après lui) 152

Le dépositaire du Messager (SAW): Son ministre, son héritier et son successeur. Al-Waçîy (le dépositaire) dans les hadiths du Messager 152

Le testament dans les livres des nations antérieures 154

Le testament dans les récits des Compagnons et des Tâbi'îne 155

1)- Dans le sermon d'Abî Dhar 155

2)- Dans des propos d'al-Ashtar 155

3)- Le récit de 'Amru b. al-Hamiq al-Khuzâ'î 155

4)- Dans une lettre de Mohamed b. Abî Bakr 156

5)- Dans une lettre de 'Amru b. al-'Açi 156

6)- Dans les propos de l'Imam 'Ali (a. s.) et dans son argumentation 156

7)- Dans le sermon d'Al-Hassan (a. s.) 157

8)- Dans les condoléances de la Shi'ah présentées à l'Imam Al-Hussayn (a. s.) après la mort de son frère l'Imam Al-Hassan (a. s.) 157

9)- Dans le sermon de l'Imam Al-Hussayn (a. s.) 158

10)- Dans les propos de 'Abdullah b. 'Ali, l'oncle du 1er calife 'Abbasside As-Saffâh (le sanguinaire) 159

11)- Dans les propos de Mohamed b. 'Abdillah b. al- Hassan lors de son argumentation à l'encontre du calife 'Abbasside, Al-Mançur. 159

Waçîyyun-Nabîy: (le dépositaire du Prophète) (SAW) 160

L'Ecole des califes fournit de grands efforts en Vue de masquer les récits relatifs au testament et d'interpréter ceux qui s'étaient répandus 166
Comparaison des hadîths rapportés par la mère des Croyants 'Aïsha
170

L'occultation des mérites de l'Imam 'Ali (a. s.) 172

La prohibition d'écrire le hadîth du Messager 184

La politique du califat quraishite et des Banî Umayyah 185

1)- À l'époque de Mu'âwiyah 185

a)- L'enseignement de la haine et de la malédiction de 'Ali (a. s.) aux habitants de la grande Syrie fut systématique depuis l'époque de Mu'âwiyah 186

b)- Les raisons de la rancune que nourrissait Mu'âwiyah à l'égard de Banî Hâchim 187

c)- La politique d'Ibnuz-Zubayr 187

d)- Après Ibnuz-Zubayr 188

2)­ A l'époque de 'Abdul-Malik et de son fils Al- Walîd 188

- Exemples de ce que fit Al-Hajjâj dans la mise en application de la politique quraïshite. 189

- Comme Al-Hajjâj, son frère Mohamed b. Yûssuf allait dans le même sillage pendant qu'il était gouverneur du Yaman 190

3)- A l'époque de 'Umar b. Abdil-'Azîz 191

Les Umayyades tuaient les hommes nommés 'Ali 193

4)- A l'époque des Abbassides 193

a)- Des actes des savants 194

b)- Les actes des dirigeants 195

c)- Des actes du reste de la population 195

Dix sortes d'occultation et de falsification de la Sunnah du Messager (SAW) et des récits relatifs à la sîrah d'Ahlul-Bayt et des Compagnons 197

|1|- La suppression d'une partie du hadith prophétique; Et son remplacement par un mot vague 197

|2|- La suppression de la totalité du récit relatif à la sîrah des Compagnons, avec, toutefois, une allusion à cette suppression 200

|3|- L'interprétation du sens du hadith prophétique 201

|4|- La suppression d'une partie du propos d'un Compagnon sans y faire allusion 203

|5|- La suppression de l'intégralité du hadîth prophétique sans y faire allusion 204

-Ibn Kathîr fit de même dans son livre . 206

|6|- L'interdiction d'écrire la sunnah du Messager 206

|7|- La dépréciation des récits, des narrateurs de la sunnah du Messager (SAW) et des livres qui critiquent l'Autorité en place et - parfois - le meurtre des opposants 208

|8|- La mise à feu des livres et des bibliothèques. . . . . 208

|9|- La suppression d'une partie du récit relatif à la sîrah des Compagnons et sa falsification 210

|10|- La fabrication des récits inventés pour remplacer les hadîths authentiques 211

Les autres textes prophétiques se rapportant au droit d'Ahlul-Bayt 213

Le Ministre (l'assistant) du Prophète (SAW) 214

a)- Dans le Saint Coran avec l'éclairage de la sunnah. 214

b)- Quand le Messager (SAW) fit-il de 'Ali son assistant 214

Le Calife, l'Adjoint du Prophète 215

i)- Le récit de la plainte 216

- Une deuxième plainte 218

- La période de la plainte 218

La cérémonie de l'institution de l'Imam 'Ali (s.a) Successeur du Messager(SAW) et Tutélaire de l'Islam et des Musulmans 219

Le Récit d'Al-Ghadîr 222

Al-Wilâyah (la Souveraineté) et les détenteurs de l'autorité dans le saint Coran 225

i) La Wilâyah de 'Ali dans le Sait Coran 225

Critique de la signification donnée au verset 226

ii)- Les détenteurs de l'autorité: 'Ali et les Imams de sa descendance (a. s.) 229

iii)- La tradition de 'Arche: 230

La fonction des Imams: 'Ali et ses onze descendants (a. s.): Transmettre et faire connaître la Sunnah du Messager d'Allah 231

Histoire de la transmission de la sourate «L'Immunité» 233

'Ali était du Prophète (SAW) ce qu'était Hârûn de Mûssâ (a. s.) 234

Le porteur des connaissances prophétiques 235

Les traditions relatives au statut des petits-fils du Messager d'Allah 237

Le Prophète (SAW) annonce la bonne nouvelle de l'apparition d'Al-Mahdî (a. s.) vers la fin des temps: Al-Mahdî (a. s.) porte le même prénom que celui du Prophète 239

Al-Mahdî (a. s.) est descendant de Fatima (a. s.) 240

Al-Mahdî (a.s) est descendant d'Al-Hussayn (a. s.) 240

Des traditions prophétiques relatives à l'Imamat d'Ahlul-Bayt (a. s.) 241

- Hadîth Ath-Thaqalayn 241

- Le nombre des Imams (a. s.) 242

- Leur perplexité face à ce hadîth 245

- Les Douze Dépositaires du Prophète 247

- L'orientation du pouvoir politique durant treize siècles 248

3ème champ de recherche:
Les Sources de la Législation islamique (la Shari'ah) dans les deux Ecoles (
249)

Chapitre 1
L'attitude des deux Ecoles à l'égard du Saint Coran
250

La compilation du Sait Coran par le Messager (SAW) et ses Compagnons revêtait pour eux une grande importance 251

Chapitre: 2

L'Attitude des deux Ecoles à l'égard de la Sunnah du Messager 256

As-Sunnah et la Bid'ah (la Tradition et l'Invocation) 256

1)- As-Sunnah 256

2)- Al-Bid'ah 256

A- L'attitude des deux Ecoles à l'égard des narrateurs des traditions prophétiques 257

B- La position de chacune des deux Ecoles quant à la diffusion des Traditions prophétiques durant le siècle 1 de l'hégire 259

C- Un siècle de "censure" prohibitive de L'écriture de la sunnah 261

1)- A l'époque d'Abû Bakr 261

2)- A l'époque de 'Umar 262

3)- A l'époque de 'Uthmân 264

4)- A l'époque de l'Imam 'Ali (a. s.) 266

5)- A l'époque de Mu'âwiyah 266

L'ouverture des affluents israélites 267

6)- A l'époque de 'Umar b. Abdil-'Azîz 271

Les autres compilations eurent le même sort 272

Pourquoi deux hadîths contradictoires ont-ils pu être rapportés? 274

Chapitre: 3
L'Attitude des deux Ecoles à l'égard du Droit islamique (al-Fiqh) et de l'Ijtihâd
280

1- L'évolution sémantique du terme Al-Ijtihâd dans l'Ecole des califes. 280

2- Al-Ijtihâd - cette appellation 284

At-Ta'wîl: terminologie linguistique et terminologie Shar'î 284

3- Les Mujtahidîne de l'Ecole des califes au premier siècle de l'Islam 286

1)- Le Sceau des prophètes et le maître des Messagers 286

2)- Le premier calife Abû Bakr (r. d.) 287

3)- Le Compagnon Mujtahid Khâlid b. al-Walîd 288

4)- Le deuxième calife 'Umar b. al-Khattâb 288

5)- Le troisième calife 'Uthmân 289

6)- Al-Mujtahidah, la mère des croyants 'Aïsha 291

7)- Mu'âwiyah b. Abî Sufiân 292

8)- Son Ministre Amru b. al-'As 292

9)- Al-Mujtahid Abûl-Ghâdiyah, le meurtrier de 'Ammâr 293

10)- Mujtahidîne dans l'ensemble 294

11)- Le calife imam Yazîd b. Mu'âwiyah 295

4­ L'objet de leur Ijtihâd (effort d'interprétation ou de déduction) 296

1)- L'Ijtihâd du Messager d'Allah 296

2)- L'Ijtihâd d'Abû Bakr 296

3)- L'Ijtihâd de 'Umar 301

5- L'Ijtihâd des deux califes Abû Bakr et 'Umar dans le domaine du quint (Al-Khums, le cinquième); Introduction sur la signification des termes Zakât-Çadaqah-Fay', Çafîy, Anfâl, Ghanîmah et Al- Khums 303

La Zakât (Çadaqah) après le Messager (SAW) 307

Le patrimoine du Messager (SAW) 307

Le patrimoine du Prophète et la plainte de Fâtimah 308

1- Elle leur demanda la restitution du don prophétique 308

2- La controverse au sujet de l'héritage du Prophète 309

3- La controverse relative à la part du Proche parent 311

L'usage qu'ont fait les califes du Khums, du patrimoine du Messager et de Fadak, son don à Fâtimah 316

A l'époque d'Abû Bakr et de 'Umar 316

A l'époque de 'Uthmân 318

A l'époque de l'Imam 'Ali (a. s.) 319

A l'époque de Mu'âwiyah 319

A l'époque de 'Umar b. Abddil-'Azîz 319

Après Ibn Abdil-'Azîz 319

6- L'Ijtihâd du calife 'Umar dans la question des deux Mut'ah (actes de jouissance) 320

A - Le pèlerinage de jouissance 321

La tradition du Messager (SAW) en matière d'Al-'Umrah 322

Exemple et enseignement 329

B- Le mariage de jouissance 330

- Le mariage de jouissance dans le Livre d'Allah 331

- Le mariage de jouissance dans la sunnah 332

7- L'Ijtihâd durant et après le deuxième siècle de l'hégire; la déduction des lois à partir des actes des Compagnons 335

- Leurs arguments pour fonder l'Ijtihâd 336

a- Le récit de Mu'âdh 336

b- Le récit de 'Amru b. al-'As 336

c- La lettre de 'Umar b. al-Khattâb, adressée à Abû Mûsâ al-Ash'arî 337

Notre discussion de leur propos sur l'Ijtihâd 339

La déduction des règles juridiques à partir des actes des Compagnons 340

L'imam des Hanafites et le recours à l'opinion personnelle 341

Chapitre: 4

Le Coran et la Sunnah sont les deux Sources de la Législation dans l'Ecole d'Ahlul-Bayt 347

Les Imams d'Ahlul-Bayt (a. s.) ne se basent pas sur l'opinion personnelle pour la clarification des lois 347

Les récits des Imams (a. s.) sont rapportés à partir d'Allah et de Son Messager 348

Les Imams d'Ahlul-Bayt (a. s.) héritent de leurs sciences 349

Les Imams (a. s) rapportent les hadîths à partir du Messager, leur grand-père (SAW) 349

Le Prophète (SAW) ordonna à 'Ali (a. s.) d'écrire pour ses associés les Imams (a. s.) 352

Le Livre d'Al-Jafr et le Muçhaf de Fâtimah 354

Comment les Imams s'étaient-il transmis la science? Les Imams 'Ali, Hassan, Hussayn, As-Sajjâd, et Al-Bâqir (a. s) 356

L'Imam 'Ali b. al-Hussayn, en particulier 356

L'Imam Mohamed Al-Bâqir (a.s.) en particulier 357

L'Imam Ja'far As-Çâdiq (a. s.) 357

L'Imam Mûsâ b. Ja'far (a. s.) 358

L'Imam 'Ali b. Mûsâ Ar-Ridâ (a. s) 359

Les Plaintes de l'Imam 'Ali (a. s) à cause de l'altération de la sunnah prophétique 359

4e champ de recherche:
Le Soulèvement de l'Imam Al-Hussayn (a. s.) contre la Déviation entraînée par l'Ijtihâd et l'Opinion personnelle loin de la Sunnah du Messager d'Allah
(377)

Comment les Musulmans ont-ils pris conscience? 380

Allah et Son Messager ont préparé l'Imam Al- Hussayn (a. s.) à opérer le changement voulu 380

La condition musulmane à l'époque de l'Imam Al- Hussayn (a. s.) 384

Le but de l'Imam Al-Hussayn (a. s.); Sa devise et sa voie 387

En répondant à son appel, l'Imam oppose son argument à l'encontre du peuple de Kûfah 391

L'Imam (a. s.) était parti pour l'Irak afin que son argument soit le plus haut et non à cause de l'insistance des fils de 'Aqîl 393

Le côté de la sagesse dans l'insurrection de l'Imam 394

La mise à mort des descendants du Prophète (SAW) :
Le premier martyr des descendants du Prophète (SAW)
402

Le massacre des petits-fils d'Abî Tâlib 406

'Abdullah b. Muslim b. Aqîl (tué à al-Kûfah), sa mère fut Ruqayyah al-Kubrâ fille de l'Imam 'Ali 406

Ja'far b. Aqîl b. Abî Tâlib (l'oncle du précédent) 406

'Abdur-Rahmân b. 'Aqîl (le frère du précédent) 406

Mohamed b. 'Abdillah b. Ja'far 407

'Awn b. 'Abdillah b. Ja'far 407

Les fils de l'Imam Al-Hassan (a. s.) 407

La mise à la mort des frères de Hussayn (a. s.) 409

Abû Bakr b. 'Ali (a. s) 409

'Umar b. 'Ali (a. s.) 410

'Uthmân b. 'Ali (a. s.) 410

Ja'far b. 'Ali (a. s.) 410

'Abdullah b. 'Ali (a. s.) 410

Le martyre d'Al-'Abbâs b. 'Ali (a. s.) 411

Le massacre des enfants descendants du Prophète 413

Le massacre d'un enfant à la mamelle 413

Le massacre d'un autre enfant de Hussayn (a. s.) 414

Une bataille sur le chemin de l'Euphrate 414

Le massacre d'un enfant effrayé 415

Le massacre d'un enfant de l'Imam Al-Hassan 415

Al-Hussayn (a. s.) et ses dépouilles 416

Les fantassins de l'armée califale chargent le campement des descendants du Prophète 417

Le dernier combat de Hussayn (a. s.) 417

Le cri de Zaynab (a. s.) 418

L'assassinat du petit-fils du Prophète 418

L'armée califale dépouille les descendants du Prophète 419

Le dernier martyr de Karbalâ'. 420

Le meurtrier de Hussayn demande sa récompense 421

Les guerriers faisaient écraser le corps de Hussayn (a. s.) par leurs chevaux 421

L'état de l'Ecole des califes après le martyre de Hussayn (a. s.) 425

1)- Don et gratification 425

2)- Les regrets de la clique califale 427

Les insurrections dans les lieux saints de l'Islam après le Martyre de l'Imam Al-Hussayn (a. s.) 427

Les émissaires de Yazîd auprès d'Ibn Az-Zubayr 430

La délégation médinoise chez Yazîd 432

La révolte des Compagnons et des Tâbi'îne 433

L'insurrection des Médinois et l'allégeance prêtée à Abdullah b. Handhalah 433

As-Sajjâd (a. s) donne la protection aux femmes de Banî Umayyah 434

Les Banî Umayyah demandent des secours à Yazîd 434

Les instructions du calife au chef de son armée 435

Le calife des musulmans chante ses menaces 436

L'armée califale en marche vers les lieux saints 436

L'armée califale profane l'enceinte sacrée du Prophète 439

Les Médinois survivants prêtèrent serment d'allégeance, assorti de la clause selon laquelle ils étaient esclaves de Yazîd 440

L'envoi des têtes au calife Yazîd 442

Au service de l'obéissance au calife 444

- La marche de l'armée califale vers Makkah et l'agonie de son chef 444

- Dans la guerre qui l'opposait à Ibn Az-Zubayr, l'armée califale brûla la Ka'bah et chanta son épopée 445

- Al-Hajjâj catapulte la Ka'bah 446

- La Ka'bah prit feu et la foudre frappa 447

- La Maison brûlait et Al-Hajjâj chantait l'événement . . 448

- La fin d'Ibn Az-Zubayr et l'envoi des têtes à Damas 448

- Al-Hajjâj scelle les coups des Compagnons du Prophète
449

Après l'insurrection dans les lieux saints, les révoltes se succédèrent 450

Les repentants révoltés combattaient l'armée califale à 'Aïn al-Wardah jusqu'au dernier martyr 450

Les révoltes ont affaibli le califat et les Imams (a. s.) ont restitué les lois de l'Islam 451

5ème champ de recherche:
Après le Soulèvement de l'Imam Al-Hussayn (a. s.).
La restitution par les Imams (a. s.) de la Sunnah prophétique à la Société musulmane (
453)

La méthode poursuivie dans les Etudes (de hadith) depuis l'Epoque d'Al-Kulaynî 456

Les Etudes après l'institution de la Hawzah (l'Université islamique) d'An-Najaf Al-Ashraf 457

Appréciation des livres de hadîth dans l'Ecole d'Ahlul-Bayt 461

- Des errata dans la transcription des livres du hadîth 461

- Les hadîths 7 et 14 461

- Le résultat de la recherche et de la comparaison. 462

Les critères désignés par les Imams d'Ahlul-Bayt 462

- Pour la connaissance du hadîth 462

- Les Mujtahidûn au premier siècle de l'Islam 465

L'appréciation des livres du hadîth; le point de vue de chacune des deux Ecoles 467

- L'appréciation des livres de hadîth dans l'Ecole des califes 467

- L'appréciation des livres du hadîth dans l'Ecole d'Ahlul-Bayt 469

Les savants d'Ahlul-Bayt (a. s.) n'imitent pas les Anciens ni dans le domaine de la législation ni dans la science du hadîth 470

Le puisement des jugements du Fiqh de la sunnah prophétique 471

Les hadîths authentiques d'après les juristes de l'Ecole d'Ahlul-Bayt 471

La diffusion des récits de l'Ecole des califes parmi les partisans de l'Ecole d'Ahlul-Bayt 473

La probité scientifique des savants de l'Ecole d'Ahlul-Bayt 474



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1ère partie

- I -

Préliminaires
Introduction

Allah instaura l'Islam et en fit pour l'homme un système de vie compatible avec sa Fitrah, son innéité (sa conception originelle), IL le guida par l'intermédiaire de Ses prophètes (a. s)(1). Quand l'un parmi ceux-ci vint à mourir et que sa communauté altéra, après lui, Sa Shari'a (loi divine), Allah envoya un nouveau prophète afin de renouveler Sa religion. De par Sa sagesse, IL décida de couronner Ses shara'î' successives par celle du Sceau des prophètes et sauvegarder les fondements de l'Islam par la conservation éternelle du Qur'ân(2) contre toute altération par addition ou par soustraction. La clarification des lois et leurs explications sont consignées dans la sunnah (Tradition) du Messager d'Allah (SAW). Toutefois, celle-ci ne fut pas conservée au même titre que le Coran; ses rapporteurs ne furent pas exempts de l'inadvertance ou de l'oubli et les transcripteurs de livres de hadîths (récits de la sunnah) n'échappèrent pas non plus à l'erreur et à la faute. Durant quatorze siècles, les récits de la sunnah du Prophète (SAW) étaient transmis par les Musulmans qui, en matière de Sîrah (biographie du Prophète) et de traditions diverses, rapportèrent beaucoup de récits contradictoires. L'existence de l'implicite et de l'explicite, du général et du spécifique dans les dits récits, l'infiltration et la diffusion des traditions judéo-chrétiennes dans les études islamiques par des personnages tels Ka'bul-Ahbâr et Tamîm Ad-dârî, les histoires et les récits apocryphes inventés par des hypocrites tels Ibn Abîl'Aujâ' et Sayf b. 'Umar, contribuèrent à susciter la discorde et l'opposition dans les commentaires des Mujtahidînes ou Ulémas qui, en évaluant ces récits pour en retenir les plus valables, exprimaient aussi leurs opinions particulières dans les différents domaines des sciences islamiques. Les uns et les autres s'agrippant à leurs opinions respectives, des clans se formèrent, chacun ayant une vision spécifique de l'Islam conformément à laquelle il interprétait les versets "équivoques" (Mutashâbihât) du saint Coran et y ramenait la signification des versets clairs et confirmés (Muhkamât).

Avec de tels contrastes et de telles oppositions, comment est-il possible d'unifier la parole des Musulmans? Non. Le rapprochement entre eux ne se réalisera jamais ainsi et tant qu'ils resteront, dans leur imitation non fondée, cramponnés aux prises de positions du Salaf (musulmans des premières générations).

Il est nécessaire que tout rite musulman clarifie sa position en exposant ses différentes vues de l'Islam, les procédés adoptés pour l'interprétation du Sain Coran, du hadîth et des avis religieux résultant des efforts déployés (ijtihâd) par le salaf (les anciens) quand ces avis sont matière de divergence et de polémiques. Toutefois, il faut que cette exposition se fasse dans le cadre d'une recherche scientifique rigoureuse, dans le style consacré de l'appel à la vérité et sans recours aucun aux injures et aux diffamations en vue de faire triompher son point de vue et son clan - qu'Allah nous en préserve -. Ensuite, la vérité étant fille de la recherche, il faudra écouter sans parti pris ce que les autres écoles ou clans veulent aussi faire entendre et valoir.

Le chemin le plus droit pour y arriver serait que les savants musulmans prennent l'initiative, entament ces études (comparatives) avec l'objectivité et un pur esprit scientifique. Ensuite les résultats de leurs travaux seront exposés dans les séminaires et les plus hautes sphères scientifiques et islamiques telles l'Université d'Al-Azhar ash-Sharîf au Caire, celle de la Sainte Médine, la Ligue Mondiale Islamique à la Sainte Makkah (la Mecque) celles d'An-Najaf al-Ashraf, de Qum, de Khurassân, d'Al-qayrawân et d'Az-Zaytûnah, afin d'être l'objet d'examen et de critique. Par après, les gouvernements des pays musulmans publieront les résultats de ces études universitaires et les diffuseront parmi tous les Musulmans afin que ceux parmi eux qui veulent comprendre le point de vue de l'autre le saisissent exempt de confusion et de calomnie. Ainsi ce point de vue sera soit accepté volontiers et partagé, soit son auteur sera, en tant que musulman, respecté et excusé dans sa prise de position et ses opinions. Il sera ainsi aisé pour les Musulmans de se comprendre les uns les autres, de se rapprocher et d'unifier leurs efforts pour sauvegarder leurs intérêts.(3)

Pour ce faire, il est nécessaire que les chercheurs commencent par scruter les sources islamiques de la Shari'â et établir la manière dont les Musulmans usèrent et quels chemins ils empruntèrent pour aborder la sunnah prophétique.

C'est pour atteindre ce but noble que j'entrepris la composition de ce livre en implorant l'aide d'Allah-gloire à Lui.



- II -
De l'Impact de la Discorde au Sein

de la Communauté Musulmane

(notes de voyages)

Dans la description de l'état de division que connaissent les Musulmans accusés les uns par les autres de mécréance ou d'apostasie, je me suis appuyé sur leurs diverses argumentations que j'exposerai plus tard, sur leurs publications et sur les observations que j'avais notées lors de mes voyages effectués en terre d'Islam et suite à mes rencontres avec les Ulémas et penseurs des différentes Ecoles musulmanes (surtout lors de mes dix voyages de pèlerinage aux lieux saints de l'Islam).

Lors du premier voyage

C'était à l'époque du Roi Adbal'aziz al-Sa'ud. Quand le groupe des pèlerins irakiens dont je faisais partie arriva à Rimah, une ville saoudiene, nous y passâmes vingt quatre heures durant lesquelles nous assistons tous aux prières faites en commun avec les habitants de la ville dans leur mosquée. A l'heure du départ, certains d'entre eux assistèrent à notre embarquement. Un orateur parmi eux prit la parole nous montre du doigt et dit: «Ce sont des polythéistes. Ceux-ci pleurent sur Hassan et Hussayn!». Ensuite, en me montrant, il dit: «C'est leur guide! S'il vient à échoir entre mes mains, je l'égorgerai et lécherai son sang!». L'un de nos pèlerins lui dit: «Pourquoi sommes-nous polythéistes? Nous avons fait le pèlerinage à la Maison d'Allah; nous avons rendu visite au tombeau du Prophète!». Sur ce, l'orateur cria, écuma et dit: «Tu as mécru! Si Abû Sa'ûd (le roi saoudien à l'époque) venait en personne, il ne saurait te protéger! Qui fut Muhammad? Muhammad était un homme comme moi! Il est mort et s'en est fini de lui». Le pèlerin irakien trembla puis demanda que dirai-je alors? Que dirai-je? L'autre répondit: «Dis que seul Allah porte préjudice, seul Allah fait le bien!».

Le pèlerin répétait l'apprentissage quand un autre pèlerin irakien intervient en demandant: «Le Prophète (SAW) fut-il un homme comme toi?». L'orateur confirme de nouveau ses propos. Le pèlerin rétorqua alors: «Muhammad a reçu le Coran en révélation, en reçois-tu, toi?». L'homme ne répondit point et nous nous hâtâmes de monter en voiture et de nous en aller.

Dans notre groupe de pèlerins, il y avait un homme qui habitait l'Irak mais avait un passeport saoudien. Quand nous arrivâmes aux frontières, l'employé à la douane le gronda, se moqua de lui et dit: «Délaisses-tu la terre de l'Islam pour aller habiter en terre du polythéisme!?». Le pèlerin en question ne put que s'humilier devant lui et quémanda humblement la remise de son passeport!

Lors du deuxième voyage

A cette époque, le souci majeur des savants musulmans irakiens était de réintroduire les lois islamiques dans la société en sensibilisant les membres de la communauté islamique dans leurs mosquées et lors des fêtes et des festivités religieuses. Ils s'opposaient aussi au pouvoir en place qui instaurait des lois en contradiction avec les principes islamiques. Tout ce qui se rapportait aux mouvements des Musulmans dans ce chemin, là où ils se trouvaient, était pour nous un sujet d'intérêt et d'attention. Nous avons soutenu de toutes nos forces la révolution algérienne contre la France et la révolution palestinienne. Celle de l'Erythrée contre l'Ethiopie retenait notre attention également. Nous estimions que la consciencisation des Musulmans, leur solidarité, leur soutien mutuel et la mise en veilleuse de leurs divergences cautionnaient le succès de leur combat en vue de réhabiliter les lois islamiques dans leurs sociétés. Quand éclata le combat islamique en Iran, entre le pouvoir du tyran (taghût) et les Ulémas musulmans, à commencer par l'émeute de l'école Faydiyyah à la grande Université islamique de Qum, le 25 Shawwâl 1382 h, nous y vîmes un prélude de bien. Pour y venir en aide, nous mobilisions toutes nos énergies et nous nous mîmes à son service. Qu'Allah rétribue tous les Ulémas d'Irak qui l'(le mouvement irakien) ont soutenu de toutes leurs forces. Je fis partie de ceux qui organisèrent des cérémonies funèbres dont l'une, celle de Bagdad, qui dura trois nuits successives durant lesquelles des sermons visant à clarifier toutes les dimensions de la lutte islamique qui se déroulait en Iran, ses retombées et le sens qui s'en dégageait.

C'était dans ces circonstances que je suis parti en pèlerinage emportant une devise et une thèse. Ma devise était l'appel à l'unité des Musulmans en vue de l'instauration dans leurs pays d'une vie islamique authentique. Ma thèse consiste à promouvoir l'éveil islamique dont les prémices virent le jour en Iran par le fait des Ulémas musulmans. Je m'attelais alors à en expliquer les motivations aux leaders et penseurs musulmans et à leur demander de lui apporter leur appui. L'argument était que le combat des Musulmans dans la voie de la réinstauration des lois islamiques est un; que s'il aboutit dans un pays musulman, les retombées bénéfiques du succès se répandront dans toute la Communauté Musulmane. J'étais tout espoir de rencontrer des réactions positives à mon appel relatif au drame que subirent les Musulmans d'Iran, étant donné que la cause et le devenir des uns et des autres, étaient communs à tous.

Lors de ce voyage, je rencontrai les leaders des «frères musulmans» de Syrie, Adam, le leader de la révolution érytréenne à la station 'Arafât, une élite palestinienne en Jordanie et à Baytul-Maqdis, des journalistes musulmans, des orateurs, des savants et des leaders de mouvements islamiques tels Abul-Hassan an-Nadawî, Abul-A'lâl- Mawdûdî et d'autres.

A Médine, je commençai mon travail par la participation à la rédaction des publications destinées à la diffusion parmi les pèlerins. J'y ai introduit quelques modifications. Nous avons expliqué les dimensions du soulèvement musulman en Iran et souligné l'injustice du pouvoir taghûtî en place et sa complicité avec les Etats mécréants. J'avais opté pour la distribution des publications la veille d'Al-'Aïd (fête du sacrifice) à Muzdalifah (Al-Mash'arul-Harâm). Mais le soir du septième jour du Dhul-Hijjah, je fus surpris à la Mecque, par la nouvelle que le sheikh responsable de la diffusion des publications avait été arrêté après en avoir distribué quelques-unes dans l'enceinte de la Sainte Mosquée mecquoise. Toutes les publications furent confisquées et le sheikh fut incarcéré. Nous, savants d'Irak et d'Iran, rencontrâmes, le jour de l'Aïd (la fête), le prince héritier Fayçal. J'en pris alors acte et lui demandai la libération du sheikh incarcéré et la restitution des publications en rappelant que son gouvernement avait levé pour devise l'application des lois coraniques, que cela impliquait le devoir d'aider les Musulmans qui combattent chez eux dans cette voie à l'encontre de leurs gouvernements qui veulent plutôt appliquer les lois de la mécréance et que la Cité sacrée devait être, par conséquent, un refuge pour les persécutés parmi les Musulmans qu'on devait aider à expliquer leur cause à leurs frères pèlerins afin que se réalisât effectivement ce verset: «Pour témoigner des bienfaits qui leur ont été accordés...»

Après, j'ai invoqué le soulèvement des Ulémas musulmans à la grande Université de Qum en Iran et me suis étendu sur l'explication des tenants et aboutissants de cet événement et sur le devoir des leaders musulmans, le gouvernement saoudien en particulier, à son égard avant de conclure par la défense de la cause du sheikh arrêté pour avoir distribué les dites publications. Des discussions furent engagées à ce sujet, qui aboutirent à la libération de l'homme incarcéré.

Après l'accomplissement des rites du pèlerinage et notre retour à la Mecque, nous apprîmes que des journaux avaient invité le public à assister dans la mosquée indienne de la Mecque au discours du professeur Al-Mawdûdî prononcé le vendredi après la prière d'Al-'Ishâ' et comportant d'autres les huit questions nécessaires (selon l'orateur) aux Musulmans en vue de la restitution de la vie islamique à la société.

Après lui, je me tins derrière le micro pour prendre la parole et commenter son discours en disant: «pour leur éveil et redressement; les Musulmans ont besoin aujourd'hui de trois choses:

»Premièrement: Quatorze siècles après l'apostolat du Messager d'Allah (SAW) et en raison des vicissitudes qu'ils ont traversées, les Musulmans ressentent le besoin d'entreprendre une étude objective englobant la manière dont les lois devraient être puisées des sources islamiques et la science des hadiths (la sunnah) loin du mimétisme par lequel on ne faisait qu'imiter les anciens et ruminer leurs traités en ces matières.

»Deuxièmement: Réaliser que les conquérants et colonisateurs mécréants après avoir pris possession des terres de l'Islam, purent diviser la parole des Musulmans et mater tout mouvement islamique naissant là où il apparut. Là, j'ai dû parler des révolutions, algérienne et erytréenne, et du soulèvement des Ulémas iraniens contre le Tâghût agent et pion des Etats nantis. Je me suis étendu sur ces événements afin de sensibiliser les Musulmans et les inciter à venir en aide à leurs frères.

»Troisièmement: Avoir enfin une foi solide comme celle d'Abî Dahr, de 'Ammâr et de Sumayyah. J'ai expliqué alors comment ces compagnons glorieux du Prophète avaient enduré dans la voie de l'Islam, la persécution et la douleur, là à la Mecque où nous étions».

A la Sainte Médine, le Doyen de son Université islamique Sheikh Abdul-'Aziz b. Bâz qui fut informé de mes rencontres avec les délégations musulmanes voulut me faire visiter la nouvelle Université islamique de Médine, croyant que j'étais disciple de l'Ecole des califes. Il envoya des voitures de service pour nous prendre ainsi que des ulémas de Bagdad et certains de ses dignitaires et hommes de culture. Dans le préau de l'Université ses professeurs étaient réunis et attendaient de nous recevoir. Des étudiants se penchaient des fenêtres pour nous voir. Quand nous avons pris place, je commençai après les louanges consacrées adressées à Allah, par transmettre les salutations des Ulémas de l'Irak et leurs félicitations exprimées à l'occasion de l'institution à Sainte Médine de l'Université islamique. Ensuite je dis:

«Quand le Prophète (SAW) arriva en 1ère année de l'hégire à Médine, il commença par établir le pacte de la confraternisation parmi les Emigrés (Al-Muhâjirîne) et les Alliés (Al-Ancâr). Sur cette base, la glorieuse société islamique fût bâtie. Aujourd'hui, vous, qui comptez parmi vous des étudiants appartenant à 45 Etats, pouvez lui emboîter le pas et présenter d'immenses services à l'Islam et aux Musulmans qui en ont besoin. Partout dans le monde, ils sont éprouvés par l'invasion du colonisateur mécréant. Parmi eux certains gémissent directement sous son joug, d'autres subissent l'assujettissement de ses agents et complices. Les uns et les autres mènent aujourd'hui le combat contre l'agression de l'envahisseur. Je citai encore l'exemple de l'Algérie, de l'Erythrée et de l'Iran où le but était de rétablir les lois islamiques dans un pays musulman...»

J'avais bien sûr introduit ce discours par le rappel des drames causés par la division des rangs musulmans, en citant des exemples à l'appui...

Quand vint le tour de mon hôte Sheikh Ben Bâz - c'était un homme aveugle - qui apprit finalement que j'étais disciple de l'Ecole d'Ahlul-Bayt, il toussota avant de dire textuellement: «Vous êtes polythéistes! Embrassez d'abord l'Islam puis demandez aux Musulmans de faire l'union avec vous».

Le sang brûla dans mes veines et j'ai dû entrer avec lui dans une longue discussion qu'il est inopportun de rapporter ici(4).

Lors de mes voyages de pèlerin, j'eus l'occasion d'écouter les orateurs des vendredis, à la Mecque et à Médine. J'entrais en discussion avec certains d'entre eux à la Mosquée Al-Khayf entre les deux dernières prières de la journée. J'ai assisté à des réunions tenues à la Mecque par la Ligue islamique mondiale. Je fis aussi connaissance avec des savants d'Egypte, en particulier ceux de l'Université Al-Azhar, du Liban, du Golf, de l'Inde, du Pakistan, de Kashmîr et d'autres contrées musulmanes. Nous avons causé de tout. Parfois on me dit ce qu'il n'est pas commode de rapporter aujourd'hui. A travers ces discussions avec les penseurs et leaders musulmans, j'appris - mieux que l'informé ne saurait vous aviser - que nul rapprochement ou entente ne pouvait se réaliser sans une étude commune préalable des divergences qui les opposent, de leurs origines et des démarches à suivre afin de les traiter et de les dépasser. Nous en citons ici des exemples avant de conclure par la proposition de l'acte à mener dans la voie du traitement adéquate. Commençons par les divergences relatives à certains attributs divins-gloire à Allah.

- III -

Certains Attributs d'Allah

- Exaté soit-IL -

et l'Origine de la Divergence

les Concernants

Certains Musulmans croient:

- Qu'Allah créa Adam à son image.(5)

- Qu'IL a des doigts(6), une jambe(7) et un pied.

- Que le jour de la Résurrection, IL posera Son pied sur le feu de la Géhenne qui dira alors «Qat», assez, assez.(8)

- Qu'IL a un espace, qu'IL se déplace d'un lieu à un autre, à cause de ce qui est rapporté que le Messager d'Allah(SAW) dit: «Son trône est situé sur ces cieux comme cela (en montrant avec ses doigts l'exemple d'un dôme) et qu'il (le trône) fléchit sous Son poids comme le fait le bât ou le chargement sous le cavalier».(9)

- Qu'IL descend chaque fin de nuit au ciel de ce bas monde et dit: «Qui M'appelle pour que Je l'exauce? Qui Me demande pour que Je lui donne?...».(10)

- Que le Prophète (SAW) dit: «Certes, vous verrez à vue d'il votre Seigneur!»(11)et ceci: «Lorsque les habitants du Paradis s'adonnent aux délices, soudain, une lumière leur apparaît; quand ils lèvent leurs têtes, leur Seigneur se penche d'en haut, sur eux et leur dit: As-Salâmu-alaykom, Habitants du Paradis!, le Prophète ajouta: c'est l'interprétation de la parole d'Allah (verset coranique):

«"Paix" telle est la parole qui leur sera adressé de la part d'un Seigneur Miséricordieux. (V. 58/XXXVI).

»Alors, ajouta le Prophète: IL regardera vers eux et ils regarderont vers Lui, sans pouvoir se détourner de Lui vers quelque délice que ce soit tant qu'ils Le regardent et jusqu'à ce qu'IL se cache d'eux. Mais Sa Lumière et Sa Bénédiction subsisteront».(12)

Contentons-nous de ces exemples de hadiths - très nombreux en fait - qui parlent des attributs divins, de la vision qu'auront les serviteurs de leur Seigneur, le Jour de la Résurrection... Ne voulant pas recenser ces traditions, analysons-en néanmoins l'interprétation donnée par les uns et les autres.

L'opposition quant à l'interprétation des hadiths précédents

Il y a parmi les Musulmans ceux qui croient à la lettre de ces hadiths et trouve que la foi qu'on y porte équivaut à la foi en Allah et en Son Unicité - gloire à Lui -. Ceux-qui, pour éviter tout anthropomorphisme, donnent une autre interprétation à ces hadiths, sont taxés par les littéralistes de «Négateurs des Attributs Divins».

Les dits hadîths furent rapportés par Muslim dans le livre Al-'Imân de son Sahih ainsi que par Al-Bukhârî dans le livre d'At-Tawhîd du Sahîh.

Ibn Khuzaymah composa en la matière un livre intitulé: At-Tawhîd wa Ithbâtu-Sifâtur-Rabbi, (l'Unicité et la confirmation des Attributs du Seigneur, exalté soit-IL, par lesquels IL s'est décrit dans Sa Révélation et par l'intermédiaire de Son Prophète), selon une transmission de récits authentiques de justes en justes sans rupture dans la chaîne de transmission ni flétrissure ni stigmatisation des rapporteurs équitables de ces hadiths.(13)

Ad-Dhahabî composa à son tour, le livre: Al-'uluwwul-'âl lil'Aliyyil-Ghaffâr (14) (La Hauteur suprême du Très Haut, le Pardonneur).

L'auteur y cita les versets et les hadiths dont ils (les littéralistes) comprennent que la suprématie d'Allah réside dans la hauteur spatiale. Il y cita à l'appui de cette thèse les récits des Compagnons, des Tâbi'îne (leurs disciples) et des traditionnistes.

L'origine du désaccord relatif aux attributs divins et à la visibilité d'Allah

Contrairement à ceux parmi les Musulmans qui optaient, à ce sujet, pour le premier point de vue cité ci-dessus, il y en a d'autres qui évoquent aux antipodes de cette thèse, des versets coraniques tels que:

«Les regards ne sauraient L'atteindre alors qu'Il peut atteindre les regards...» (V. 103/ VI)

Quant au verset 22/LXXV: «Ce jour-là, il y aura des visages brillants qui tourneront leurs regards vers leur Seigneur», le regard sera tourné vers l'ordre du Seigneur dans l'expectative, à l'instar du verset 82/XII «Interroge la cité où nous étions», c'est-à-dire les gens de la cité. Ainsi se fait l'interprétation des versets dont la lettre indique en apparence qu'Allah, exalté soit-IL, est un corps. Pour cette dernière Ecole, sont donc des mujassimah ou mushabbihah (anthropomorphistes) ceux qui prêtent à leur Seigneur les attributs de Ses créatures.

A l'appui de cette thèse, on cite l'Imam 'Ali (a. s): «Allah ne descend pas et n'a pas besoin de le faire. Parle ainsi celui qui Lui attribue quelque manque ou ajout. Tout mouvant a besoin d'être mû par quelqu'un ou par quelque chose. Prenez garde, au sujet de Ses Attributs, ne parlez pas de limite, n'évoquez ni manque ni ajout, ni l'acte de mouvoir ni l'état d'être mû, ni départ, ni descente, ni redressement ni station assise».(15)

Le narrateur dit à l'Imam 'Ali b. Mûssâr-Ridâ (a. s.): «Nous rapportions qu'Allah - glorifié soit-IL - a fait un partage au sujet de Sa parole et de Sa vision: à Mûssâ (Moïse) (a. s.) la parole et à Muhammad (SAW) la vision! Abûl-Hassan Ar-Ridâ (a. s.) rétorqua alors: «Ne fut ce pas Muhammad (SAW) qui a transmis aux djinns et aux Humains, ces versets?

«Les regards ne sauraient L'atteindre alors qu'Il atteint les regards». (V. 103/XX)

«Leur science ne peut L'atteindre». (V. 110/XX)

«Rien n'est semblable à Lui». (V. 11/XLII)

Il (le narrateur) répondit: Si.

L'Imam (a. s.) ajouta: «comment alors un homme vient-il à tous les Humains pour leur annoncer qu'il est l'Envoyé d'Allah à Qui il les appelle sur ordre d'Allah que Celui-ci dit: "les regards ne sauraient L'atteindre ...", puis il (l'Envoyé) dit qu'il L'a vu avec ses yeux, qu'il L'a cerné avec sa science et qu'IL est à l'image des hommes?". N'avez-vous pas honte? Les mécréants ne purent lancer un tel blasphème: transmettre les paroles d'Allah puis d'une autre manière, proférer ce qui les contredit».

Le narrateur répondit: mais IL dit: «Il L'a vu, en vérité, une autre fois». (V. 13/LIII)

Abul-Hassan (a. s) dit alors: la suite de ce verset indique ce qu'il a vu étant donné qu'IL dit d'abord: «Le cur n'a pas menti en ce qu'il a vu». (V. 11/LIII)

C'est à dire que le cur de Muhammad (SAW) n'a pas démenti ce que ses yeux avaient vu: «Il a vu les plus grands signes de son Seigneur». (V. 18/LIII)

Les signes d'Allah exalté soit-IL ne sont pas Allah qui dit: «Leur science ne peut L'atteindre». (V. 110/XX)

Or, si les regards venaient à L'atteindre, l'entendement L'atteindrait et Le connaître (le cerner) serait effectif.

Abu Qurrah demanda alors: «Nies-tu donc les récits?» Abul-Hassan (a. s) répondit: «Si les récits sont en contradiction avec le Qur'ân je les nie...».(16)

C'est ainsi que les Imams d'Ahlul-Bayt (a. s.) expliquèrent les versets coraniques et donnèrent la signification des termes tels que la jambe, la main et le trône dans le Sait Coran.





- IV -

L'Origine du Désaccord Relatif

aux Qualités Spécifiques des Prophètes

Certains Musulmans croient:

- Que chercher les reliques des prophètes et prier auprès de leurs tombes relèvent du polythéisme!

- Que la construction de mausolées sur leurs tombes équivaut également au polythéisme!

- Que la célébration de leurs anniversaires et de ceux des hommes justes et alliés d'Allah est un péché et une innovation illicite.

- Que l'imploration d'Allah par l'intermédiaire de quelqu'un d'autre que Lui avoisine le polythéisme.

- Que chercher l'intercession du Prophète (SAW) après sa mort est en contradiction avec les lois islamiques.

Ceux qui ne partagent pas ce point de vue avancent les arguments suivants:

1- La considération des reliques bénies des prophètes (a. s.)

Les adeptes de ce point de vue arguent de ce qui est amplement rapporté dans les livres de hadiths (mutawâtir) que les Compagnons considéraient avec vénération la personne du Prophète (SAW) et ses effets personnels de son vivant et après sa mort (ses reliques).

L'effet bénéfique de la salive du Prophète (SAW)

Sahl. B. Sa'd rapporte dans le sahîh de Bukhârî que le Messager d'Allah (SAW) dit le Jour de Khaybar: «Demain je remettrai ce drapeau à l'homme par lequel Allah nous accordera la victoire, un homme qui aime Allah et Son Messager et qui l'aiment également».

Les gens passaient leur nuit à se chamailler et à se demander qui en aurait le privilège. Le matin, une fois auprès du Messager d'Allah (SAW), tous espéraient se faire accorder le drapeau. Le Prophète (SAW) demanda: «Où est 'Ali?». «Il a mal aux yeux, ô! Messager d'Allah», répondit-on. Le Prophète demanda qu'on l'amenât.

Dans une autre version au sein du même livre, le Prophète cracha sur ses yeux (de 'Ali a. s.), ce qui les guérit sur-le-champ comme s'il n'avait jamais été malade.(17)

Dans le récit rapporté par Salamah b. Al-Akwa' (dans la Shîh de Muslim), le Compagnon dit: «Je conduisis 'Alî chassieux jusque devant le Messager d'Allah (SAW). Il cracha alors sur ses yeux. 'Alî guérit et reçut le drapeau».(18)

La recherche de la bénédiction dans l'eau ayant servi aux ablutions du Prophète (SAW).

Anas b. Mâlik rapporte (dans le Sahîh de Bukhârî): «Le moment de la prière du 'Asr (la 3e prière) fut venu, les hommes cherchaient de l'eau pour faire les ablutions mais ils n'ont trouvé qu'un vase contenant un peu d'eau, qu'on apporta devant l'Envoyé d'Allah (SAW). Il y plongea sa main et ordonna aux hommes de faire leurs ablutions. Je vis à ce moment l'eau jaillir du dissous de ses doigts et les hommes faire leurs ablutions du premier au dernier».(19)

Dans le même recueil, à l'occasion du traité d'Al-Hudaybiyyah, 'Urwah b Mas'ûd rapporte ceci: «Par Allah, le Messager (SAW) n'eût rejeté quelque crachat sans qu'une main de Compagnon ne le prît pour en frotter le visage et la peau. De même quand il finit de faire ses ablutions, ils (les Compagnons) allaient s'entre-tuer pour s'emparer de l'excédent de ses ablutions».(20)

La recherche de la bénédiction dans les cheveux du Prophète (SAW)

Muslim rapporte dans son Sahîh que le Messager d'Allah (SAW) se rendit à Mîna, se fit couper les cheveux (rite du pèlerinage) après avoir lapidé et immolé. Ensuite, il en donnait aux gens. Dans une autre version, il appela le coiffeur et quand il s'est fait couper les cheveux, il les donna à Abî Talhah pour les partager entre les gens.(21)



La recherche de la bénédiction dans l'endroit touché par la main du Prophète (SAW)

A propos de la biographie de Handhalah tant dans Al-Içâbah (Ibn Hajar) que dans Al-Musnad (Ibn Hanbal) le dit: Compagnon raconte: «Mon grand-père m'amena devant le Prophète (SAW) et dit: j'ai des fils dont certains possèdent des barbes, d'autres sont mois âgés. En voici le plus jeune. Je te prie de demander à Allah pour son bien (bénis-le). Alors le Prophète (SAW) passa sa main sur sa tête en disant: Qu'Allah te bénisse. Le narrateur commente: par après, j'ai vu qu'on amenait à Handhalah une personne souffrant d'une enflure au visage ou une bête atteinte d'dème, qu'il dit Bismillah, soufflant sur sa main qu'il posa sur sa tête là où le Prophète (SAW) avait posé la sienne puis la passa sur l'organe soufflant. Le narrateur ajoute: et l'dème disparaît».(22)

Un récit similaire est rapporté par l'auteur d'Al- Içâbah (Ibn Hajar Al-'Asqalânî).

Enfant ou âgé, en voyage ou en résidence, de nuit ou de jour, bébé dans la tente de Halimas-Sa'diyyah ou en mission commerciale en Syrie, émigré chez ummi Ma'bad ou chef d'Etat à Médine, la bénédiction se répandait immanquablement de la personne du Prophète (SAW) à la manière de la lumière qui se dégageait du soleil et du parfum qu'exhalait la fleur. Ce n'est qu'à titre d'exemple que les récits ci-dessus sont proposés au lecteur. En faire un recensement exhaustif serait ici hors de propos; ce qui vient d'en être dit est suffisant pour «qui a un cur, prête l'oreille et est témoin».(23)

Ci-après, nous étudions la question de l'intercession du Messager d'Allah (SAW) implorée par le croyant ainsi que les autres spécificités qui distinguent le Messager des autres Humains.

2- La demande de l'intercession au Messager d'Allah (SAW)

Ceux qui croient en la légitimité de cette demande (adressée en tout temps par le croyant au Seigneur) avancent le fait que cela fut un agrément pour Allah avant la création de la personne du Prophète (SAW), durant sa vie sur terre, après sa mort et au Jour de la Résurrection. En voici les arguments:

Premièrement: chercher accès auprès d'Allah par l'intermédiaire du Prophète (SAW) avant sa création (physique)

Ceci est rapporté par nombre de traditionnistes dont Al-Hâkim (dans son Mustadrak citant b. Al-Khattâb) qui dit: «Quand Adam commit sa contravention il dit: Oh! Seigneur, par Muhammad, je T'implore de me pardonner. Allah dit: Adam! Comment as-tu connu Muhammad que je n'ai pas encore créé? Adam répondit: Oh Seigneur! Parce que quand Tu m'as créé, insufflé en moi de Ton Esprit, j'ai levé la tête et aperçu cet écrit sur les colonnes du Trône: «Il n'y a d'autre divinité qu'Allah; Muhammad est-Son Messager», j'ai alors compris que Tu n'as joint à Ton Nom que celui de l'être le plus aimé par Toi. Allah dit: tu dis vrai, Adam, c'est lui le bien-aimé de Mes créatures, implore Moi par son nom, je t'ai pardonné et (sache que) n'eût été Muhammad, je ne t'ai pas créé».

At-Tabarânî rapporta le même récit avec cette addition: «Et c'est le dernier prophète de ta postérité».(24)

Deuxièmement: Durant sa vie

Ahmad. B. Hanbal, Tirmidhî, Ibn Mâjah et Al- Bayhaqî rapportent à partir de 'Uthmân b. Hunayf qu'un homme aveugle vint auprès du Prophète (SAW) et dit: «Demande à Allah de me guérir! Le Prophète lui dit: je le ferai si tu veux mais si tu supportes (ton mal) en patience, ce sera mieux pour toi! L'aveugle réitère: implore (pour moi)! Le Prophète (SAW) lui ordonna alors de bien faire ses ablutions, et de faire cette invocation: Seigneur (Allahumma)! je T'implore en ayant recours à Ton Prophète Muhammad, le Prophète de la Miséricorde, ô Muhammad! j'ai recours à Toi pour demander au Seigneur d'exaucer mon vu «Allahumma», permets-lui d'intercéder en ma faveur». Al-Bayhaqî et At-Tirmidhî disent que(25)ce hadith est authentique.



Troisièmement: Après sa mort

At-Tabarânî rapporte dans son grand Mu'jam, à partir de 'Uthmân b. Hunayf qu'un homme se rendait pour une affaire à la porte du Calife 'Uthman b. 'Affân (r.d). Mais ce dernier ne faisait pas attention à lui et ne se pencha point sur son affaire. L'homme s'en est plaint auprès de 'Uthmân b. Hunayf (le Compagnon) qui le conseilla ainsi: «fais tes ablutions, ensuite va à la Mosquée et quand tu auras fait une prière de deux inclinations, tu diras ceci avant d'évoquer ton besoin: Allahumma (Seigneur), je T'implore en ayant recours à Ton Prophète Muhammad (SAW), le Prophète de la Miséricorde. Ô Muhammad, j'ai recours à toi pour demander à mon Maître d'exaucer mon vu! De me donner satisfaction». L'homme dit alors ce qu'on lui a conseillé de faire puis se rendit à la porte du Calife. Le concierge vint à lui, lui prit la main et l'introduisit chez 'Uthmân qui le fit s'asseoir avec lui sur le tapis avant de lui demander: «C'est quoi ton affaire?» Le Calife donna alors satisfaction à l'homme en disant: «chaque fois que tu as besoin de quelque chose, viens me le dire!»

En principe, avec l'existence de ces hadiths clairs dans la Sunnah du Messager (SAW), aucune divergence n'aurait dû être envisagée quant aux hautes qualités des prophètes en particulier celles du Sceau des prophètes (SAW).

Nous abordons à présent l'origine de ces divergences et de la négation des traits distinctifs du Messager d'Allah (SAW)

En fait, le problème vient de la diffusion de plusieurs récits relatifs au dénigrement des prophètes (a.s) dans les livres de hadith. De tels récits placent les prophètes au-dessous du niveau commun des gens. Ces récits qui sont diamétralement opposés à ceux que nous avons cités ci-haut forment chez celui qui y croit une vision particulière du statut d'un prophète. Pour quiconque veut y prêter attention, voici des exemples de récits concernant le sceau des prophètes et le meilleur des messagers (SAW):

1)- Al-Bukhârî rapporte dans son Sahîh: «Avant la révélation, le Messager d'Allah (SAW) présenta un jour un plat contenant de la viande à Zayd b. 'Amru b. Nufayl qui refuse d'en manger en disant: je ne mange que de ce sur quoi le nom d'Allah a été invoqué».(26)

Ce Zayd donc était à l'époque anté-islamique (la Jâhilliyyah), meilleur que le Messager d'Allah puisqu'il évitait les turpitudes de cette époque plus que ne le faisait le Messager d'Allah (SAW).

2)- Al-Bukhârî et Muslim rapportent que: lorsque Jibril (Gabriel) (a. s.) révéla au Messager d'Allah (SAW) ces versets du Coran. «Prêche au Nom de ton Seigneur Qui créa par le calame» (XCVI), le Prophète (SAW) revint chez lui plein de frisson et dit à Khadijâ (son épouse): Je crains pour moi-même. Elle lui rétorqua: Mais non, sois heureux de la bonne nouvelle. Je jure par Allah qu'IL ne t'humiliera jamais. Ensuite, elle l'emmena chez Waraqah b. Nawfal qui était devenu chrétien auparavant. Le Messager l'informa de ce qu'il avait vu. Waraqah lui dit alors: il s'agit de la loi divine qui descendit sur Moïse ...».(27)

Donc ce Waraqah le chrétien en savait plus sur la Révélation et sur Gabriel que le Messager d'Allah (SAW) qui en fut pourtant l'interlocuteur. C'était donc la parole de ce Waraqah qui apaisa le Prophète (SAW) sur son devenir, sinon il voulait - comme le rapporte Ibn Sa'd dans At-Tabaqât - se jeter d'une crête de montagne. At-Tabarî rapporte aussi que le Messager d'Allah (SAW) dit à ce propos: «celui-là (c'est-à-dire lui-même) s'avère un poète ou un fou! Non! Quraych ne parlera jamais de la sorte sur moi».(28)

3)- Al-Bukhârî et Muslim rapportent ceci: «Le Messager d'Allah (SAW) se fâchait, maudissait, insultait ainsi ceux qui ne le méritaient pas. Mais il demanda à Allah qu'il en fît un bien et une purification pour la personne concernée».(29)

4)- Ils rapportent aussi ce récit: «Quelque juif ensorcela le Messager d'Allah (SAW) jusqu'à ce qu'IL lui arrivât d'imaginer qu'il faisait la chose alors qu'il n'en était rien».(30)

5)- Muslim rapporte ceci: «Le Messager d'Allah (SAW) passa près d'un groupe de personnes qui étaient en train de ''féconder'' des dattiers et leur dit: si vous ne le faites pas, ce sera mieux. Ces gens mirent fin alors à cette opération de fécondation. Quand la récolte en dattes s'est avérée bien médiocre, le Prophète se contenta de dire: Vous êtes plus à même de savoir ce qui arrange les affaires de votre vie (d'ici-bas)».(31)

6)- Al-Bukhârî et Muslim rapportent aussi ceci: «Le Messager d'Allah (SAW) écoutait des filles d'Al- Ançâr qui chantaient jusqu'à ce qu'Abû Bakr les éloignât».(32)

7)- Muslim rapporte ceci: «Le Messager d'Allah (SAW) porta un jour Aïsha sur son épaule afin qu'elle puisse regarder les Abyssins qui jouaient dans la Mosquée, jusqu'à ce que 'Umar les grondât».(33)

Dans la version d'At-Tirmidhî: «Soudain il ('Umar) surgit; les gens alors se dispersèrent ce qui fit dire au Messager d'Allah (SAW): j'ai vu des démons tant parmi les djinns que parmi les Humains s'enfuir devant 'Umar».(34)

Dans une autre version: «Au retour d'une de ses batailles, une esclave noire joua du tambour et chanta devant le Messager (SAW). Quand 'Umar fut entré, elle mit le tambour sous son séant et s'assit dessus. Le Messager d'Allah dit alors: Certes, Satan te craint, ô 'Umar!».(35)

8)- Al-Bukhârî et Muslim rapportent à partir de Aïsha que: «Lorsque le Prophète (SAW) entendit une fois un homme réciter du Coran dans la Mosquée, il dit: Qu'Allah lui accorde Sa grâce, il vient de me rappeler le verset "tel" que j'avais amputé de la sourate "telle"».(36)

Ces hadiths (et un tas d'autres similaires) affirment que le Messager d'Allah (SAW) était, avant l'Islam, inférieur à Zayd, que par après, Waraqah le chrétien savait plus que lui au sujet de la Révélation et de Gabriel, qu'Abû Bakr et 'Umar évitaient le divertissement et les futilités mieux que ne le faisait le Messager d'Allah (SAW), que le Compagnon qui, par sa récitation, rappela ce que le Messager avait amputé du Coran avait une mémoire plus fidèle que celle du Prophète, et que celui-ci était comme le commun des mortels, faillible et sujet aux moqueries des juifs et à leur sorcelleries et qu'il s'emportait et insultait celui qui ne le méritait pas.(37)

Ainsi quiconque croit en l'authenticité de ces hadiths ne peut qu'avoir une conception diamétralement opposée au contenu des hadîths que nous avons signalés auparavant, c'est à dire ceux d'après lesquels Allah dota exclusivement le sceau de Ses Prophètes de vertus nombreuses. Autrement dit, c'était cette conception dénigrante qui fit dire à l'homme (de science) saoudien que «Muhammad était un homme comme moi, qu'il est mort».

Outre ces hadiths dégradants cités ci-dessus, il y a, dans la mémoire des gens, l'acte perpétré par le calife 'Umar b. Al-Khattâb, qui, selon une interprétation personnelle, ordonna de couper l'arbre sous lequel le Messager d'Allah (SAW) reçut l'allégeance des Musulmans (voir les détails de ce récit dans le commentaire de Nahj Al-Balâghah d'Ibn Abîl-Hadîd 1/59).

Nous soulignerons plus loin lors de l'étude consacrée aux sources de la Shari'ah islamique, les diverses tentatives du pouvoir dans les Etats Musulmans pour hausser aux yeux des Musulmans le statut du calife au-dessus de la prophétie. Contentons-nous ici de citer un seul exemple, celui d'Al-Hajjâj b. Yûssuf Ath-Thaqafî, gouverneur sur l'Irak du calife 'Abdel-Malik b. Marwân, à savoir Al-Hajjâj b. Yûssuf, lors d'un sermon à Kûfah, critiqua les pèlerins qui se recueillaient à Médine auprès du Tombeau du Messager (SAW): «Malheur à eux, ils tournent autour de lattes et de vieux ossements! Qu'ils tournent autour du palais du Commandant des Croyants Abdel-Malik! Ne Savent-ils pas que le représentant d'un homme a plus de valeur que son envoyé?».(38)

De nos jours, l'esprit de dénigrement qu'on rencontre chez certains musulmans au sujet du Prophète (SAW) n'est que le résultat de ces tentatives malveillantes perpétrées au cours des siècles tant au niveau des récits dégradants qu'ils ont rapportés qu'à celui de l'exégèse et de l'interprétation qu'ils inculquaient aux Musulmans afin de les orienter là où ils voulaient. En fait partie leur opinion au sujet de la célébration de l'anniversaire (Al-Mawlid) du Messager (SAW).





- V -

Les Divergences Relatives

à la Commémoration:

des Prophètes (a. s) et

des Saints Serviteurs d'Allah



Dans l'exposition de l'opinion opposée à cette commémoration, il suffit de citer la fatwa (l'avis religieux) du sheikh 'Abdel'Aziz b. Bâz, le président général des directions des études scientifiques, de l'émission d'avis religieux, de la Da'wah et de l'instruction islamique, en Arabie saoûdite. A ce propos, il dit: «il n'est pas permis de fêter ou célébrer l'anniversaire du Messager (SAW) ou de quelqu'un d'autre, car cela fait partie des innovations...».(39)

Quant à ceux qui recommandent par contre cette commémoration en Islam, ils justifient cette recommandation par le fait que la plupart des rites du pèlerinage sont en fait des formes de commémoration des prophètes et alliés d'Allah (saints), comme le montrent les exemples suivants:

1- Maqâmu - 'Ibrâhîm (la station d'Abraham)

Allah - exalté soit-il - dit:

«...Prenez la station d'Abraham comme lieu de prière...». (V. 125/II)

Ainsi, comme il est clair, Allah - glorifié soit-IL, ordonna aux gens de chercher bénédiction là où se tenait Ibrâhîm (a. s.) dans la demeure sacrée et d'en faire un lieu de prière, en guise de commémoration de ce Prophète et pour la perpétuation de ce nom. Cela n'est donc en rien entaché de polythéisme.

2- Al-Çafâ et Al-Marwah

Allah exalté soit-IL dit:

«Al-çafâ et Al-Marwah comptent vraiment parmi les choses sacrées d'Allah. Celui qui fait le grand pèlerinage à la Maison ou bien le petit pèlerinage, ne commet pas de péché s'il accomplit les circuits rituels ici et là». (V. 128/II)

Ainsi Allah institua la course rituelle entre Al-Çafâ et d'Al-Marwah comme étant un rite à accomplir lors du pèlerinage en commémoration de Hâjar, la mère d'Ismâ'îl (a. s.), qui allait (à la recherche de l'eau) entre Al-Çafâ et Al-Marwah. Il est recommandé, lors de l'accomplissement de ce rite, d'aller plus vite (accélérer le pas) au lieu indiqué de la vallée entre Al-Çafâ et Al-Marwah tel un être humain essoufflé en souvenir de Hâjar (a. s.) et de sa course à cet endroit.

3- La lapidation (le jet rituel des cailloux)

Ahmed et At-Tayâlissî rapportent dans leurs musnads respectifs que le Messager d'Allah (SAW) dit: «Gabriel emmena Ibrâhîm (a. s.) jusqu'à Jamratul-'Aqabah et quand Satan lui apparut, il le lapida avec sept cailloux; alors Satan s'enfonça dans la terre. Quand il arriva à la Jamrah médiane, Satan lui apparut de nouveau. Ibrâhîm le lapida avec sept cailloux. Alors, Satan s'enfonça. Enfin, à la dernière Jamrah, ce dernier se manifesta encore et Ibrâhîm (a. s.) lui jeta sept autres cailloux. Satan s'enfonça...».(40)

Ainsi font partie des rites du pèlerinage la commémoration de la lapidation de Satan par Ibrâhîm et la célébration du nom de ce dernier.

4­ Le Sacrifice

Allah - exalté soit-IL - dit au sujet de l'histoire d'Ibrâhîm et d'Ismâ'îl (a. s.):

«Nous lui avons alors annoncé une bonne nouvelle: la naissance d'un garçon longanime. Quand celui-ci fut en âge d'accompagner son père, celui-ci dit: Ô mon fils! Je me suis vu moi-même en songe en train de t'immoler. Considère ce que tu en penses! Il dit: Ô mon père! Fais ce qui t'est ordonné. Tu me trouveras patient, si Allah le veut. Après que tous deux se furent soumis et qu'Abrâhâm eut jeté son fils, le front à terre, Nous lui criâmes: Ô Abrâhâm! Tu as cru en cette vision et tu l'as réalisée; c'est ainsi que Nous récompensons ceux qui font le bien. Voilà l'épreuve concluante. Nous le libérâmes contre un sacrifice solennel. Nous avons perpétué son souvenir dans la postérité. Paix sur Abraham...». (Vs. 100 - 109/ XXXVII)

Ainsi fait partie des rites du pèlerinage la perpétuation du souvenir du sacrifice d'Ismâ'îl (a. s.) par son père Ibrâhîm (a. s.) qui reçut en rachat de son fils un bélier envoyé par Allah. Les pèlerins, en commémoration d'Ibrâhîm et de son obéissance à Allah, se rendent à Minan et offrent des sacrifices.

5- La bénédiction s'étend d'Adam (a. s.) - Sa commémoration

Certains récits rapportent qu'Allah - glorifié soi-IL - pardonna à Adam (a. s.) au crépuscule du neuvième jour du mois Dhul-Hijjah à 'Arafat. Ensuite Gabriel (en guise de déferlement de 'Arafat à Muzdalifah) emmena Adam (a. s.) au coucher du soleil au lieu sacré: Al-Mash'arul-Harâm où il passa la nuit (la veille du 10e jour et de la fête du sacrifice) à invoquer Allah et à Le louer et Le remercier d'avoir accepté son repentir. De là il l'emmena le matin à Minan où il coupa ses cheveux, cet acte concrétisant l'agrément d'Adam et sa libération de ses péchés. Ce jour (le 10e du mois Dhul-Hijjah) sera commémoré en fête ('îd) par Adam et sa descendance. Les actes rituels d'Adam pendant ces jours sont ainsi perpétués dans le temps et dans les lieux du pèlerinage pour la postérité qui reçoit le pardon d'Allah le soir du 9e jour à 'Arafat, se rend à Al-Mash'arul-Harâm pour y passer la nuit dans l'invocation avant d'aller à Minan pour s'y faire couper les cheveux le 10e jour du même mois. A ces rites perpétués en souvenir d'Adam (a. s.) furent ajoutés ceux vécus par Ibrâhîm, Ismâ'îl et Hâjar (a. s.).

Tous les actes du pèlerinage cristallisent donc la recherche de la bénédiction par le souvenir de ces temps et dans ces lieux sacrés où passèrent de saints serviteurs d'Allah. Leur commémoration sera donc perpétuelle et consistera, pour nous, dans la lecture par exemple de la biographie authentique du Messager d'Allah (SAW), la veille de son anniversaire, le don de la nourriture dans la voie d'Allah dont la rétribution sera dédiée au Prophète (SAW)... et non dans la pratique de certains actes d'innovation, forgés à l'occasion par certains sûfis.



- VI -

La Divergence relative à la Construction

des Tombeaux et des Mausolées élevés

sur les Tombes des Prophètes (a. s.) et

à la Validité de la Prière faite en ces Lieux



Ceux parmi les Musulmans qui interdisent ce genre de constructions se basent sur un ensemble de récits dont celui rapporté par Ahmed b. Hanbal à partir de 'Ali (a. s.) qui aurait dit: «Le Messager d'Allah (SAW) assistait à des funérailles quand il dit à ses Compagnons: Qui parmi vous ira à Médine pour y casser toutes les idoles, aplatir toutes les tombes et salir toutes les images? Un homme dit: Moi, ô Messager d'Allah! Une fois, arrivé à Médine, cet homme craignit ses habitants et revint (sans avoir exécuté l'ordre), 'Ali dit alors: Moi, j'irai le faire, ô Messager d'Allah! - Oui, vas-y dit-il. Quand 'Ali retourna auprès de lui, il dit: Ô Messager d'Allah! C'est fait (j'ai cassé toute idole, aplati toute tombe et sali toute image)».

Ce récit est rapporté dans plusieurs livres de hadith dont Al-Musnad où il est sous sa forme, la plus complète .(41)

La défectuosité de ce récit

Premièrement: Nous verrons que le Messager (SAW) se rendit à la tombe de sa mère, pleura et fit pleurer ceux qui étaient autour de lui. Sa mère était morte à Médine quand il avait six ans. C'était donc après plus de quarante ans que le Messager, après avoir immigré à Médine, s'est recueilli sur la tombe de sa mère, dont la trace était encore manifeste à cette époque (sinon il ne l'aurait pas reconnue). Si alors la position de l'Islam était d'aplanir les tombes pourquoi le Prophète (SAW) n'a-t-il pas ordonné en ce moment de démolir celle de sa mère?

Deuxièmement: Quand certains Médinois eurent embrassé l'Islam, le Messager d'Allah (SAW) envoya d'abord Muç'ab b. 'Umayr afin qu'il leur apprît les enseignements de l'Islam. Ensuite, quand ils se rendirent en pèlerins à la Mecque, ils prêtèrent serment d'allégeance en cachette au Prophète (SAW) à Al- 'Aqabah, ce qui veut dire que l'Islam ne s'est vraiment propagé parmi les Médinois qu'après l'émigration du Messager (SAW) suivi, après quelques jours, par l'Imam 'Ali (a. s.). Après la conclusion des pactes avec les tribus juives (Quraydha-Banûn-Nadir et Banû Qaynûqâ') le pouvoir du Messager (SAW) gagna, progressivement, Médine. A quel moment donc, l'Imam 'Ali (a. s.) fut-il envoyé, lors de quelques funérailles, par le Prophète (SAW) afin qu'à Médine il démolît les idoles, aplanît les tombes et barbouillât les images en délégué de gouvernement totalement maître de la situation??

En plus, selon le récit, un premier homme fut envoyé à cet effet lors de ces funérailles mais il revint de Médine sans y avoir exécuté l'ordre du Prophète. Celui-ci, alors, envoya l'Imam 'Ali (a. s.), toujours pendant ces mêmes funérailles, pour accomplir à Médine ce que son prédécesseur ne put faire. Comment fut-ce possible?

Troisièmement: Dans la suite du hadith en question, il est stipulé que l'Imam 'Ali (a. s.) dit à Abil-Hayaj Al-Assadî: Je t'envoie comme le Messager d'Allah (SAW) m'avait envoyé en vue de faire disparaître toutes les idoles.(42)

Or, l'Imam ne pouvait envoyer cet homme en mission qu'à l'époque de son califat; mais quand était-ce? Après les conquêtes islamiques? A l'époque des trois califes ou avant? Où l'a-t-il envoyé? Pour détruire les tombeaux et faire disparaître les idoles?

Enfin, dans les deux récits, s'ils sont authentiques, tant l'ordre du Messager (SAW) que celui de l'Imam 'Ali (a. s.) visaient la destruction des tombeaux des polythéistes en terre polythéiste; comment cela peut-il signifier l'étendue du décret pour qu'il englobe les tombeaux musulmans et l'obligation de les détruire? On rapporte ainsi que le Prophète (SAW) dit: «Ô Seigneur, ne permets pas que ma tombe soit une idole! Qu'Allah punisse ceux qui prennent pour lieux de prosternation (masâjid) les tombes de leurs prophètes».(43)

Dans une autre version, le récit spécifie le peuple dont il s'agit: «Allah maudit les juifs! Ils prirent les tombes de leurs prophètes comme lieux de prière (masâjid)».(44)

La défectuosité de ce récit

Après être sortis de l'Egypte, les Juifs traversèrent la mer et, après avoir erré (dans le pays) ils arrivèrent en Palestine où ils eurent un temple, celui de Jérusalem à l'exclusion de tout autre lieu de prière. Après, il y eut le temple de Salomon. Où étaient donc ces tombes de prophètes dont ils firent des lieux de prière, le temple de Jérusalem et tout le pays ayant été connus des Musulmans et des Arabes avant l'avènement de l'Islam? Quant aux tombes des autres prophètes telle celle d'Al-Khalîl et celle de Mûssâ, nous n'avons ni vu ni entendu que les Juifs dont aucun d'eux n'avait écrit une chose semblable en firent un objet d'idolâtrie. Si, quand bien même ils le faisaient, cela ne correspondrait nullement à la position islamique: respecter la tombe et lui rendre visite. En faire une idole serait s'orienter vers elle, la considérer comme «qiblah», telle la Ka'bah - dans nos prières. Les deux attitudes sont-elles identiques?

Ce ne sont pas les hadiths du Messager d'Allah (SAW) qui sont (ou qui seront) l'objet de doute loin s'en faut, mais plutôt la parole des rapporteurs de récits qui ne sont pas infaillibles et sont donc sujets à l'erreur, à l'inadvertance et à l'oubli.

Voici, à présent, les arguments de ceux qui considèrent que la construction des tombeaux est, par contre, en concordance avec la Shari'ah islamique.

Arguments en faveur de la prise des Mausolées des prophètes pour des lieux de prière

Il est unanimement admis par les Ulémas de la Communauté islamique que le rite de la circumambulation (autour de la Ka'bah) se fait aussi autour du Hijr d'Ismâ'îl (a. s.) contre le mur duquel se frottent les pèlerins et qui abrite aussi les deux tombes d'Ismâ'îl et de Hâjar, sa mère.

Il est utile, à ce propos, de se rapporter aux livres suivants.

Ceux de l'Ecole des califes

La Sîrah (biographie) d'Ibn Hichâm (mort en 218h), L'Histoire d'At-Tabarî (mort en 310h), Ibnul-Athîr (m. 630h), Ibn Kathîr (m. 774).

Selon Ibn Hichâm: Ismâ'îl fut enterré dans l'enceinte du Hijr avec sa mère Hâjar. Quant à Ibn Kathîr, il dit: Ismâ'îl recommanda en testament qu'on l'enterrât auprès de la tombe de sa mère dans Al-Hijr.(45)

D'après les livres de l'Ecole d'Ahlul-Bayt

Dans Al-Kafî d'Al-Kulaynî (mort en 329 h.), dans Man Lâ yahduruhul-Faqîf et 'Ilalish-Sharâ'i' d'As-çadûq (m. 381 h.), Al-Wâfî d'Al Fayd (m. 1089 h.) et Al-Bihâr d'Al Majlissî (m. 1111 h.): «C'est dans Al- Hijr que se trouvent la tombe de Hâjar et celle d'Ismâ'îl (a. s.)».(46)

On avance aussi, à ce propos, le verset suivant:

«Prenez donc la station d'Ibrâhîm comme lieu de prière...». (V. 125/II)

Et cet autre verset relatif aux "Gens de la Caverne":

«Ceux dont l'avis prévalut dirent: Elevons un sanctuaire au-dessus d'eux». (V. 21/XVIII)

Les Wahhabites qui taxent de qubûriyyîne les Musulmans qui rendent visite aux tombeaux des prophètes, des Compagnons et des Imams devraient donc dire la même chose du Sceau des prophètes (SAW), de ses compagnons et des prophètes qui pratiquaient la circumambulation autour d'Al-Hijr où furent enterrés Hâjar, Ismâ'îl (a. s.) et certains de ses descendants!!

C'était donc un aperçu sur les divergences relatives aux hadiths concernant la construction des tombeaux et au sens qu'on devait lui attribuer.

Ci-après un aperçu sur la divergence relative aux pleurs et aux lamentations sur les mort.





-VII -

L'Origine de la Divergence relative

aux Pleurs versés sur le Mort



Pleurer un mort surtout s'il s'agit d'un martyr relevait de la sunnah du Messager d'Allah (SAW) comme le rapporte Al-Bukhârî dans son Sahîh: «Le Prophète (SAW) annonça aux gens la mort de Zayd, de Ja'far et d'Ibn Rawâhah bien avant que ne parvînt la nouvelle par les voies normales. Il dit alors: Zayd, Ja'far et Ibn Rawâhah prirent tour à tour l'étendard puis furent atteints l'un après l'autre. Ses yeux (du Prophète) se fondirent en larmes.... Asmâ', l'épouse de Ja'far lui demanda alors: Par mon père et ma mère, qu'est-ce qui te fait pleurer? As-tu appris quelque chose sur Ja'far et ses compagnons? - Oui, répondit-il, ils sont atteints aujourd'hui. Je me suis levée en criant, raconta Asmâ', et je suis allée réunir les femmes. Fatima Az-Zahrâ' entra en pleurs et répétait: wâ 'Ammâh (ô cher oncle!). Le Messager d'Allah (SAW) ajouta: c'est sur quelqu'un comme Ja'far que doivent pleurer les pleureuses!».(47)

Le Messager (SAW) pleure son fils Ibrâhîm

Dans le recueil de Bukhârî, Anas (r. d.) rapporte ce récit: «Nous entrâmes avec le Messager d'Allah (SAW)... alors qu'Ibrâhîm rendait les derniers soupirs. Les yeux de l'Envoyé d'Allah (SAW) fondirent en larmes. Abdar-Rahmân b. 'Awf lui dit alors: Toi aussi, ô Messager d'Allah! Il répondit: Ô! Ibn 'Awf c'est une miséricorde; puis il ajouta: l'il pleure, le cur se chagrine mais nous ne disons que ce qu'il plaît à Allah. Nous sommes, en effet, très affligés par ton départ, ô Ibrâhîm!».

Dans les Sunan d'Ibn Mâjah; «Il (le Prophète SAW) s'est penché sur lui et pleurait».(48)

Le Prophète (SAW) pleurait sur la tombe de sa mère jusqu'à faire pleurer ceux qui étaient avec lui.(49)

Le Prophète (SAW) désigne les jours de deuil à la mort de quelqu'un

Il est très répandu que le Prophète (SAW) avait permis à la femme de porter le deuil pendant trois jours si le parent décédé était quelqu'un d'autre que son mari. Si c'était lui la durée du deuil est celle précisée par le verset 234/II: quatre mois et dix jours.(50)

L'origine de la divergence relative à cette question

Nous avons vu que pleurer un mort, porter le deuil et donner de la nourriture à sa famille relèvent de la sunnah du Messager (SAW). Mais d'où viennent alors la divergence et l'interdiction de pleurer les morts? La réponse se trouve dans les deux recueils d'Al-Bukhârî et de Muslim où l'interdiction est attribuée au calife 'Umar (r. d.).

Ils y rapportent ce récit à partir d'Ibn 'Abbâs: «Quand 'Umar fut atteint (assassiné), Suhayb entra chez lui en pleurant et répétait: Ô frère, Ô compagnon! 'Umar lui dit alors: Suhayb! Pleures-tu sur moi alors que le Messager d'Allah (SAW) a dit que le mort se tourmente à cause des pleurs des siens? Quand 'Umar fut mort, dit Ibn 'Abbâs, j'ai rapporté ses dires à Aïsha qui dit: Qu'Allah accorde Sa grâce à 'Umar! Par Allah! Le Messager n'a pas dit qu'Allah tourmente le mort croyant à cause des pleurs des siens. Mais Allah augmente le châtiment du mécréant à cause des pleurs des siens. Elle ajouta aussi: Le Coran vous suffit: «Aucune âme pécheresse ne portera le faix d'une autre». (V. 18/XXXV)

»Ibn 'Abbâs ajouta alors: «C'est Lui Qui fait rire et pleurer». (V. 43/LIII).(51)

De même, dans le recueil de Muslim, il est rapporté qu'on a évoqué, chez Aïsha, le récit d'Ibn 'Umar d'après lequel le Prophète (SAW) aurait dit: «Le mort se fait châtier à cause des pleurs des siens. Aïsha dit alors: Erreur, voici ce que dit le Messager d'Allah (SAW): Il (le mort) se fait châtier à cause de ses péchés alors que les siens sont en train de le pleurer!»

Dans une autre version, Aïsha dit: «Qu'Allah accorde Sa grâce d'Abî-Adar-Rahmân (Ibn 'Umar): il a entendu le récit mais il ne l'a pas retenu; il ne s'agissait que d'un cortège funèbre juif qui passe avec des pleurs près du Messager (SAW) qui remarqua: Vous le pleurez et lui se fait châtier maintenant».

Il paraît donc - comme le montre le hadith ci-dessous - que l'origine de la divergence réside dans le point de vue du calife 'Umar qui interdisait les pleurs sur les morts en opposition avec la tradition du Messager (SAW): «Lorsqu'un membre de la famille du Prophète (SAW) mourut, les femmes se réunirent pour le pleurer. 'Umar se mit alors, une fois, à les réprimander et à les disperser. Le Messager d'Allah (SAW) intervint alors et dit: Laisse les, 'Umar! Les yeux pleurent, le cur s'afflige et le leur vient à peine de les quitter».(52)

Al-Bukhârî rapporte aussi que 'Umar (r. d.) frappait de sa canne, lançait des cailloux ou du sable à celui ou celle qui pleure un mort.(53)





- VIII -

Versets Coraniques dont

l'Interprétation est l'Objet de Divergence



A- L'invocation de quelqu'un d'autre qu'Allah

Sheikh Muhammed b. Abdel-Wahhâb, fondateur de l'Ecole wahhabite dit dans son livre Les trois fondements et leurs arguments, p. 4:

«Sache qu'Allah t'accorde Sa grâce, que tout Musulman et toute Musulmane doivent apprendre ces trois questions et les pratiquer.(54)

1)- Allah nous créa

2)- Allah n'aime pas en matière de culte qu'on Lui associe quelqu'un d'autre, que ce soit un ange très proche ou un prophète envoyé (aux humains). Le prouve ce verset coranique: «Les Moquées appartiennent à Allah, n'invoquez donc personne à côté d'Allah». (V. 18/LXXII)

Ils (les wahhabites) entendent par l'invocation de quelqu'un d'autre qu'Allah le fait que le Musulman dise par exemple: (Ô Messager d'Allah! (ou un autre allié d'Allah), en vue de le faire intercéder en sa faveur. Tous leurs arguments reposent sur les versets susmentionnés.

B- Le jugement de quelqu'un d'autre qu'Allah

Selon eux, il est aussi condamnable que l'invocation de quelqu'un d'autre qu'Allah. Leurs antagonistes s'étonnent de voir cette ressemblance frappante entre l'argumentation wahhabite et celle des Khawârij (les dissidents à l'époque de l'Imam 'Ali (a. s.) qui taxèrent de renégats ceux qui avaient accepté l'arbitrage à Siffine. En effet, les deux camps s'appuient sur des versets tels:

«... Le jugement n'appartient qu'à Allah. Je me confie en Lui. Qu'en Lui se confient ceux qui s'en remettent entièrement à Lui». (V. 67/XLL)

«Chercherai-je un autre qu'Allah comme arbitre alors que c'est Lui Qui a fait descendre vers vous l'Ecriture? ...»

Réplique des antagonistes:

En réponse aux arguments wahhabites, leurs adversaires disent que les versets du Coran se clarifient les uns les autres. Ainsi, si l'on trouve dans le Coran: «Le jugement n'appartient qu'à Allah», on trouve aussi ce verset:

« ... Juge entre eux ou bien détourne-toi d'eux, s'ils viennent à toi. Si tu te détournes d'eux, ils ne te nuiront en rien. Si tu les juges, juge-les avec équité ...». (V. 42/V)

Par ce verset, Allah permet à Son Messager de juger, d'arbitrer entre les Gens du Livre (Juifs). Dans un autre verset, il s'agit même de chercher l'arbitrage d'un particulier:

«Si vous craignez la séparation entre des conjoints, suscitez un arbitre de la famille de l'époux et un arbitre de la famille de l'épouse. Allah rétablira la concorde entre eux deux, s'ils veulent se réconcilier». (V. 35/IV)

Nulle contradiction donc entre ces versets. Celui qui stipule que le jugement appartient à Allah n'enseigne pas que ce jugement est similaire à celui des juges humains dans leurs tribunaux. Celui-ci est circonscrit, en conformité avec les lois en vigueur et limité aux personnes intéressées. Ces juges ne sont pas habilités à désigner des juges en leur nom, ce pouvoir étant celui d'une autorité supérieure. Autrement dit, les juges humains ne disposent pas du jugement absolu mais seulement de celui (relatif) de juger entre leurs semblables. Quant à Allah, IL juge selon Sa Science et Son Pouvoir, permet à qui IL veut de juger dans Sa Royauté et dans les limites qu'il veut car c'est à Lui qu'appartient le jugement absolu. Ainsi quand les prophètes jugent, ils le font en dépendance avec le Jugement d'Allah. Ceux qui cherchent en arbitres à trancher le différend de deux conjoints, quand ils le font conformément aux bois d'Allah, n'appliquent pas le jugement de quelqu'un d'autre qu'Allah, ne le font pas non plus à l'exclusion d'Allah ou contre Sa volonté ou en concomitance avec Lui. Ils jugent selon Son ordre et après Son autorisation. Comme pour le jugement d'Allah, Ses autres attributs, dont des exemples vont suivre, ne souffrent d'aucune limite puisqu'ils sont absolus.

La Royauté appartient à Allah

Entre ce verset: «La Royauté des cieux et de la terre et de ce qui est entre les deux appartient à Allah. Le retour final se fera vers Lui» (V. 18/V),

et celui-ci:

«... Et ce que détiennent vos mains», (Vs. 3, 24, 25, 36/IV),

il n'y a pas de contradiction puisque Allah - glorifié soit-IL - dit:

«Ô Allah, Souverain du Royaume! Tu donnes la royauté à qui Tu veux et Tu enlèves la royauté à qui Tu veux. Tu honores qui Tu veux et Tu abaisses qui Tu veux. Le bonheur est dans Ta main. Tu es, en vérité, Puissant sur toute chose». (V. 26/III).

Le Créateur, Celui Qui ressuscite les morts

Ainsi «Allah est Créateur de toute chose» (V. 102/VI) et «C'est Lui Qui fait vivre et Qui fait mourir». (V. 80/XXIII)

Ces deux versets ne sont pas contredits par celui selon lequel Allah permit à Jésus (a. s.) de créer et de faire vivre:

«Je suis venu à vous avec un signe de votre Seigneur: je vais, pour vous, créer d'argile comme une forme d'oiseau. Je souffle en lui et il est "oiseau" - avec la permission d'Allah. Je guéris l'aveugle, le muet et le lépreux; je ressuscite les morts avec la permission d'Allah». (V. 49/III)

L'Intercesseur, Le Maître

Quand on lit ce verset: «Prendront-ils des intercesseurs en dehors d'Allah? Dis: Et s'ils ne possèdent rien, s'ils ne comprennent pas? Dis: l'intercession appartient à Allah. A Lui la Royauté des cieux et de la terre! Vous retournerez vers Lui». (Vs. 42-43/XXXLX)

Et cet autre verset :

«... Il n'y a d'intercesseur qu'avec Sa permission ...» (V. 3/X)

Nous comprenons que l'intercession appartient à Allah, qu'IL permet à Ses saints serviteurs d'intercéder et qu'ils ne le font pas en dehors de Lui.

Ce verset qui dit:

«La Royauté des cieux et de la terre appartient à Allah. IL fait vivre et IL fait mourir. Vous n'avez, en dehors d'Allah, ni maître, ni défenseur» (V. 116/IX), n'est nullement en contradiction avec cet autre verset:

«Vous n'avez pas de Maître en dehors d'Allah, de Son Messager et de ceux qui croient: ceux qui s'acquittent de la prière, qui font l'aumône tout en s'inclinant humblement». (V. 55/V)

Par conséquent, si nous disons qu'Allah est notre Maître ainsi que Son Messager et celui qui fait l'aumône en état de génuflexion parmi les croyants, cela ne relève en rien du polythéisme parce que la souveraineté (Autorité) appartient exclusivement à Allah Qui l'accorde à Son Prophète et à Ses alliés, à l'instar de l'autorité que détient le père sur son enfant.

L'invocation du Messager (SAW) par Laquelle on cherche accès auprès d'Allah

Comme nous avons vu qu'un juge, un propriétaire, un intercesseur, un créateur, un maître ou quelqu'un qui fait vivre ou fait mourir, ne jouit de son statut que par la permission d'Allah et non, en dehors de Lui ou avec Lui, de même l'invocation du Prophète (SAW) par laquelle on cherche accès auprès d'Allah ne signifie en aucun cas l'invocation en dehors de Lui ou avec Lui, de personne d'autre que Lui. C'est à dire que l'invocation du Prophète (SAW) n'est pas une application de ce verset:

«N'invoquez donc personne à côté d'Allah». (V. 18/LXXII)

Rappelons, à ce propos, le hadith authentifié par les traditionnistes, rapporté par Ahmed, At-Tirmidhî, Ibn Mâjah et Al-Bayhaqî, selon lequel le Messager d'Allah (SAW) enseigna à un Compagnon aveugle une invocation qu'il devait faire après la prière: «Ô Allah, je Te demande en m'appuyant sur Ton Prophète Muhammad! Le Prophète de la miséricorde, ô Muhammad par Ta personne, je t'implore Allah pour qu'IL me satisfasse. Ô Allah accepte son intercession en ma faveur!»

Après l'intercession du Messager et l'invocation de cet homme, Allah exauça son vu et le guérit. Cette forme d'invocation par le Prophète (SAW) est une application de ces deux versets:

«Ô vous, qui croyez! Craignez Allah et recherchez les moyens d'aller à Lui ...» (V. 35/V)

«Ceux-là mêmes qu'ils invoquent recherchent le moyen de se rapprocher de leur Seigneur ...» (V. 57/XVII)

Après avoir passé en revue ces exemples de divergence et leur origine apparente, il s'agit d'en étudier le véritable mobile sous-jacent, à savoir deux raisons principales:

* * * * *

L'ORGUEIL ÉTERNEL DES ÊTRES HUMAINS

Le besoin ressenti par le pouvoir exercé au sein de la communauté musulmane de justifier la conduite luxurieuse et dissolue "des gouverneurs" par la présentation des vies des prophètes qui servent de modèles à l'humanité, comme étant conformes à la leur.

1- Le premier mobile à l'origine des divergences susmentionnées

a)- Au début de la Création, Allah - exalté soit-IL - raconta dans le Coran ce qui s'était passé entre Adam (a. s.) et Satan:

«Allah dit: Ô Iblîs, qu'est ce qui t'a empêché de te prosterner devant celui que j'ai crée de Mes mains? Est-ce l'orgueil ou bien fais-tu partie des êtres les plus élevés? Il dit: je suis meilleur que lui: Tu m'as créé de feu et Tu l'as créé d'argile». (Vs. 75-76/XXXVIII)

Dans un autre verset, il (Satan) dit: «je n'ai pas à me prosterner devant un mortel que Tu as créé d'une argile extraite d'une boue malléable». (V. 33/XV)

Iblîs (Satan) avait ainsi adoré Allah durant une vie d'ange puis se rebiffa un jour, refusa de se prosterner devant l'élu d'Allah et se moqua de lui. La conséquence de son acte fut ce qu'on sait.

Quant aux humains qui s'enorgueillirent et se moquèrent des envoyés d'Allah et de Ses élus, le Coran relate leur histoire comme dans les exemples suivants:

b)- Dans les communautés anciennes:

«Le peuple de Nûh (Noé) (a. s.) lui dit: Nous ne voyons en toi qu'un mortel semblable à nous. Nous ne te voyons, à première vue, suivi que par les plus misérables d'entre nous ...». (V. 27/XI)

«Ceux qui, parmi les chefs de son peuple étaient incrédules dirent: qui donc est celui-ci sinon un mortel comme vous? Il veut s'élever au-dessus de vous ...» (V. 24/XXIII)

«Qui est donc celui-ci sinon un mortel comme vous? Il mange ce que vous mangez, il boit ce que vous buvez ...» (V. 33/XXIII)

Comme le peuple de Nûh, 'Âd et Thamûd dirent à leurs prophètes: «vous n'êtes que des mortels comme nous!» (V. 10/XIV)

La réponse des prophètes fut celle que relate le Coran dans ce verset:

«Leurs prophètes leurs dirent: Nous ne sommes que des mortels comme vous mais Allah accorde Sa grâce à qui IL veut parmi Ses serviteurs» (V. 11/XIV)

c)- A l'époque du Sceau des prophètes (SAW): Dans son livre Al-'Içâbah, consacré aux biographies des Compagnons du Prophète, Ibn Hajar cite Dhul-Khuwayçirah, le chef des Kharijites (dissidents) et rapporte ce hadith à partir de 'Anas:

«Il y avait, à l'époque du Messager d'Allah (SAW), un homme dont on admirait la dévotion et la constance dans la pratique du culte. Quand bien même nous avons signalé son nom et sa description au Prophète (SAW), celui-ci ne le reconnut point. Soudain, il apparut. Nous dîmes alors: c'est de cet homme qu'il s'agit. Le Prophète dit alors: vous me parlez, en vérité, d'un homme portant au visage la marque de Satan. Quand l'homme arriva, il resta debout et ne salua pas. Le Prophète lui demanda alors: par Allah, dis-moi la vérité, quand tu t'es mis debout près de ce groupe de personnes, t'es-tu dit "parmi eux il n'y a pas un meilleur que moi?". L'homme répondit alors: par Allah, oui! Ensuite, quand il fut entré pour faire ses prières, le Prophète demanda: qui peut tuer cet homme? Qui peut tuer cet homme? ... S'il avait été tué aucune divergence (en ma religion) n'aurait pu être suscitée entre deux hommes de ma Communauté! ...».(55)

d)­ A notre époque: Cela se manifeste dans des actes et des propos tels que celui du pédant saoudien déjà cité: «Muhammad? Un homme comme moi. Et il est mort», (nous disait-il). C'est l'orgueil qui se trouve à l'origine de cette attitude.

2- Le deuxième mobile à l'origine des divergences

Il s'agit du besoin ressenti à travers les siècles par les autorités qui exerçaient le pouvoir dans la Communauté musulmane de justifier leur mode de vie luxurieuse en le présentant comme étant conforme à celui des prophètes et des élus d'Allah.

Ces factures ont tellement joué dans l'histoire musulmane qu'on en est venu à l'interprétation de nobles versets coraniques de la manière qui permettrait l'attribution des péchés aux prophètes et aux élus d'Allah. Des récits furent aussi inventés pour montrer ces derniers dans les jeux et la volupté. Souvent les fabriquants de récits puisaient leur matière dans la littérature israélite telle l'anecdote rapportée au sujet de Dâûd (a. s.) (David) et de la femme d'Urie(56) et un tas d'autres fabulations racontées sur le compte des prophètes (a. s.) y compris celles collées à la biographie du Sceau des prophètes (SAW), le but étant de rendre égaux les communs des mortels et les élus d'Allah qui seraient alors dépourvus de toute spécificité les distinguant de leurs semblables. Ainsi, les versets coraniques parlant des miracles des prophètes comme celui de Jésus (a. s.) qui, par la permission d'Allah, créa à partir de l'argile un oiseau vivant, furent interprétés en concordance avec des récits fabriqués en vue de confirmer l'hypothèse selon laquelle les élus d'Allah ne jouissent point de qualités distinctes.

A l'opposé de cette tendance expliquée par les mobiles mentionnés ci-dessus, nous trouvons dans l'exégèse et les livres des hadiths et de la biographie plusieurs traditions qui confirment l'existence de ces qualités exceptionnelles accordées par Allah à Ses élus. Un autre groupe de Musulmans y croit fermement et interprète les versets coraniques conformément à ces hadiths. Ceci eut pour conscience l'apparition d'une vision spéciale opposée à la première tendance et permettant une approche différente des Attributs divins, des qualités prophétiques, du trône, de l'Escabeau et des autres vérités islamiques. Chacun des groupes s'accrocha donc à travers les siècles à ce qu'il croyait en cette matière et jeta l'anathème contre le point de vue opposé. D'où la division qui sévit parmi les Musulmans.





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II Partie















II ème Partie

Les Sources de

la Shari'ah islamique

selon les Recherches respectives

des Deux Ecoles





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Préliminaires

Dans l'histoire de la pensée musulmane, après la mort du Prophète (SAW), on constate une division nette entre deux Ecoles opposées: celle du pouvoir en exercice détenu par les califes (jusqu'au dernier calife ottoman) et celle des Imams d'Ahlul-Bayt (a. s.) (jusqu'au douzième Imam)(57). Cette discordance est toujours en vigueur entre ces deux Ecoles et leurs adeptes parmi les Musulmans.

Ci après nous évoquons l'origine du schisme et donnons quelques exemples de ses aspects.

SUJETS DE DIVERGENCE

Les deux Ecoles s'accordent sur la prééminence du Saint Coran et s'imposent de respecter ses stipulations sur le licite, l'illicite, l'obligatoire et le recommandable mais divergent quant à l'interprétation de ses versets en particulier ceux qui paraissent équivoques (mutashâbihât). Les deux Ecoles s'opposent aussi au sujet:

1- Des Compagnons

2- De l'Imamat et du Califat en tant que moyen d'atteindre les sources de la Shari'ah

3- Des sources de la législation islamique qui viennent après le Coran.

Après une étude préliminaire de la terminologie consacrée, nous entamerons progressivement l'étude de ces sources.

La langue arabe - la terminologie islamique

1- Nous définissons ces trois termes:

a)- La langue arabe,

b)- La terminologie juridique (Shar'î) ou islamique et

c)- L'appellation islamique.

4)- est consacré à la question du sens propre et du sens figuré.

A­ La langue des Arabes:

Nous en parlons en particulier parce qu'elle est la langue coranique.

La plupart des mots arabes usités actuellement avaient les mêmes sens avant et après l'Islam; exemple: manger, dormir, le jour, la nuit ...

Dans cette langue, on trouve aussi des homophones. Le mot Ghunm par exemple signifiait d'abord l'acquisition du Ghanam (têtes de troupeau) puis il fut utilisé dans le sens de gain remporté sans grand effort; ensuite, dans l'Islam, il finit par signifier le gain tout court c'est à dire obtenu avec ou sans effort.

Parfois une tribu arabe donne un certain sens à un mot qui signifie autre chose dans une autre tribu. Ainsi "Al-Athlab" signifie au Hijâz de la prière et à Tamîm de la terre.(58) A notre époque, le mot "mabsût" signifie en Iraq "battu", frappé et en Syrie, au Liban "gai", joyeux. Dans ce cas, il faudra alors déterminer d'avance le sens du terme employé.

B­ La terminologie Shar'î ou islamique:

Avec l'apostolat du Sceau des prophètes Muhammad (SAW), celui-ci dut employer des mots arabes ayant d'autres sens que ceux usités par les Arabes de cette époque. Açalât (la prière), par exemple, qui signifiait la simple évocation est employée par le Messager d'Allah (SAW) dans le sens d'un acte religieux spécifique comportant de paroles particulières accompagnées de stations physiques différentes telles l'inclination et la prosternation, ce que les Arabes ne connaissaient pas auparavant! C'est ce qu'on entend par terminologie Shar'î ou islamique, que le sens du mot usité soit une modification du sens initial comme Açalât (prière) ou tout à fait nouveau comme "Ar-Rahmân", un nom divin employé par le Législateur islamique. On peut donc définir le terme islamique comme étant le mot employé par le Saint Coran ou par le hadîth prophétique. Sans cet emploi, le mot ne saurait faire partie de la terminologie islamique.

C- La terminologie musulmane usuelle:

On trouve chez les Musulmans des mots utilisés dans des sens particuliers tels "Lijtihâd" et "Al- Mujtahid" relatifs respectivement à la jurisprudence islamique et au faqih musulman (le jurisconsulte, le docte). Initialement; dans la langue arabe, les deux mots (le substantif et le participe présent) signifiaient simplement le déploiement d'efforts (lijtihâd) en vue d'atteindre un but - al-Mujtahid (le studieux) -. C'est ce dernier sens qu'on trouve dans un certain nombre de hadîths. Ainsi, le Messager (SAW) dit: «De cent degrés, l'homme savant dépasse en mérites l'homme studieux».(59)

Dans la biographie du Prophète (SAW), il est dit: «pendant les dix dernières nuits (du Ramadan), le Messager d'Allah (SAW) fournissait plus d'efforts (yajtahidu) plus qu'il ne faisait pendant les autres jours».(60)

Dans le sens de jurisprudence et de jurisconsulte, les deux mots Ijtihâd et mujtahid ne figurent ni dans le Sait Coran ni dans le noble hadîth du Prophète. L'appellation est venue plus tard, c'est à dire qu'elle est une terminologie musulmane (et non islamique).

Quand la terminologie est répandue en particulier dans une contrée musulmane telle cette expression: le jeûne de Zakaria(61), il ne convient pas de la qualifier de "musulmane" mais il faut spécifier son lieu d'origine ou l'usage courant en disant par exemple que l'expression signifie ceci à Bagdad ou au Caire sans pouvoir l'étendre ou la généraliser.

De même, quand la terminologie est spécifique à l'un des rites ou des groupes musulmans, il faudra en préciser l'origine en disant qu'il s'agit par exemple d'une expression Kharijite ou usitée dans l'Ecole des califes ou dans celle d'Ahlul-Bayt

Ainsi le mot 'Ashshârî signifie d'après les Kharijites seulement "Al-Mujâhid" celui qui fait du jihâd. Mais "Al-Mushrik" (le polythéiste) signifie tout musulman qui ne partage pas leur opinion et ne fait pas partie de leur rite.

"Arrâfidî" (le réfractaire) signifie, d'après l'Ecole des califes, tout adepte de l'Ecole d'Ahlul-Bayt (a. s).

"An-naçibî" (le rebelle) signifie, d'après cette dernière, celui qui prend les Imams d'Ahlul-Bayt en aversion.

Si l'on rencontre donc de telles appellations en dehors des Ecoles où elles sont nées, il ne faudra pas les charger des significations précédentes.

D- Le sens propre et le sens figuré:

Quand un mot est usité dans un sens déterminé de telle sorte que seul ce sens est donné au mot par la personne qui l'entend, tel le mot "lion" qui signifie l'animal féroce qu'on connaît ou "la prière" qui est pour tous les Musulmans l'ensemble des actes particuliers accomplis en conjugaison avec des invocations particulières.

Dans cas on dit que le mot "lion" est au sens propre dans la terminologie linguistique tandis que le mot "prière" est au sens propre dans la terminologie Sha'î (scientifique).

Quand le mot "lion" signifie dans une phrase "l'homme courageux", il est alors utilisé au sens figuré mais il est nécessaire alors de trouver dans la phrase ou dans le contexte un indice susceptible d'orienter l'esprit vers le sens figuré du terme. Ainsi dans cette phrase: "le lion parlait dans la mosquée", étant donné que le "lion" (le fauve) ne parle pas, l'on sait que c'est de l'homme courageux qu'il s'agit et non de l'animal féroce.



2- La compilation des recueils de langue arabe

Dans les 2è et 3è siècles de l'hégire, les linguistes qui procédaient à la compilation de la sémantique arabe notaient pour chacun des termes étudiés le sens et son évolution depuis l'époque antéislamique jusqu'au temps où ils vivaient.

Après les sémanticiens, les jurisconsultes musulmans déployèrent de louables efforts pour définir la terminologie juridique et en préciser les données, telles la prière, le jeûne, le pèlerinage et d'autres. Aussi ces termes sont-ils devenus clairement entendus par tous les Musulmans. Par contre comme les termes qui ne s'apparentaient pas à la langue juridique n'avaient pas bénéficié des mêmes efforts dans leur étude, certains d'entre eux sont encore méconnus des Musulmans qui, ne sachant pas en définir l'origine linguistique ou juridique, se trouvent, à cause de l'ambiguïté des sens, dans l'incapacité se saisir les concepts islamiques et de connaître les jugements y afférents. A titre d'exemple, on peut citer, à ce propos, les deux termes de compagnie et de Compagnons (du Prophète SAW).

















Le Premier Champ de Recherche

Les approches respectives

des

deux Ecoles





Quant aux termes de compagnie et de Compagnons:

1- La définition du "Compagnon" donnée par chacune des deux Ecoles

2- L'équité des Compagnons dans les deux Ecoles

A- La définition du ''Compagnon'' dans les deux Ecoles

1- Dans l'Ecole des califes

Ibn Hajar dit dans l'introduction de son Içâbah, chap. 1 (la définition du terme Compagnon): c'est celui qui rencontra le Prophète (SAW) en croyant en lui puis mourut en musulman. Cela englobe ainsi ceux dont la compagnie était de longue durée ou courte, qui avaient ou non rapporté ses hadiths, qui avaient ou non combattu avec lui, qui l'avaient simplement vu sans pouvoir l'aborder et ceux qui n'ont pu le voir à cause d'un empêchement quelconque comme la cécité.(62)

Le même auteur ajoute les précisions suivantes: Lors des conquêtes musulmanes seuls des Compagnons étaient chefs d'expéditions.

En l'an 10 (dix) de l'hégire, tout homme originaire de la Mecque ou de Tâ'if embrasse l'Islam et participe au pèlerinage de l'Adieu, effectué par le Prophète (SAW).

A la fin de l'apostolat du Prophète, tous les membres d'Al-Aws et d'Al-Khazraj (les deux tribus d'Al-Ançars) étaient devenus musulmans de telle sorte qu'à la mort du Prophète aucun d'eux ne manifestait d'incrédulité.(63)

Par ailleurs, dans notre livre (150 Compagnons inventés), le chercheur pourra voir les méfaits de cette indulgence sur les hadiths prophétiques.

2- La définition du "Compagnon" dans l'Ecole d'Ahlul-Bayt (a. s.)

Selon cette Ecole, le sens du Compagnon est celui qu'on trouve dans les dictionnaires de langue arabe: As-çâhib, plur : çahb, Açhâb, çihâb et çahâbah, celui qui vit avec, qui tient compagnie pour une durée assez importante.(64)

Comme toute compagnie implique l'existence de deux personnes au moins, il est évident que le terme compagnon doit être suivi du complément de nom comme cela est utilisé dans le Sait Coran: «Ô mes compagnons de prison!», «Les compagnons de Mûssâ (Moïse)» et dans la Sîrah et les hadîths: «compagnon du Prophète, les Compagnons (Açhâbu) du Messager d'Allah», «les Compagnons de l'allégeance prêtée sous l'Arbre», «les compagnons d'As-çuffah». Le qualificatif "compagnon" n'était pas, à l'époque du Prophète (SAW), utilisé comme nom comme il le sera plus tard chez les adeptes de l'Ecole des califes. Le terme compagnon devient alors porteur d'une terminologie propre venant s'ajouter à son sens primitif.

3- Leur critère quant à la détermination du "Compagnon".

Ibn Hajar rapporte la position des adeptes de l'Ecole des califes et donne dans son livre Al-Içâbah le critère choisi pour distinguer ce qui fut compagnon de ce qui ne le fut point:

«D'après les dires des imams (ulémas), le qualificatif par lequel on reconnaît le Compagnon du Prophète est celui rapporté par Ibn Abî Shaybah dans son Muçannaf, d'après une chaîne de récits valables, à savoir que lors des premières conquêtes (futûh), seul un Compagnon (du Prophète) était désigné pour être à la fête d'une expédition».(65)

Le récit dont il s'agit, qu'Ibn Hajar qualifie de valable, est celui rapporté par At-Tabarî et Ibn 'Assâkir à partir de Sayf, Abî 'Uthmân, Khâlid et 'Ubâdah. Le même At-Tabarî rapporte, à partir du même Sayf que le calife 'Umar ne désignait comme chefs (commandants, gouverneurs) que des Compagnons tant qu'il en trouvait(66), sinon, il nommait, à cet effet, des Tâbi'îne (disciples des Compagnons). Ceux qui ont connu la rébellion de l'apostolat (après la mort du Prophète) ne pouvaient accéder à ce genre de postes...(67)

Critique:

L'origine des deux récits précédents est Sayf accusé d'hérésie et d'invention de hadiths.(68)

Par ailleurs, Abû 'Uthmân cité par Sayf est une pure imagination de ce dernier. Il s'agit de Yazîd b. Ussayd Al-Ghassânî qui était une fabrication de Sayf.(69)

Quoi qu'il en soit, la réalité historique rapporte à ce sujet des informations contraires. Ainsi, dans Al- 'Aghânî, l'auteur rapporte ceci: «le nommé Mru'ul-Qays embrassa l'Islam devant 'Umar (le 2e calife) qui le nomma aux commandes avant qu'il ne fît une rak'ah - (une prière). Quand il accepta d'adopter l'Islam que 'Umar lui eut proposé, il lui donna l'autorité sur les Musulmans originaires de Qudâ'ah en Syrie. L'homme repartit alors avec l'étendard (du chef) qui flottait au-dessus de sa tête».(70)

De même, 'Alqamah b. 'Ilâthah al-Kalbî qui, après avoir renié l'Islam et regagné Bizance, revint à l'époque de 'Umar le calife, réembrassa l'Islam devant lui et se vit attribuer l'autorité sur la province de Hurân, une région de Damas (en Syrie).

C'est la réalité que nous enseigne l'histoire, mais les 'Ulémas de l'Ecole des califes s'appuyèrent sur des récits tels que ceux rapportés par Sayf et consorts (étudiés dans notre livre: 150 compagnons inventés) et en puisèrent leur critère relatif à la reconnaissance des compagnons.

B- L'équité des Compagnons dans les deux Ecoles

1- Selon l'Ecole des califes, tous:

Les Compagnons du Prophète sont justes et équitables. Cet a priori lui permet de puiser ses convictions auprès des Compagnons considérés tous comme des références valables.

Ibn Abî Hâtim Ar-Râzî (imam "sunnite": de la critique des rapporteurs) dit dans l'introduction de son livre(71): «quant aux Compagnons du Prophète (SAW), ce sont eux qui ont été témoins de la Révélation, qui ont pris connaissance de son interprétation et qu'Allah avait choisis pour la compagnie de Son Prophète, pour son soutien pour l'établissement de Sa religion et la manifestation de Sa Vérité. Il les a agréés comme compagnons de Son Prophète et érigés pour nous comme exemples à suivre...

Allah - glorifié soit-iL - nous appelle à nous en tenir à leur guidance et à leur emboîter le pas :

«Quiconque se sépare du Messager... quiconque suit un autre chemin que celui des croyants sera chargé par Nous de ce dont il se sera chargé ...». (V. 115/IV)(72)

On rapporte, à ce propos, qu'Abû Zar'ah dit: «Si tu entends qn diminuer un Compagnon du Prophète (SAW), sache alors qu'il s'agit d'un zindîq (un hérétique). La raison en est que la prophétie est vraie, que le Coran est vrai, que le Message qui vous est parvenu est vrai et que c'étaient les Compagnons qui l'ont transmis. Attaquer nos témoins c'est vouloir annuler le livre et la Sunnah. La critique ne concerne en fait que ces hérétiques là».(73)

2- L'opposition de l'Ecole d'Ahlul-Bayt (a. s.) au sujet de l'équité des Compagnons.

A l'instar du Sait Coran, cette Ecole considère que parmi les Compagnons il y eut des croyants qu'Allah a loués, disant à propos de l'allégeance sous l'Arbre:

«Allah a très certainement agréé les croyants quand ils t'ont prêté serment d'allégeance sous l'Arbre (de Hudaybiyyah). Il a su ce qu'il y avait dans leur cur et a fait descendre sur eux la quiétude et les a gratifiés par une victoire proche». (V. 18/XLVIII)

La louange est donc spécifiée et ne concerne que les croyants qui ont assisté à ce serment, à l'exclusion des hypocrites qui y étaient présents comme Abdullah b.'Ubay et Aws b. Qaydhâ.(74)

Parmi ceux-ci, certains osèrent même calomnie la maison même du Messager d'Allah (SAW) et son foyer conjugal, qu'Allah nous protège de ce genre de propos.(75)

Concernant d'autres, Allah dit:

«Quand ils entrevoient quelque commerce ou quelque divertissement, ils s'y dispersent et te laissent debout». (V. 11/LXII)

Cela s'est passé quand le Messager (SAW) était dans la mosquée en plein serment du vendredi.

D'autres ont essayé de tuer le Messager d'Allah (SAW) au niveau de 'Aqabah à son retour de la bataille de Tabûk (76)ou du pèlerinage d'adieu.(77)

Avoir bénéficié de la compagnie du Prophète (SAW) n'est certainement pas plus considérable que la prérogative d'être son épouse. Le mariage avec lui constituait certes, le plus haut degré de la compagnie. Or, Allah - exalté soit-IL - dit, au sujet des épouses du Prophète (SAW):

«Ô femmes du Prophète! Celle, d'entre vous, qui commettra une turpitude prouvée le châtiment lui sera doublé par deux fois! Et ceci est facile pour Allah. Et celle d'entre vous qui entièrement soumise à Allah, à Son Messager et qui fait le bien, Nous lui accorderons deux fois sa récompense et Nous avons préparé pour elle une généreuse attribution. Ô! femmes du Prophète vous n'êtes comparables à aucune autre femme». (Vs. 30-32/XXXIII)

Allah dit, en ce qui concerne deux d'entre elles:

«Si vous vous repentez à Allah, c'est que vos curs ont fléchi. Mais si vous vous soutenez l'une l'autre contre le Prophète, alors ses alliés seront Allah, Gabriel et les Vertueux d'entre les croyants et les anges sont par surcroît son soutien ... jusqu'à: Allah à cité, en parabole pour ceux qui ont mécru, la femme de Nûh (Noé) et la femme de Lot. Elles étaient sous l'autorité de deux vertueux de Nos serviteurs. Toutes deux les trahirent et ils ne furent, vis à vis d'Allah, d'aucune aide pour elles (ces deux femmes). Et il fut dit: Entrez au feu, toutes les deux avec ceux qui y entrent ...» (Sourate At-Tahrîm tout entière LXVI)

Parlant du Jour de la Résurrection, le Messager d'Allah (SAW) dit: «On amènera des hommes de ma Communauté, qui seront conduits à gauche. Je dirai alors: ô mon Seigneur! ce sont mes Compagnons! IL me dira: tu ne sais pas ce qu'ils ont fait après toi! Je dirai ce qu'a dit le serviteur vertueux: «et je fus témoin à leur encontre aussi longtemps que je fus parmi eux. Puis quand tu m'as rappelé, c'est Toi Qui fus Surveillant à leur endroit ...» (V. V117/V); IL me dira: «ceux-là sont retournés à leur ancien état depuis que tu les as quittés».(78)

Dans un autre récit: «Certains de mes compagnons seront refoulés du Bassin; je les reconnais et dis: ce sont mes compagnons! IL répondit: tu ne sais pas ce qu'ils ont commis après toi».(79)

3- Critère pour la distinction du croyant de l'hypocrite

Les hypocrites parmi les Compagnons n'étaient connus que par Allah. Néanmoins, pour en informer Son Prophète, IL en donna des indices, notamment le récit selon lequel «'Ali ne sera aimé que par le croyant et ne sera détesté que par l'hypocrite», rapporté par 'Ali lui-même (a. s), Ummu Salamah (mère des croyants), Abdallah b. Abbâs, Abû Dhar al-Ghifârî, Anas b. Malik et 'Imrân b. Huçayn. Ce récit était répandu et célèbre à l'époque du Prophète (SAW).

En effet, Abû Dhar dit: «Nous ne reconnaissions les hypocrites que parce qu'il leur arrivait de nier la parole d'Allah et celle de Son Prophète, de s'absenter des prières et de détester 'Ali b. Abî Tâlib».(80)

Abû Sa'îd al-Khudrî dit aussi: «Nous reconnaissions les hypocrites - nous al-Ançars - à l'animosité qu'ils avaient à l'égard de 'Ali b. Abî Tâlib».(81)

A son tour, Abdallah b. Abbâs dit: «À l'époque du Prophète (SAW), nous reconnaissions les hypocrites à la haine qu'ils manifestaient à l'égard de 'Ali b. Abî Tâlib».(82)

Jâbir b. 'Abdallah al-Ançârî rapporte un récit similaire.(83)

A cause de tout ceci et de cet autre récit dit en faveur de l'Imam 'Ali (a. s): «Ô Seigneur! Sois l'Allié de ceux qui le soutiennent et l'ennemi de ses ennemis»*23, les partisans de l'Ecole d'Ahlul-Bayt, se gardent bien de chercher les repères de leur religion auprès d'un Compagnon qui détestait 'Ali et ne l'aimait point de peur que ce Compagnon ne fît partie des hypocrites que seul Allah connaît.











2e Champ de Recherche:

Les Approches respectives de la Question de l'Imamat, par les deux Ecoles (celle des caifes et celle d'Ahlul-Bayt (a. s.)



En quatre chapitres:

Chap. 1: L'avènement du califat musulman - la réalité historique

Chap. 2: Approches de l'Imamat dans l'Ecole des califes.

Chap. 3: Approches de l'Imamat dans l'Ecole d'Ahlul-Bayt (a. s.)

Chap. 4: Récapitulatif.







Chapitre 1

L'Avènement du caifat musulman

La Réalité historique

La discorde au sujet de la détention (légitime) du pouvoir en Islam commença avec la mort du Prophète (SAW). Celui-ci venait d'accorder la bannière d'une expédition militaire pour le Shâm, à son mawlâ' Ussâmah b. Zayd dont le père y fut tué par les romains. Le jeune chef fut donc nommé à la tête d'une armée qui comportait d'éminents Muhâjirîne (Immigrés) et Ançars (Alliés de Médine), dont Abû Bakr, 'Umar b. al-Khattâb, Abû 'Ubaydah, Sa'd b. Abî Waqqâs, Sa'îd b. Zayd ... Cette armée stationna alors au Jarf, une banlieue de Médine. D'aucuns se demandaient comment le commandement sur al- Muhâjirîne et al-Ançars fut assigné à un jeune homme (de vingt ans). Cette parole provoqua une grande colère chez le Prophète (SAW) qui, la tête bandée et le corps couvert d'une étoffe, dut s'adresser aux gens et dire: «Quelle est cette parole qui m'est parvenue de certains d'entre vous au sujet du commandement accordé à 'Ussâmah? Comme vous avez auparavant critiqué l'assignation de son père à la tête de l'expédition, alors qu'il en était digne, vous faites de même pour le fils qui mérite, je vous l'assure, d'être nommé à ce poste».

Après, ceux qui étaient là parmi les effectifs de l'expédition susmentionnée, venaient dire au revoir au Prophète avant d'aller rejoindre le corps de l'armée. Tout en étant de plus en plus souffrant, le Prophète (SAW) ordonnait d'expédier le détachement d'Ussâmah. Le dimanche, la maladie du Prophète (SAW) devint plus forte. Lundi, quand Ussâmah ordonna néanmoins à l'armée de se préparer au voyage, l'information vint de Médine que le Messager d'Allah (SAW) était mourant. Ussâmah, 'Umar et Abû 'Ubaydah revinrent alors à Médine.(84)

L'ordre d'écrire le testament du Messager d'Allah (SAW)

Selon le récit d'Ibn 'Abbâs: «Quand le Prophète (SAW) allait mourir et qu'il y avait dans la même pièce que lui des hommes dont 'Umar b. al-Khattab, il (le Prophète) dit: «Qu'on m'apporte (un feuillet) pour vous écrire ce qui vous préservera de l'égarement». 'Umar, alors, répliqua: «Le Prophète souffre beaucoup et vous avez le Livre d'Allah. Le Livre d'Allah nous suffit».

»Comme ceux qui étaient présents n'arrivaient pas à s'entendre et se partagèrent entre l'opinion de 'Umar et l'ordre du Prophète, celui-ci, devant leur discussion de plus en plus hurlante et confuse, leur dit: «Sortez et laissez moi car la discorde ne peut être de mise auprès de moi».(85)

Après cet incident, Ibn 'Abbâs ne cessait de dire: «La calamité, toute la calamité, réside dans ce fait d'empêcher le Messager d'Allah, par leur discorde en sa présence, de leur remettre cet écrit».(86)

L'attitude du calife 'Umar face à la mort du Prophète

Le Prophète (SAW) mourut un lundi à midi. Abû Bakr n'y était pas. Il était à Sinh. 'Umar qui était là demanda l'autorisation de le voir. Il entra alors en compagnie d'Al-Mughîrah b. Shu'bah, découvrit le visage du Prophète (SAW) et s'écria: «Quel évanouissement le Messager d'Allah a subi!». Al- Mughîrah répliqua: «Je jure par Allah que Son Messager est mort». 'Umar lui rétorqua: «Tu mens. Il n'est pas mort. Tu n'es qu'un homme soumis à une tentation! Le Messager d'Allah ne mourra qu'après l'extinction des hypocrites».(87)

'Umar continuait à dire: «Des hommes parmi les hypocrites prétendent que le Messager d'Allah est mort. Or il n'en est rien. Il s'est simplement rendu auprès de Son Seigneur comme l'avait fait Mûssâ (Moïse) avant lui pendant quarante nuits. Je jure par Allah que Son Messager reviendra et coupera des mains et des pieds de ceux qui prétendent qu'il est mort».(88) «Avec mon épée, j'abattrai quiconque prétend que le Prophète est mort. Il est simplement monté au ciel».(89)

On lui récita alors ce verset: «Muhammad n'est qu'un Messager; des Messagers ont vécu avant lui. Retournerez-vous sur vos pas, s'il mourait ou s'il était tué?» (V. 144/III)(90)

Al-'Abbâs b. Abdul-Muttalib (l'oncle du Prophète) dit alors: «Le Messager d'Allah est certes mort. J'ai vu sur son visage ce que j'ai toujours vu à leur agonie sur les visages des fils de 'Abdel-Muttalib. A sa mort, le Prophète a-t-il testé devant quelqu'un parmi vous, dites, que l'on sache!» Ils répondent, non. Il conclut alors: «Soyez en témoins».(91)

Pourtant, 'Umar continuait à parler, à écumer jusqu'à ce qu'Abû Bakr revînt de Sinh et lût: «Muhammad n'est qu'un Messager...», le verset précédent 'Umar demanda alors : «Ce verset figure-t-il dans le Livre d'Allah?». Oui, répondit Abû Bakr. 'Umar se tut alors.(92)

La "Saqîfah" et le serment d'allégeance prêté à Abû Bakr

A ce sujet, At-Tabarî(93) rapporte ceci: «Les Ançars se réunissent au préau de Banî Sâ'idah (la Saqîfah) alors que la famille du Prophète (SAW) s'occupait de sa dépouille mortelle. Ils dirent: «Après Muhammad (SAW), nous chargeons Sa'd b. 'Ubâdah du pouvoir (politique)». On le leur amena malade .... Quand il prit la parole et après avoir loué Allah, il rappela la primauté d'al-Ançar dans le domaine religieux, leur mérite en Islam, la puissance qu'ils avaient donnée au Prophète et à ses Compagnons, et leur jihâd contre les ennemis, un jihâd qui a duré jusqu'à ce que les Arabes allassent droit. Le Prophète est resté, jusqu'à sa mort, satisfait d'eux. «Accaparez donc ce pouvoir ...», ordonna-t-il.

Tous répondirent: «Tu as bien vu et bien dit; nous pensons comme toi et nous t'en investissons». Par après, les Ançars ont discuté et dit: «Si les immigrés Quraychites protestaient en disant: ce sont nous les Muhâjirîne, les premiers Compagnons du Prophète, sa tribu et ses alliés; pourquoi alors nous disputez-vous son pouvoir (après lui)? Nous rétorquerions alors, répondit une fraction d'entre eux, "un prince de nous et un prince de vous!"». Sa'd b. 'Ubaydah répliqua alors: «Ce que vous venez de dire est le début de votre faiblesse».(94)

Abû Bakr et 'Umar eurent écho de cette réunion et se hâtèrent d'y aller en compagnie d'Abî 'Ubaydah b. al-Jarrâh, 'Ussayd b. Hudayr, 'Uwaym b. Sâ'idah et 'Âçim b. Adiy des Banî 'Ajlân.(95)

Une fois arrivé, Abû Bakr empêcha 'Umar de parler, prit la parole et, après avoir loué Allah, rappela aux assistants la primauté d'al-Muhâjirîne sur tous les Arabes quant à la foi qu'ils avaient eue en le Prophète (SAW): «Ils (al-Muhâjirîne) sont les premiers à avoir adoré Allah sur terre, cru en Son Messager dont ils sont les alliés et le clan. Ce sont eux qui ont le plus droit à ce pouvoir; ne le leur disputera qu'un homme injuste». Abû Bakr ajouta aussi: «Après les premiers Muhâjirîne, personne n'a votre rang. Nous sommes donc les princes et vous les ministres». Al-Hubâb b. al-Mundhir se tint alors debout et dit: «Ô les Ançars, prenez vos affaires en mains et sachez que les gens sont chez vous, sous votre ombre. Personne ne pourra vous contrarier mais si vous vous opposiez votre position se gâterait et votre situation serait intenable. Si ces gens persistent... un prince sera de nous et un prince sera d'eux».

'Umar répliqua: «Loin de là! Deux (épées) ne sauraient tenir en un seul étui ... Par Allah, les Arabes n'accepteront pas de vous investir alors que leur Prophète vient d'un autre clan que le vôtre. Par contre, ils n'hésiteront pas à le faire au profit de ceux dont la prophétie émana. Sur nos adversaires nous avons l'argument manifeste et la probation évidente. Qui osera nous disputer le pouvoir de Muhammad et Sa place alors que nous sommes ses alliés et son clan, à moins qu'il s'agisse d'un homme parlant faux ou se précipitant dans le péché ou s'engouffrant dans une calamité».(96)

Al-Hubâb b. al-Mundhir reprit la parole et dit: « Ô les Ançars, gardez vos mains et n'écoutez pas ce que disent cet homme et ses compagnons, sinon votre part en cette affaire sera usurpée. S'ils refusent ce que vous leur proposez, chassez-les de ce pays et emparez-vous de ces questions car, par Allah, vous en êtes plus dignes qu'eux. C'était avec vos épées que tout rebelle à cette religion s'y était finalement soumis. Sachez que je suis un as en cette affaire! Si, par Allah, vous le voulez bien, on l'attisera de plus belle!»

'Umar répliqua: «Allah te tuerait alors!»

Al-Hubâb répondit: «C'est toi qu'IL tuera!»

Abû Ubaydah prit la parole et dit: «Ô les Ançars! Vous étiez les premiers à soutenir et à aider; ne soyez pas alors les premiers à changer et à altérer!»

Bachîr b. Sa'd al-Khazrajî, Abûn-Nu'mân b. Bachîr se tint alors debout et dit: «Ô les Ançars! Certes, par Allah, nous avons eu le mérite de combattre les polythéistes, notre primauté en cette religion est évidente mais notre but était l'agrément d'Allah, l'obéissance à notre prophète et servir notre propre intérêt. Il ne convient pas donc d'en user pour avoir le dessus sur les gens ou avoir quelque profit de ce bas-monde. A nous ce qu'Allah nous accorde de biens. Muhammad (SAW) est originaire de Quraych; les siens sont donc les ayants droits. Je jure par Allah qu'il ne me verra jamais leur disputer ce droit. Craignez donc Allah et ne vous opposez pas à eux!»

Abû Bakr dit alors: «Voici 'Umar, voici Abû 'Ubaydah, prêtez allégeance à l'un de ces deux hommes!»

Ceux-ci dirent alors: «Par Allah, nous ne prendrons jamais le pas sur toi ...»

A son tour, 'Abdur-Rahman b. 'Awf se tint debout et dit: «Ô les Ançars! Bien que vous soyez méritants, il n'y a pas parmi vous des hommes tels qu'Abû Bakr, 'Umar et 'Ali».

Al-Mundhir b. al-Arqam répliqua alors: «On ne nie pas le mérite de ceux que tu as cités puisque l'un d'eux aurait l'unanimité pour lui s'il venait à se proposer-il», fit allusion à 'Ali b. Abî Tâlib.(97) Les Ançars ou certains parmi eux disent alors: «Nous ne prêtons allégeance qu'à 'Ali».

Quand l'assemblée devint houleuse et que les voix s'élevaient, je craignis, raconta 'Umar, la discorde et déclarai (à l'intention d'Abî Bakr): «Tends la main que je te prête serment d'allégeance!» A ce moment là Bachîr b. Sa'd les devança et prêta allégeance à Abî Bakr. Al-Hubâb b. al-Mundhir interpella alors: «Ô! Bachîr b. Sa'd, tu as trahi, as-tu envié ton cousin au sujet du poste suprême?» L'autre répondit: «Non, par Allah mais je n'ai pas voulu disputer aux gens le droit qu'Allah leur a accordé».

Quand Al-Aws (l'une des deux tranches d'al- Ançars, l'autre étant al-Khazraj) réalisèrent ce que fit Bachîr b. Sa'd, les revendications de Quraych et l'ambition d'al-Khazraj à l'investiture de Sa'd b. 'Ubâdah, ils se disent ­ parmi-eux il y avait 'Ussayd b. Hudayr l'un des chefs délégués - : «Par Allah! si al- Khazraj ont une fois le dessus sur vous, ils prendront pour toujours le pas sur vous et ils ne vous concéderont jamais rien! Allez donc prêter serment d'allégeance à Abû Bakr!».

Ils se levèrent alors et prêtèrent serment d'allégeance. Les gens vinrent ensuite, de toute part, pour faire de même. Le projet de Sa'd b. 'Ubâdah et d'al-Khazraj avorta enfin et Sa'd faillit être piétiné. Des gens de son camp demandèrent: «Faites attention à Sa'd, ne le piétinez pas!»

'Umar rétorqua: «tuez le, qu'Allah le tue!»

Ensuite 'Umar se tint debout près de sa tête et lui dit: «J'allais te piétiner tout à l'heure jusqu'à te faire crever!».

Qays b. Sa'd, (le fils du prétendant malade) saisit alors la barbe de 'Umar et lui dit: «Par Allah, si tu avais fait tomber un cheveu de sa tête, tu ne serais pas revenu chez toi avec une dent, dans ta bouche!»

Abû Bakr intervint en disant: «Vas-y doucement ô 'Umar! Ici la douceur est la plus efficace!».(98)

Sa'd reprit à l'adresse de 'Umar et lui dit: «Par Allah, si j'avais encore mes forces, si je pouvais me lever, tu entendrais à travers ses régions (de Médine) et ses rues le rugissement qui vous ferait entrer dans votre trou, toi et tes compagnons! Tu aurais alors rejoint les tiens, là où tu n'étais pas suivi mais subalterne; emmenez-moi d'ici ...».(99)

Al-Jawharî (Abû Bakr) rapporte dans son livre As-Saqîfah, que 'Umar s'était au moment de l'allégeance prêtée à Abû Bakr, retroussé et accourait devant Abî Bakr en répétant: «Les gens ont effectivement prêté serment d'allégeance à Abû Bakr ...!»(100)

Ce dernier fut alors conduit à la Mosquée pour que l'allégeance y continuât. Al-'Abbâs et 'Ali qui n'avaient pas encore achevé le lavage rituel du Prophète (SAW) entendirent le Takbîr (la glorification d'Allah) dans la Mosquée. 'Ali demanda: «Qu'est-ce que c'est?» Al-Abbâs répondit: «C'est du jamais vu! Ne t'avais-je pas dit ...?»(101)

L'annonciateur

Al-Barâ'b b. 'Âzib frappa à la porte de Banî Hâchim et leur annonça la nouvelle de l'allégeance prêtée à Abî Bakr. Certains d'entre eux dirent: «Les Musulmans n'auraient pas dû entreprendre quoi que ce soit en notre absence puisque nous sommes les plus dignes de Muhammad (SAW)». Al-'Abbâs dit aussi: «Par le seigneur de la Ka'bah! Ils l'ont fait»

C'est que les Muhâjirîne et al-Ançars, dans leur majorité, ne doutaient pas que le pouvoir suprême après le Messager d'Allah, allât être dévolu à 'Ali.(102)

At-Tabarî rapporte aussi à ce sujet que la tribu "Aslam" entra en grand nombre à Médine, au moment de la réunion d'As-Saqîfah, et prêta serment d'allégeance à Abû Bakr. Content, 'Umar dit alors: «Quand j'ai vu "Aslam" surgir, j'ai cru, à coup sûr, en la victoire».(103)

Quand l'allégeance fut prêtée à Abû Bakr, les gens le conduisaient (tel un homme en cortège nuptial) à la Mosquée du Messager d'Allah (SAW). Abû Bakr monta alors sur la chaire du Prophète (SAW) et reçut l'allégeance des gens jusqu'au soir; c'est-à-dire que cela leur a fait oublier l'inhumation de la dépouille du Prophète (jusqu'au soir du mardi).(104)

L'allégeance générale

Le lendemain, Abû Bakr s'assit sur la chaire. 'Umar prit alors la parole avant Abû Bakr, loua Allah, reconnut que ses paroles de la veille n'étaient ni du Coran ni du Prophète qui leur légua le Livre d'Allah, qui les guiderait s'ils s'y accrochaient et ajouta enfin qu'Allah les a réunis autour du meilleur d'entre eux, le Compagnon du Messager d'Allah «tous deux dans la grotte» (V. 40/IX): «Levez-vous donc, continua 'Umar, et prêtez-lui serment d'allégeance!». Ce fut alors l'allégeance générale après celle (restreinte) de la Saqîfah (le préau). Comme le précisa Al-Bukhârî dans son Sahîh (Tom. 4, p. 165). L'initiative de 'Umar qui incita Abû Bakr à monter sur la chaire du Prophète est rapportée par Anas b. Mâlik.

Ensuite Abû Bakr donna son discours. Après les louanges adressées à Allah, il dit: «On m'a chargé d'exercer le pouvoir sur vous sans être meilleur que vous. Si j'agis bien aidez-moi, sinon corrigez moi ... Obéissez-moi tant que j'obéis à Allah et à Son Messager. Si je désobéis à Allah et à Son Messager je perdrai tout droit à votre obéissance. Levez-vous pour accomplir votre prière, qu'Allah vous accorde Sa Miséricorde».(105)



Après l'allégeance générale

Selon Ibn Sa'd, le Messager d'Allah mourut un lundi juste après midi mais les gens s'étaient occupés à autre chose que son inhumation(106) et ce, jusqu'à mardi soir.(107) Ces occupations étaient d'abord les discours de la Saqîfah puis la première allégeance prêtée à Abû Bakr et celle de la Mosquée, accompagnée de son discours et celui de 'Umar. Après tout cela, les gens se sont intéressés aux opérations funèbres relatives à la dépouille du Prophète (SAW). Les gens sont entrés alors par groupes pour faire sur lui, sans imam, la prière rituelle (qui procède l'enterrement).

L'inhumation du Messager d'Allah (SAW) - ceux qui y étaient présents

Al-'Abbâs, 'Ali, Al-Fadl et Sâlih, son serviteur, qui s'étaient chargés de son lavage, le portèrent. Sur la quatrième personne, les récits divergent, était-ce Sâlih, Shaqrân ou Ussâmah b. Zayd?(108)

Selon une version rapportée dans Kanz al-'Ummâl, Abû Bakr et 'Umar n'assistèrent pas à l'enterrement du Prophète (SAW).(109)

Aïsha rapporte ceci: «On n'a appris l'inhumation du Messager qu'après avoir entendu la nuit le crissement des pelles. C'était la veille de mercredi».(110)

Selon Ibn Sa'd, seuls les proches du Prophète (SAW) s'étaient chargés de son inhumation. Banu Ghanm entendirent chez eux le crissement des pelles.(111)

Après l'inhumation du Messager (SAW)

Sa'd b. 'Ubâdah et ses partisans avaient donc échoué. 'Ali et son groupe sont devenus une minorité. Ils se chamaillaient avec le parti victorieux d'Abû Bakr. Les uns et les autres uvraient pour s'attirer la sympathie des Ançars.

Az-Zubayr b. Bakkâr rapporte dans Al-Muwaffaqiyât qu'après l'investiture d'Abû Bakr, beaucoup d'ançarites regrettèrent de lui avoir prêté allégeance, s'en blâmaient, évoquèrent 'Ali b. Abî Tâlib et l'acclamèrent.(112)

Al-Ya'qûbî rapporte que des Muhâjirîne et des Ançars refusèrent, toutefois, de prêter allégeance à Abû Bakr et penchaient pour 'Ali b. Abî Tâlib. Parmi eux, il y eut Al-'Abbâs b. 'Abdel-Muttalib, Al-Fadl b. 'Abbâs, Az-Zubayr b. al-'Awwâm, Khâlid b. Sa'îd, Al-Miqdâd b. 'Amru, Salmâm al-Fârissî, Abû Dhar al- Ghifârî, 'Ammâr b. Yâssir, Al-Bara' b. 'Azib, 'Ubay b. Ka'b ...

Abû Bakr fit venir alors 'Umar, Abu 'Ubaydah b. al- Jarrah et Al-Mughîrah b. Shu'bah et les consulta: «Que faire?»

Al-Jawhari rapporte qu'Al-Mughîrah b. Shu'bah conseille à Abû Bakr d'aller voir Al-'Abbâs b. Abdel-Muttalib, et de lui concéder une part du pouvoir, qu'il léguerait à sa postérité. «Ainsi, ajouta Al-Mughîrah, vous isolerez 'Ali b. Abî Tâlib et votre argument sera très fort vis à vis de 'Ali».

La nuit, Abû Bakr, 'Umar, Abû 'Ubaydah, Al- Mughîrah sont allés voir Al-'Abbâs qui, après avoir compris leur proposition, les récusa.

Le retranchement dans la maison de Fatima (a. s.)

'Umar b. al-Khattâb dit: «Après la mort du Prophète, 'Ali, Az-Zubayr et ceux qui étaient avec eux se sont retranchés dans la maison de Fatima».(113)

Les historiens citent les noms de ceux qui étaient avec 'Ali et Az-Zubayr:

1- Al-'Abbâs b. 'Abdel-Muttalib

2- Utabah b. Abî Lahab

3- Salmân al-Fârissî

4- Abû Dhar al-Ghifârî

5- 'Ammâr B. Yâssir

6- Al-Miqdâd b. al-Aswad

7- Al-Barâ' b. 'Azib

8- 'Ubay b. Ka'b

9- Sa'd b. Abî Waqqâs

10- Talha b. 'Ubaydillah

et des groupes de Hashimites, d'al-Muhâjirîne et d'al-Ançars.(114)

Ce retranchement est rapporté d'une façon régulière et inaltérée par un grand nombre de narrateurs dans les livres de la Sîrah, de l'histoire, des hadîths, de la littérature de la théologie, des biographies ... mais, ayant mal apprécié ce qui s'était passé entre les retranchés et le parti vainqueur, ces auteurs clarifièrent rarement les événements en question.

Al-Balâdhurî par exemple, rapporte que lorsque 'Ali (a. s.) s'est abstenu de l'allégeance en faveur d'Abû Bakr, celui-ci envoya 'Umar b. al-Khattâb avec l'ordre de le lui amener avec rigueur et sévérité. Une fois arrivé chez 'Ali, celui-ci dit à 'Umar après une vive discussion: «Tu procèdes à une traite dont tu auras la moitié. Par Allah! tu n'insistes aujourd'hui pour consolider son investiture que pour qu'il te la lègue demain!»(115)

Au cours de la maladie qui précéda sa mort, Abû Bakr dit: «Je ne regrette dans cette vie d'ici-bas que trois actes que je n'aurais pas dû commettre. D'abord j'aurais aimé ne pas avoir découvert la maison de Fatima même s'ils s'y étaient retranchés avec l'intention de déclarer la guerre».(116)

Quant à la manière dont on avait procédé pour découvrir la maison de Fatima et contrecarrer les hommes qui s'y étaient retranchés, des historiens rapportent que certains Muhâjirîne n'étaient pas contents de l'allégeance prêtée à Abû Bakr. Parmi eux 'Ali et Az-Zubayr qui se retranchèrent avec des armes dans la maison de Fatima.(117)

Dans une autre version, ils s'y étaient réunis pour prêter allégeance à 'Ali(118). Abû Bakr leur envoya 'Umar b. al-Khattâb pour les en sortir bon gré mal gré. 'Umar y alla avec une torche de feu allumé pour incendier la maison (en cas de besoin).

Fatima lui demanda: «Viens-tu, ô 'Umar pour brûler notre maison?». «Oui, répondit-il, à moins que vous entriez dans le giron de la Communauté».(119)

Selon Al-Ya'qûbî, «Ils y sont allés ('Umar et son groupe), investirent la maison, après que l'épée de 'Ali eut été cassée» (Al-Ya'qûbî, 2/126). Selon At-Tabarî c'était Zubayr qui sortit de la maison, l'épée brandie, tituba et perdit l'épée que les envahisseurs finirent par récupérer.(120)

Al-Jawharî (Abû Bakr) rapporte que: 'Ali répétait: «Je suis le serviteur d'Allah et le frère du Messager d'Allah», tout au long du chemin jusque devant Abû Bakr. Quand on lui ordonna de prêter allégeance, il dit: «C'est moi qui suis l'ayant droit. Je ne vous prêterai pas d'allégeance. C'est vous qui devez le faire pour moi. Vous avez évincé les Ançars en avançant que vous êtes les proches du Messager d'Allah. Si vous êtes justes, comme les Ançars ont reconnu le bien fondé de votre argumentation, faites de même en reconnaissant que je suis plus proche de lui que vous. Craignez Allah, soyez équitables sinon-vous le savez bien, l'injustice sera votre lot».

'Umar dit alors: «Tu ne partiras qu'après avoir prêté allégeance!». 'Ali répondit: «Procède, ô! 'Umar à une traite dont tu auras la moitié; consolide aujourd'hui son pouvoir pour qu'il te le lègue demain. Non, par Allah, je n'accepte pas ton propos et ne le suis point». Abû Bakr dit alors: «si tu ne prête pas allégeance je ne t'y forcerai pas». Abu 'Ubaydah intervient alors et dit: «Ô Abûl-Hassan ('Ali)! Tu es encore jeune et tu n'as pas encore l'expérience et le savoir-faire des anciens de Quraysh ton peuple. A mon avis, Abû Bakr est plus à même que toi d'assumer cette affaire, concède la lui et sois en content car si tu vis longtemps, tu es certes digne, intègre, méritant par ton lien de parenté, ton passé glorieux et ton jihâd».

'Ali répliqua et dit: «Ô les Muhâjirîne! Allah! Allah! Ne sortez pas le pouvoir de Muhammad de sa maison pour l'installer dans les vôtres. N'évincez pas sa famille de son rang dans la Communauté. Je jure par Allah, ô les Muhâjirîne, que nous les Ahlul-Bayt sommes les ayants droits bien avant vous. N'était-ce pas parmi nous qu'il y avait le liseur du Livre d'Allah? Le docte dans la religion d'Allah? L'érudit de la sunnah? L'apte à gérer les affaires publiques? Par Allah! C'est chez nous qu'il réside; ne succombez donc pas à vos passions, sinon vous vous éloignerez encore plus du droit et de la justice!».

Bachîr b. Sa'd lui dit alors: «Ô 'Ali! Si les Ançars avaient entendu ton propos avant de prêter allégeance à Abû Bakr, ils n'auraient pas hésité à te soutenir mais, c'est trop tard (cela est fait)». 'Ali est reparti chez lui sans avoir prêté allégeance (Al-Jawharî selon An-Nahj, 2/3-5).

Ce dernier rapporte aussi qu'après avoir réalisé ce qui était arrivé à 'Ali et à Zubayr, Fâtimah (a. s) s'est tenue au seuil de sa maison et dit: «Ô Abû Bakr! Pour envahir la famille du Messager d'Allah vous êtes allés vite en besogne. Par Allah, je n'adresserai jamais la parole à 'Umar, jusqu'à ce que je rencontre Allah».(121)

Dans une autre version: Fatima est sortie de chez elle, en pleurs. Elle criait et les gens s'en abstenaient.(122)

Al-Ya'qûbî, (relatant les événements de la maison) rapporte qu'elle (Fatima) devança les intrus au seuil de sa porte et dit: «Par Allah! Ou bien vous sortirez ou bien je découvrirai mes cheveux et crierai à Allah». Tout le monde sortit alors de la maison.(123)

Al-Mas'ûdî rapporte ceci: quand Abû Bakr a bénéficié de l'allégeance des gens à la Saqîfah et qu'on la lui a renouvelée le mardi, 'Ali alla à sa rencontre et lui dit: «Tu as gâché l'état des choses; tu n'as pas consulté et tu n'as eu aucune considération à notre égard!». «Si, répondit Abû Bakr, mais j'ai craint la fitnah (la tentation, la sédition)».(124)

Al-Ya'qûbî rapporte aussi qu'un groupe (de musulmans) proposa à 'Ali de lui prêter serment d'allégeance. Ce dernier leur dit alors: «Rendez-vous tôt chez moi les têtes rasées». Le lendemain matin, seules trois personnes s'étaient rendues chez lui.(125)

Par après, 'Ali porta Fatima sur un âne, se rendit de nuit avec elle chez les Ançars pour leur demander de le soutenir. Fatima leur demandait la même chose. Tous disaient: «Ô fille du Messager d'Allah! Notre allégeance a été prêtée à cet homme! Si ton cousin avait précédé Abû Bakr chez nous, nous ne l'aurions pas laissé pour un autre». 'Ali leur rétorqua alors: «Est-ce-que j'aurais pu laisser la dépouille mortelle du Messager d'Allah (SAW) chez lui, sans procéder aux opérations funèbres nécessaires! Aurais-je dû sortir à ce moment là disputer aux gens le devenir de son pouvoir?». A son tour, Fatima dit: «Adûl-Hassan ('Ali) n'a fait que ce qu'il devait faire. Quant à eux, ils ont fait ce dont ils sont responsables devant Allah».(126)

Mu'ammar rapporte à partir d'Az-Zuhrî citant Aïsha, la mère des croyants, le récit relatant ce qui s'est passé entre Fatima et Abû Bakr au sujet de l'héritage légué par le Prophète (SAW): «Fatima a donc rompu avec lui (Abû Bakr) et, jusqu'à sa mort, ne lui adressa point la parole. Elle a vécu six mois après la mort du Prophète (SAW). Son époux l'a enterrée, a prié sur elle sans prévenir Abû Bakr. De son vivant, 'Ali jouissait parmi les gens de certains égards. Après mort, ils l'ont ignoré et délaissé. Un homme demanda à Az-Zuhrî: pendant six mois, 'Ali n'a donc pas prêté serment d'allégeance à Abû Bakr? - Non, répondit Az-Zuhrî, les Banî-Hâshim, non plus. Lorsque 'Ali a pris acte du changement d'attitude à son égard, il se résolut à prêter allégeance et les Banî-Hâshim lui emboîtèrent le pas».(127)

Al-Balâdhurî dit: quand des Arabes avaient manifesté leur apostasie (après la mort du Prophète) 'Uthmân alla voir 'Ali et lui dit: «Ô mon cousin! Personne n'ira combattre l'ennemi tant que tu ne prêtes pas allégeance». Il lui parlait ainsi jusqu'à ce qu'il se décidât finalement à aller voir Abû Bakr et à lui prêter serment d'allégeance. Les Musulmans manifestèrent alors leur joie, s'activèrent pour le combat et cessèrent d'envoyer des délégations ...(128)

Même après avoir prêté allégeance, 'Ali continuait à se plaindre de ce qui s'est passé après la mort du Prophète. Ses plaintes furent notées même au cours de son califat. Le prouve son sermon célèbre appelé Ash-Shiqshiqiyyah.

La désignation de 'Umar au califat ­ son investiture

Malade, Abû Bakr appela 'Uthmân seul chez lui. «Ecris, lui ordonna-t-il: Au Nom d'Allah le Clément le Miséricordieux, voici le testament d'Abû Bakr b. Abî Quhâfah, adressé aux Musulmans. Ensuite ... (Abû Bakr s'évanouit à ce moment là, dit le narrateur, 'Uthmân écrit (de son propre chef): J'accorde l'autorité sur vous (je désigne calife) à 'Umar b. al-Khattâb. En cela, tout le bien est pour vous!. Quand il s'est réveillé, il demanda à 'Uthmân de lui lire ce qu'il avait écrit. Lorsque ce dernier s'exécuta, Abû Bakr dit Allahu Akbar et remarqua: «Je vois que tu as prévenu la discorde chez les gens si jamais je venais à mourir dans mon évanouissement de tout à l'heure!». «Oui», affirma 'Uthmân. «Qu'Allah te récompense pour l'Islam et les Musulmans». Abû Bakr confirma alors tel quel le texte écrit par 'Uthmân.

Dans l'histoire d'At-Tabarî, 'Umar était assis parmi des gens. Il tenait une branche de dattier. A coté de lui, Shadîd, un serviteur d'Abû Bakr, tenait le feuillet dans lequel figurait la désignation de 'Umar au califat. 'Umar s'adressait aux gens en disant: «Ô les gens! Ecoutez et obéissez à la parole du successeur du Messager d'Allah, qui dit (dans son testament) qu'il vous a donné le meilleur conseil!».(129)

Quel contraste entre cette attitude de 'Umar et celle qu'il avait eue à l'égard de la volonté du Messager d'écrire son testament!!

La délibération et l'investiture de 'Uthmân

Dans Al-'Iqdul-Farîd, Ibn 'Abdi Rabbih rapporte ceci: quand 'Umar fut frappé par la lance, on lui proposa de désigner quelqu'un à sa succession. En guise de réponse, il dit: «J'aurais désigné Abu 'Ubaydah b. al- Jarrah, s'il était resté en vie. Si Allah me demande pourquoi je le fais, je lui dirai que j'ai entendu Son Prophète dire qu'Abû 'Ubaydah est l'homme de confiance dans cette Communauté. J'aurais désigné Sâlim, Mawlâ Abî Hudhayfah s'il était resté en vie. Si Allah me demande pourquoi je le fais, je lui dirai que Son Prophète dit que Sâlim aime Allah, Le craint et ne Lui désobéit point».(130)

Dans une autre version, 'Umar dit aux gens qui lui demandèrent de tester en faveur de quelqu'un: «Après ce que je vous avais dit, je me suis résolu à désigner un homme - en montrant 'Ali - capable, comme je l'espère, de vous conduire dans le droit chemin. Puis je me suis ravisé. C'est que je ne veux pas en porter le fardeau vivant et mort ...»

Selon Al-Balâdhurî, 'Umar dit encore: «Faites venir 'Ali, 'Uthmân, 'Abdur-Rahmân b. Awf et Sa'd b. Abî Waqqâs». Une fois réunis chez lui, 'Umar n'adressa la parole qu'à 'Ali et à 'Uthmân: «Ô, 'Ali! il se peut que ces gens reconnaissent tes liens de parenté avec le Prophète (SAW) et ce qu'Allah t'a donné de Fiqh (savoir religieux) et de science. Crains donc Allah (sois pieux) si on te désigne à ce poste». Ensuite, 'Umar dit à 'Uthmân: «Ô 'Uthmân, il se peut que ces gens reconnaissent ton alliance avec le Prophète et considèrent ton âge. Crains donc Allah si on te désigne à ce poste. Ne porte pas Âl Abî Mu'ayt (ton clan, Bani Umayyah) sur les nuques (dos) des gens». Enfin 'Umar ordonna de faire venir 'Çuhayb à qui il enjoignit de guider pendant trois jours la prière (faite en commun dans la Mosquée). Que ces (les six précédents) s'isolent dans une pièce pour délibérer. S'ils sont unanimes à désigner l'un d'entre eux, qu'on coupe la tête à quiconque s'opposera à eux. Lorsqu'ils sont sortis de chez lui, 'Umar dit: s'ils investissent le chauve ('Ali), il les conduira dans le droit chemin!».

Al-Muhib Tabarî rapporte autrement ce même propos de 'Umar (Ar-Riyâdun-Nadirah, 2e éd, Egypte, 1373 h., 2/95): «Quel serait leur exploit s'ils désignaient le chauve. Comme il est capable de les maintenir dans le Vrai fût-il menacé d'une épée sur le cou!» Mohamed b. Ka'b lui demanda alors: «lui reconnais-tu cela et tu ne le désignes pas?!» 'Umar lui dit: «Si j'omets de le faire pour eux un meilleur que moi avait fait de même avant moi».

Dans une autre version rapportée par Al-Ya'qubî et Al-Balâdhurî, 'Umar dit une fois: «On remarque que l'allégeance prêtée à Abû Bakr était brusque et celle prêtée à 'Umar non procédé de délibération. Eh bien! Après moi, l'affaire se conclura après délibération: si les six se partagent en deux groupes, l'un de quatre, l'autre de deux (voix), qu'on suive le groupe majoritaire. Si les voix des deux groupes sont équivalentes (3+3) qu'on suive l'opinion de 'Abdur-Rahmân b. 'Awf; écoutez et obéissez et, quand il bat d'une main sur l'autre, suivez-le».

Al-Muttaqî rapporte aussi (Kanzul-'Ummâl, 3/160) à partir de Mohamed b. Jubayr citant son père: 'Umar dit: «Si 'Abder-Rahmân b. 'Awf bat d'une main sur l'autre, prêtez allégeance!»

Selon Aslam, 'Umar dit: «prêtez serment d'allégeance à un homme désigné par 'Abder-Rahmân b. Awf et coupez la tête à quiconque s'y refuse».

Il apparaît de ce qui précède que le calife 'Umar concentra la question de la candidature entre les mains de 'Abdur-Rahmân b. Awf à qui il enjoignit de poser aux autres candidats la condition préalable de suivre la politique des deux Sheikhs (les deux califes Abû Bakr et 'Umar). Ils savaient d'une part que l'Imam 'Ali se refuserait sûrement à considérer la politique des deux Sheikhs comme faisant partie des piliers de la politique islamique (le Livre d'Allah et la sunnah du Messager SAW), d'autre part que 'Uthmân y consentirait volontiers. Le dernier bénéficierait alors de l'allégeance et 'Ali, dans le cas où il s'y opposerait, serait menacé de mort.

En outre, cette thèse est prouvée par le récit rapporté par Ibn Sa'd dans At-Tabaqât, à partir de Sa'îd b. al-'Açi: «Ce dernier alla un jour demander au calife 'Umar de lui accorder une parcelle de terre supplémentaire en vue de l'élargissement de sa maison. Le calife lui donna rendez-vous pour le lendemain après la prière de l'aube. Une fois chez Sa'îd b. al-'Açi, le calife lui délimita le terrain en le traçant des pieds. Quand Sa'îd le supplia d'en augmenter la superficie (en raison de sa famille nombreuse), 'Umar lui dit: «Cela te suffit et voici un secret que tu dois garder pour toi: celui qui prendra le pouvoir après moi considérera bien ton lien de parenté et satisfera ta demande». Sa'îd raconte: «J'attendais alors jusqu'à ce que 'Uthmân fût chargé du califat après délibération et agrément. Par après, 'Uthmân m'a fait beaucoup de bien, satisfait ma demande (antérieure) et m'a même associé dans "des responsabilités"».

Le calife 'Umar avait donc informé Sa'îd b. al-'Açi qu'un homme de sa famille (umayyade) prendrait le pouvoir et déclaré que c'était une confidence à bien garder. Il s'ensuit que la question de l'investiture de 'Uthmân a été tranchée du vivant même du calife 'Umar et que la désignation des six candidats fut manuvrée pour faire passer l'affaire en douceur et à la satisfaction générale.

Quant à la mise de l'Imam 'Ali sous la menace de l'exécution, le prouve, en plus de ce qui précède, le récit rapporté par Ibn Sa'd à propos du même Sa'îd b. al-'Açi: «Un jour 'Umar dit à Sa'îd al-'Açi: «Pourquoi t'éloignes-tu de moi comme si tu croyais que j'ai tué ton père? Ce n'est pas moi qui l'ai tué, c'est 'Ali b. Abî Tâlib». Son père (dans le camp des infidèles) fut tué dans la bataille de Badr.

N'y avait-t-il pas là une incitation contre l'Imam 'Ali et une vivification de la haine et des rancunes?

L'Imam 'Ali (a. s.) savait que le califat fut volontairement écarté de lui

L'Imam 'Ali savait qu'on le repoussait volontairement du califat. Toutefois, il continuait de participer aux délibérations pour qu'on ne prétendît pas qu'il se désintéressait du califat. Le récit suivant prouve que l'Imam savait ce qu'on tramait contre lui.

Al-Balâdhurî (Ansâbul-Ashrâf, 5/19) rapporte que 'Ali s'est plaint auprès de son oncle Al-'Abbâs de l'injonction de 'Umar, selon laquelle l'investiture devrait échoir dans le groupe où se trouvait 'Abdur-Rahmân b. 'Awf. 'Ali dit: «Par Allah, la partie est perdue pour nous!». Al-'Abbâs demanda alors: «Ô mon neveu! comment le sais-tu?» 'Ali répondit: «Sa'd n'ira pas à l'encontre de son cousin 'Abder-Rahmân b. Awf; ce dernier est l'égal de 'Uthmân et son beau-frère c'est à dire que l'un ne s'opposera sûrement pas à l'autre. Même si Az-Zubayr et Talhah étaient de mon côté, cela ne me profiterait pas du moment qu'Ibn 'Awf se trouve avec les autres». (Voir Al-'Iqdul-Farîd, 3/74).

Dans la référence précédente (p. 21), Abû Mikhnaf rapporte ceci: quand 'Umar fut enterré (un dimanche le 4e jour de son assassinat), les candidats à la délibération s'abstenaient de tout acte pendant qu'Abû Talhah guidait leur prière (faite en commun à la Mosquée). Un matin, Abû Talhah les incita à la délibération dans la maison du "Trésor public" (ou dans la maison d'al-Miswar b. Makhramah). Quand leur discussion lui paraissait interminable, 'Abdur-Rahmân b. 'Awf leur dit: «Écoutez-moi: moi, je me retire ainsi que Sa'd (b. Abî Waqqâs) pourvu que les quatre restants finissent par choisir. Sachez que cela est devenu trop long, que les gens (les Médinois) s'impatientent de connaître leur calife et imam et que les provinciaux ici présents attendent d'en être informés avant de revenir dans leurs contrées ...». Les candidats au califat répondirent: oui, à l'exception de 'Ali qui s'est contenté de dire: «je vais voir».

'Abdur-Rahmân informa Abû Talhah de la proposition qu'il avait faite aux candidats et des réticences de 'Ali. Abû Talhah s'adressa à ce dernier et lui dit: «Ô Abûl-Hassan! Sache qu'Abû Mohamed (Abdur-Rahmân b 'Awf) est un homme de confiance pour toi et pour les Musulmans. Dis pourquoi tu chicanes alors qu'il s'est retiré de la candidature! il ne pourra donc pas mal agir au profit d'autrui!». 'Ali fit alors jurer 'Abder-Rahmân b. Awf qu'il ne se laisserait pas guider par ses passions, qu'il préférerait le juste et le Vrai et qu'il ferait de son mieux pour servir la Ummah (la communauté) et qu'il ne ferait pas preuve de favoritisme au profit d'un proche parent. Quand 'Abder-Rahmân jura à l'Imam 'Ali, celui-ci lui dit: «Choisis alors, bien guidé!».

Ensuite 'Abdur-Rahmân fit jurer chacun des candidats qu'il ne s'opposerait pas à lui s'il venait à prêter allégeance à l'un d'eux, qu'ils seraient avec lui contre celui qui se rebifferait.

'Abder-Rahmân prit alors la main de 'Ali et lui dit: «T'engages-tu par le pacte d'Allah, si tu es investi du califat, de ne pas porter Banî 'Abdel-Muttalib (son clan, sa famille) sur les nuques des gens (les favoriser) et de suivre la Sîrah du Messager d'Allah (SAW) sans en dévier ni y manquer!». 'Ali répondit: «Je ne porterai pas le pacte d'Allah ainsi. Qui pourra suivre (à la lettre) la Sîrah du Messager d'Allah (SAW)? Néanmoins, je ferai de mon mieux, selon ma capacité et dans les limites de la science que j'ai». Abder-Rahmân lâcha alors la main de 'Ali. Ensuite, il fit de même avec 'Uthmân qu'il fit jurer, par le pacte d'Allah (conclu avec les Musulmans) qu'il ne favoriserait pas Banî Umayyah (son clan, sa famille) au détriment des gens, qu'il suivrait la Sîrah du Messager d'Allah (SAW) et celle d'Abû Bakr et de 'Umar sans s'y opposer. 'Uthmân jura. 'Ali dit alors: «Abû 'Abdillahi ('Uthmân) a accepté volontiers ce que tu as demandé! Prête-lui allégeance si tu veux».

Par après 'Abdur-Rahmân revint auprès de 'Ali, lui demanda de jurer de suivre la sîrah du Messager d'Allah et celle d'Abû Bakr et de 'Umar. 'Ali répondit: je devrai faire preuve d'ijtihâd (effort personnel basé sur la science)». Mais 'Uthmân continuait à jurer qu'il se conformerait à la politique du Prophète et à celle d'Abû Bakr et de 'Umar sans s'en écarter ni y manquer. 'Abder-Rahmân battit alors la main sur la sienne et lui prêta serment d'allégeance. Les autres candidats lui emboîtèrent le pas. 'Ali qui était debout s'assit. 'Abder-Rahmân le menaça alors en disant: «Prête allégeance, sinon tu seras exécuté!».

On rapporte que 'Ali est sorti très fâché. Les hommes de la délibération le rejoignirent et le menacèrent de mort s'il ne prêtait pas allégeance. 'Ali revint avec eux auprès de 'Uthmân et lui prêta allégeance.

Dans le récit précédent, il y a une altération des propos de l'Imam 'Ali (la suppression dans la 1ère proposition faite à 'Ali, du groupe nominal et "la sîrah des deux Sheikhs (Abû Bakr et 'Umar)".

Le récit est plus complet dans l'histoire d'Al-Ya'qûbî, 1/162: Abder-Rahmân emmena 'Ali b. Abî Tâlib à l'écart, lui demanda de jurer par Allah de se conformer, si le califat venait à lui échoir, au Livre d'Allah, à la sunnah de Son Prophète et à la sîrah d'Abû Bakr et de 'Umar. 'Ali répondit: «Je me conduirai, dans les limites de ma capacité, conformément au Livre d'Allah et à la Sunnah de Son Prophète». 'Abder-Rahmân répéta alors la même proposition à 'Uthmân qui répondit: «Oui, je me conduirai parmi vous selon le livre d'Allah, la sunna de Son Prophète et la sîrah d'Abû Bakr et de 'Umar». De nouveau 'Abder-Rahmân alla voir d'abord 'Ali, ensuite 'Uthmân pour leur réitérer les mêmes propos. Chacun des deux candidats réaffirme sa première réponse. En troisième lieu, 'Ali lui dit: «Sache qu'avec le Livre d'Allah et la sunnah de Son Prophète, on n'a pas besoin de la tradition d'autrui». «En effet, ajouta 'Ali, tu t'acharnes à m'éloigner de cette affaire (à écarter le califat de moi)». Finalement 'Abder-Rahmân battit de la main sur celle de 'Uthmân (en guise d'allégeance).

Dans l'histoire d'At-Tabarî (Événements de l'année 23, 3/297) ainsi que d'après Ibn al-Athîr (3/37), l'Imâm 'Ali dit à 'Abder-Rahmân, le 3e jour de l'investiture de 'Uthmân: «Tu lui as fait un don séculaire! En fait, ce n'est pas la première fois que vous faites cause commune contre nous. «Douce patience! Allah est Celui dont l'aide est demandée contre ce que vous débitez» (V. 18/XII). Par Allah! Tu ne l'as investi que pour qu'il te favorise de retour! Mais «Allah crée chaque jour quelque chose de nouveau». (V. 29/LV) (voir aussi Al-'Iqdul-Farîd, 3/76).

* * * * *



L'allégeance prêtée serment à l'Imam 'Ali (a. s.)

Après l'assassinat de 'Uthmân, les Musulmans se libérèrent de tout lien d'allégeance antérieure. Ils se précipitèrent alors auprès de 'Ali b. Abî Tâlib et demandèrent de lui prêter serment d'allégeance. At-Tabarî rapporte ceci (5/152; voir aussi Al-Kanz, 3/161, h/2471):

Les Compagnons du Messager d'Allah allèrent chez 'Ali et lui dirent: «Cet homme a été tué et il est nécessaire que les gens aient un imam (un calife). Aujourd'hui, nous ne trouvons pas plus digne de cette affaire que toi, ni plus glorieux ni plus proche du Messager d'Allah (SAW)!». 'Ali répondit: «Ne faites rien (dans ce sens) peut-être est-il mieux pour vous que je sois ministre (assistant) plutôt que prince!». Ils dirent: «Non, par Allah! Nous ne te laisserons pas, à moins que tu acceptes l'allégeance de notre part». 'Ali dit: «Alors ce sera dans la Mosquée car mon allégeance ne pourra se faire en cachette et devra bénéficier du consentement des Musulmans ...».

Dans une autre version At-Tabarî rapporte ceci: les Musulmans et les Ançars se réunirent - parmi eux, Talhah et Az-Zubayr notamment - puis allèrent voir 'Ali et lui dirent: «Ô Abûl-Hassan, viens qu'on te prête allégeance!» Il répondit: «Je n'ai nul besoin de votre affaire! Je suis avec vous j'accepterai celui que vous choisirez ...». «Par Allah! Nous ne choisissons que toi», rétorquèrent-ils.

Ainsi, après l'assassinat de 'Uthmân, ils sont allés plusieurs fois chez 'Ali à qui ils dirent finalement: «Les gens ne sont corrects qu'en présence d'une autorité et tu vois que cela se fait attendre». 'Ali leur dit: «Vous êtes venus me voir à maintes reprises. Si vous acceptez ce que je vais vous dire, je me chargerai de votre affaire sinon je n'en voudrai pas . Ils lui déclarèrent: «Quel que soit ton propos, nous l'accepterons inshâ-Allah». Il monta alors sur la chaire et les gens se réunirent autour de lui. Ensuite, il dit: «En fait, je n'aime pas votre affaire, mais vous avez insisté. Sachez donc que je n'agirai pas arbitrairement en dehors de vous, que je garderai les clefs des finances publiques et que je n'en prendrai pas un dirham en dehors de vous, avez-vous accepté?»

- Oui, répondirent-ils.

- Ô Seigneur! Sois-en témoin». Puis 'Ali reçut, à cette condition, leur allégeance.

Al-Balâdhurî rapporte ceci: quand 'Ali est rentré chez lui, les gens - Compagnons et autres - accoururent chez lui en disant: «'Ali est le prince des croyants». Une fois chez lui, ils lui dirent: «Il est nécessaire d'avoir un imam; tends la main: nous voulons te prêter allégeance!». 'Ali leur fit remarquer que cela était du ressort d'Ahlu-Badr (les Compagnons qui assistèrent avec le Prophète à la bataille de Badr) et que celui qui bénéficierait de leur consentement serait nommé calife. Alors tous les Badrî allèrent voir 'Ali et lui dirent: «On ne voit pas plus digne que toi dans cette affaire! ...» 'Ali monta alors sur la chaire. L'y rejoignit en premier pour lui prêter allégeance Talhah qui avait un doigt estropié. 'Ali en tira mauvais augure et dit: «Comme il est digne de parjurer!».

Dans le même sens, At-Tabarî rapporte que lorsque Habîb b. Dhu'ayb vit Talhah prêter serment d'allégeance, il remarqua: «c'est une main estropiée qui a commencé par prêter serment d'allégeance; cette affaire n'ira pas bien! ...».

Après cette étude de la réalité historique et des circonstances dans lesquelles le pouvoir politique en Islam vit le jour, nous étudions à présent les points de vue respectifs des deux Ecoles au sujet du califat et de l'Imamat.









Chapitre 2

De l'Imamat:

Recherches dans l'Ecole des califes

La terminologie de cette recherche

1)- Ash-Shûrâ (la délibération)

Ash-Shûrâ et les substantifs de la même famille signifient l'action de se consulter les uns et les autres afin de déterminer l'opinion de tout un chacun. C'est dans cette terminologie linguistique (et non-Shar'î) que le terme est employé dans le Sait Coran: «Leur affaire est objet de délibération entre eux». (V. 38/XLI)

2)- Al-Bay'ah

En langue arabe c'est d'abord une transaction de vente consentie par les deux parties et manifestée par l'action de battre une main sur l'autre en guise de conclusion de l'acte.

Les Arabes se servaient de moyens divers pour conclure une alliance ou un pacte. Par exemple, en concluant un pacte, ils devaient ensemble immerger leurs mains dans une cuvette pleine de parfum ou de sang.

En Islam, al-Bay'ah (ou serment d'allégeance) est un acte par lequel une partie contracte l'engagement, vis-à-vis de l'autre partie, de lui obéir conformément aux clauses de leur accord. Dans le Coran, Allah -exalté soit-IL - dit: «Ceux qui te prêtent serment d'allégeance ne font que prêter serment à Allah. La main d'Allah est posée sur leurs mains». (V. 10/XLVIII).

Le premier serment d'allégeance exigé des Musulmans par le Messager d'Allah se tint à la 1ère 'Aqabah et eut pour objet l'Islam (en général).

Le deuxième serment d'allégeance se tint aussi Al-'Aqabah. Il eut pour objet le droit de faire la guerre (le cas échéant) en vue d'établir la société islamique.

Ainsi, en premier lieu c'était ce qu'on appelle la Bay'ah des femmes, limitée à la fidélité à la religion de l'Islam, exempte de l'obligation de combattre.

Le troisième serment d'allégeance se tint sous l'arbre d'al-Hudaybiyyah quand les Musulmans sortirent en sacralisation d'al-'Umrah (n'ayant que l'intention de faire à la Mecque le petit pèlerinage). Mais parce que les quraychites les empêchèrent de la Ka'bah et manifestaient un air belliqueux, le voyage pour la 'Umrah (petit pèlerinage) se transforma en l'obligation de combattre, la nouvelle situation exigea la prise d'un nouveau serment d'allégeance ayant pour objet la nouvelle action envisagée. Effectivement ce nouveau serment d'allégeance porta ses fruits et effraya les Mecquois. C'est ainsi que le Messager d'Allah (SAW) s'est conduit en matière d'allégeance (pour l'Islam, pour la défense par le combat et en cas de guerre). On rapporte aussi dans sa tradition qu'il stipulait dans le serment d'allégeance l'obligation de lui obéir dans la limite de la capacité et à condition d'avoir "la puberté légale".

De la sîrah du Messager (SAW), il apparaît que le serment d'allégeance repose sur trois piliers:

1- La personne qui s'engage

2- La personne au profit de qui se fait l'engagement

3- L'accord sur l'obéissance.

La Bay'ah repose aussi sur la compréhension des clauses convenues et des actes qu'implique l'obligation d'obéir. Sur le plan de la forme, les parties contractantes battent d'une main (de celui qui prête serment d'allégeance) sur l'autre (de celui pour qui bl'allégeance est tenue). Ainsi le mot "Bay'ah" (allégeance) est un terme Shar'î. Les conditions de sa réalisation en conformité avec la loi islamique ne sont pas claires et nettes dans les esprits de certains musulmans. Ces conditions de validité sont:

- La partie qui prête serment d'allégeance doit être intègre et libre. L'enfant et le simple d'esprit en sont dispensés par la loi. Comme le contrat de vente ne produit pas d'effet sous la contrainte, le serment d'allégeance ne peut se faire sous l'oppression et par l'épée.

- La partie pour qui l'allégeance est prise ne doit pas être un pécheur déclaré (publiquement) parce que le Messager (SAW) dit: «Nulle obéissance au profit de quelqu'un qui désobéit à Allah».(131)

L'allégeance n'est pas valide quand elle a pour objet de commettre ce qu'Allah a défendu de faire et de violer Ses injonctions et celles de Son Messager (SAW). Dans le hadîth, il est dit: «S'il ordonne d'accomplir une contravention (un péché), il ne doit être ni écouté ni obéi».(132)

3) et 4)- Le calife et le prince des croyants

Al-Khilâfah, en langue arabe, signifie la représentation d'autrui. Al-Khalîfah (le calife) est celui qui remplace autrui et remplit son rôle. C'est dans ce sens que le terme est utilisé par le Saint Coran:

«Souvenez-vous que le Seigneur a fait de vous Khulafâ' après le peuple de Noé». (V. 69/VII)

Dans la sunnah, le hadîth dit: «Ô Allah! Fais miséricorde à mes Khulafâ'». Comme définition, le Messager (SAW) dit: «Ce sont ceux qui viendront après moi, qui rapporteront mon hadîth et ma tradition (sunnah)». Le terme de Khalîfah dans le Coran et la Sunnah n'est donc pas le nom donné à celui qui gouverne au nom du Messager d'Allah (SAW). Ceci est resté ainsi jusqu'à l'époque de 'Umar b. al-Khattâb qu'on appelait Khalîfah du Khalîfah du Messager. Ensuite il fut appelé "prince des croyants". L'appellation passa dans l'usage jusqu'à l'époque des Abbassides qui qualifiaient leur gouverneur de Khalîfah d'Allah ou de prince des croyants. A l'époque des Ottomans, le gouverneur musulman suprême fut appelé "Khalîfah" tout court. Jusqu'à nos jours, ce terme reste courant parmi les Musulmans.

Les deux surnoms "Khalîfah" et "prince des croyants" relèvent donc de la terminologie musulmane et non de la terminologie Shar'î.

5)- L'Imam

En langue arabe, l'Imam est celui que suivent les gens. C'est ainsi que le Coran l'utilise mais il attache à l'Imamat certaines conditions citées (par exemple) dans la parole d'Allah révélée à Ibrâhîm (a. s.):

«Je vais faire de toi un Imam pour les hommes Abraham dit: Et pour ma descendance aussi? Le seigneur dit: Mon alliance ne concerne pas les injustes». (V. 124/II)

L'Imamat est donc une institution émanant d'Allah (divine) et un pacte qui ne vaut point pour quiconque contracte l'injustice, qu'on soit injuste envers soi-même ou envers les autres. Le mot Imam est donc un terme Shar'î et relève de la terminologie islamique.

6)- Al-'Amr - 'Ulûl-'Amr

Le terme 'Amr est employé dans la langue arabe, l'usage musulman et les textes islamiques dans le sens de l'autorité (la Wilâyah) exercée sur les gens et du commandement.

La locution "'ûlûl-'Amr" peut être considérée comme un terme islamique étant donné qu'elle est employée dans le Sait Coran dans le sens de l'autorité sur les gens:

«Ô vous qui croyez! Obéissez à Allah! Obéissez au Messager et à ceux d'entre vous détenant l'autorité ...». (V. 59/VI)

Les deux Ecoles (celle des califes et celle d'Ahlul-Bayt) divergent quant à l'identification des 'ûlûl-'Amr (pluriel) et de Waliyyul-'Amr (singulier) (détenteurs de l'autorité) après le Messager (SAW):

l'Ecole d'Ahlul-Bayt estime que l'Imam ou Waliyyul-'Amr (le détenteur de l'autorité) qui n'entre en fonction qu'après le Messager (SAW) est désigné par Allah Qui choisit qui IL veut, le Prophète informant sa Communauté de cette désignation, tandis que l'Ecole des califes estime que Waliyyul-'Amr est désigné soit par l'allégeance soit par le fait accompli s'il a pris le pouvoir par la force. Après qu'il s'empare de l'autorité suprême, quel qu'il soit, on lui doit obéissance. De là, ils (des partisans de cette Ecole) ont obéi à Yazîd qui a tué et assujetti la descendance du Messager (SAW), saccagé et violé Médine la ville du Prophète, tué ses Compagnons et les Tâbi'îne qui vivaient encore à cette époque et catapulté la Ka'bah. Après tous ces actes abominables, les partisans de cette Ecole continuent jusqu'à nos jours de donner à Yazîd le surnom de "prince des croyants".

7)- Al-Waçiyyu - le Waçî du Prophète (le légataire).

Al-waçî dans le Livre et la sunnah est la personne mandatée par quelqu'un d'effectuer après sa mort quelque chose qui l'intéresse, que le testateur en charge le légataire expressément en lui disant: fais ceci ou cela après moi ou qu'il en informe les autres en leur disant: un tel est chargé de faire ceci ou cela après moi ou tout autre locution signifiant (clairement) l'établissement d'une Waçiyyah (un testament). Le Waçî du Prophète est la personne envers qui il stipule le droit de veiller après lui sur (les intérêts) la Shari'ah et de la Communauté.

Le Califat et l'Imamat. Le point de vue de l'Ecole des califes

Après la clarification de la terminologie utilisée (dans ce domaine), il devient aisé pour nous d'étudier les points de vue respectifs des deux Ecoles au sujet du califat et de l'Imamat.

L'argumentation de l'Ecole des califes

a- Le calife Abû Bakr dit:(133) «On ne reconnaît la dévolution du pouvoir qu'à Quraysh parce qu'ils en sont dignes de par leur lignée et leur territoire. Je vous propose l'un de ces deux hommes ('Umar et Abû 'Ubaydah) prêtez serment d'allégeance indifféremment à l'un d'eux!

b- 'Umar b. al-Khattâb dit: «Qu'on ne se trompe pas en voulant suivre l'exemple de l'allégeance brusque mais accomplie, prêtée à Abû Bakr. Celle-ci fut effective-ment ainsi mais Allah nous en a épargné les méfaits. Parmi vous, il n'y a pas l'égal à Abû Bakr. Si donc, sans délibération préalable des Musulmans, quelqu'un prête serment d'allégeance à un homme, l'un et l'autre risquent de se faire tuer».

Critique de ces deux arguments:

L'argumentation d'Abû Bakr à la Saqîfah ainsi que celle des autres protagonistes suivent une logique tribaliste. Quand les Ançars délaissèrent la dépouille mortelle du Prophète (SAW) dans sa petite famille et accoururent au préau (Saqîfah) de Banî Sâ'idah pour investir Sa'd, ils ne prétendaient pas que celui-ci était meilleur que les autres ou plus digne qu'eux de l'autorité suprême mais se contentaient simplement de dire: «Les gens sont chez vous, dans votre ombre et personne ne pourra oser vous contrarier».

A leur tour les Muhâjirîne parmi les Qurayshites ont eu recours à la même logique tribale quand ils ont dit: «Quraysh est, parmi les Arabes, plus digne de cela par leur "Maison". Qui ose nous disputer le pouvoir de Muhammad alors que nous sommes les siens et son clan?», ajoutèrent-ils. On peut dire la même chose tant de l'intervention de l'Ançarite qui dit: «De nous un prince et de vous un prince» que de celle du Mahâjirite qui dit: «Nous sommes les princes et vous les ministres».

De même, Ussayd b. Hudayr, l'Ançarite qui favorisa le camp des Muhâjirîne et amena sa tribu Al- 'Aws à lui emboîter le pas, fut mû par un mobile tribal: craignant la prise du pouvoir par Al-Khazraj - les frères ennemis d'autrefois - et se rappelant la guerre "Al-Bi'âth" qui les opposait (avant l'Islam mais à peine vingt ans les en éloignèrent), les Ançars d'Al-'Aws dirent: «Par Allah! S'il arrive une fois qu'al-Ançars (l'autre tribu ançarite) prenne le pouvoir, elle aura et à jamais le mérite à vos dépens et ne vous concédera rien de cette affaire. Levez-vous donc et prêtez serment d'allégeance à Abû Bakr».

Enfin les Muhâjirîne qurayshites se sont assurés la victoire par l'entrée à Médine de la tribu "Aslam" dont les membres remplirent les rues de la ville et prêtèrent serment d'allégeance à Abû Bakr au détriment d'al- Ançars.

Quant aux propos du calife 'Umar relatifs à la Shûrâ (délibération), on voit qu'il n'a avancé aucun argument puisé du Livre ou de la sunnah mais se basa uniquement sur son Ijtihâd (effort personnel d'interprétation). Celui qui considère la Sîrah (la conduite) des Compagnons et leurs dires au même titre que le Livre d'Allah et la tradition de Son Messager c'est à dire des sources de la Shari'ah islamique, pourrait alors arguer de la tradition de 'Umar pour fonder le pouvoir politique ou établir le califat. Toutefois, les propos de 'Umar s'opposent à sa propre tradition et celle du premier calife Abû Bakr dont l'allégeance fut brusque comme l'a qualifié le calife 'Umar. Ce dernier fut nommé au poste suprême, sans délibération préalable, par le premier calife. De même 'Umar dit: «Si 'Abû 'Ubaydah avait été encore en vie, je l'aurais désigné à ma succession». Et cet autre propos: «Si Sâlim le serviteur affranchi d'Abû Hudhafah avait été encore en vie je l'aurai désigné à ma succession. Ces affirmations s'opposent (catégoriquement) à l'engagement d'établir le califat ou la succession sur la base de la Shûrâ (la délibération des Musulmans).

Même en dehors de ces contradictions et en supposant qu'il soit valable d'établir le califat sur la shûrâ 'umarienne, quelles sont ses modalités? Quel est le nombre des membres de l'"Assemblée" délibérante? En guise de réponse à cette dernière question on dit: «Le nombre des délibérants est limité à six. Cinq d'entre eux prêteront serment d'allégeance au sixième». Ensuite sur quel fondement fut basé l'octroi à 'Abder-Rahmân b. 'Awf le droit exclusif de prendre la décision finale au détriment des autres membres de "l'assemblée" délibérante? Sur quel fondement fut basé l'ordre de tuer quiconque s'opposerait à la décision de 'Abder-Rahmân et à son opinion personnelle? De qui craignait-on une éventuelle opposition à l'opinion de 'Abder-Rahmân? Enfin, l'Ecole des califes a-t-elle appliqué une fois le principe de la shûrâ 'umarienne ou établi sur sa base durant les siècles passés un régime califal au profit de l'un de ses califes?

Le point de vue de l'Ecole des califes au sujet du califat - récapitulatif

Ce point de vue se résume en deux choses.

A) Le califat s'établit par:

1- La Shûrâ (la délibération)

2- La Bay'ah (l'allégeance)

3- L'imitation dans ce domaine des actes des Compagnons

4- La force et la coercition

B)- L'obligation d'obéir au calife à qui le serment d'allégeance est prêté quand bien même il désobéit à Allah (Il s'agit maintenant de discuter successivement chacun de ces arguments).

1)- La Shûrâ comme argument

'Umar fut le premier à avoir évoqué la shûrâ et son application pour établir le califat mais il n'avança pas d'argument (valable) stipulant que l'Imamat en Islam s'établit par le biais de la shûrâ. Ce ne sera que tardivement que les partisans de l'Ecole des califes avanceront comme argument deux versets coraniques: le fait que le Messager (SAW) a consulté ses Compagnons dans certaines affaires importantes et un mot d'ordre de l'imam. Etudions alors leur argumentation.

Le Verset coranique: « ... Dont l'affaire, entre eux, est objet de délibération ... » (V. 38/XLII)

C'est un fragment du verset 38 de la sourate "la délibération. Après lui vient cette proposition : "(qui) sur ce que Nous leur avons attribué, font dépense (en aumônes). Ce qui veut dire d'une part que les deux phrases ne signifient que la recommandabilité de l'acte dont il est question et non l'obligation de délibérer et de dépenser.

D'autre part, la délibération n'est valide que si l'affaire en question n'a pas fait l'objet d'un jugement rendu par Allah et Son Messager. Le prouve ce verset coranique:

«Lorsque Allah et Son Messager ont pris une décision, il ne convient ni à un croyant, ni à une croyante de maintenir son choix sur cette affaire. Celui qui désobéit à Allah et à Son Messager s'égare totalement et manifestement». (V. 36/XXXIII)

Nous verrons un peu plus loin les déclarations divines et prophétiques sur la question de l'Imamat. De telles déclarations ne laissent aucune place à la délibération.

Le Verset coranique: «consulte les sur l'affaire» (V. 159/III)

Ce verset est situé dans un contexte englobant les versets 139-166 de la sourate Al-'Imrân. Tous parlent des batailles menées par le Messager (SAW) et de la victoire qu'Allah y accorda à Ses serviteurs. Dans certains de ces versets le Coran s'adresse aux Musulmans et aux guerriers, parmi eux, en particulier et les exhorte; dans d'autres, il ne s'adresse qu'au Messager (SAW). Ce verset en fait partie: «Tu as été doux à leur égard par une miséricorde d'Allah. Si tu avais été rude et dur de cur, ils se seraient séparés de toi. Pardonne-leur. Demande pardon pour eux; consulte-les sur l'affaire; mais, lorsque tu as pris une décision, place ta confiance en Allah - Allah aime ceux qui ont confiance en Lui». (V. 159/III)

Il apparaît donc clairement que dans ce verset l'ordre de consulter avait pour but la consécration de ma douceur et de la miséricorde dans le traitement des Compagnons et non l'ordre d'agir selon leur opinion.

Le prouve la suite du verset: «Mais lorsque tu as pris une décision, place ta confiance en Allah», c'est à dire aie confiance et agis comme tu l'entends. De tout le contexte, on comprend aussi que la consultation n'est de mise qu'en cas de guerre comme le clarifiera ce qui suit:

Le Messager (SAW) consulte ses Compagnons

Leur consultation s'est limitée aux périodes des expéditions militaires comme le confirme le compagnon Abû Hurayrah: «En matière de consultation des Compagnons, je n'ai pas vu quelqu'un qui l'a fait plus que le Messager d'Allah (SAW); il ne les consultait qu'en période de guerre».(134)

Bien sûr, le but poursuivi par le Messager (SAW) en matière de consultation n'était pas d'apprendre de ses Compagnons ce qu'il devait faire. Parfois, le Prophète avait recours à ce style pour inculquer à ses compagnons le bon choix qui était le sien avant de le leur apprendre et qui devient le leur aussi (du fait de la consultation). Citons à titre d'exemple la consultation qui précéda la bataille de Badr. On sait qu'Allah avait appris d'avance le résultat de cette bataille à Son Messager qui savait que la victoire serait remportée contre l'armée de Quraysh. Après la délibération, il le leur apprit et leur montra les lieux où les guerriers qurayshites allaient être battus. Par le biais de la consultation, le Prophète (SAW) orientait les Musulmans vers ce qu'il convenait de faire. Loin de lui la méthode des rois et des tyrans qui dictent et imposent leurs opinions aux gens, en disant par exemple: «Nous le Roi ... avons donné notre ordre royal de ...».

Le début du verset précité (V. 159/III) corrobore ce que nous avons dit. En effet, ici, la consultation des Compagnons par le Prophète (SAW) est une pierre de touche de la douceur et de la miséricorde émanant d'Allah.

Il arrivait aussi que le Prophète (SAW) consultait ses Compagnons pour atteindre un autre but que la tendresse et l'amabilité. Il s'agissait parfois de procéder à une véritable éducation psychique, spirituelle ou morale. On peut citer à cet égard la consultation qui précéda la bataille de 'Uhud. Le Prophète (SAW) n'était pas d'avis de quitter Médine pour aller à la rencontre de l'ennemi. Mais comme ils insistaient pour y aller, il porta alors ses vêtements de guerre en vue de se diriger vers 'Uhud. A ce moment là, les Compagnons regrettèrent leur insistance en disant: «Ô Messager d'Allah! On n'aurait pas dû s'opposer à toi; mais fais ce que bon te semble!». Le Prophète (SAW) leur rétorqua: «Je vous avais appelé à la retenue mais vous avez refusé, mais sachez qu'il ne convient pas qu'un Prophète dépose sa cuirasse après l'avoir portée avant qu'Allah ne tranche entre lui et ses ennemis».

Ainsi, tout en sachant que l'opinion de ses Compagnons n'était pas pertinente, le Prophète (SAW) y souscrivit afin d'élever leur moral et les éduquer. S'il n'avait pas répondu positivement à leur désir très fort de sortir (à la rencontre de l'ennemi) cela aurait laissé un très mauvais effet sur leur psychisme et engendré la faiblesse, l'hésitation ou la défection en temps de guerre.

2)- L'argument de la bay'ah (l'allégeance)

Nous avons vu que la bay'ah est un acte qui ne s'accomplit - comme le contrat de vente - que par consentement mutuel et non par l'épée et la coercition.

- Qu'il n'y a pas de bay'ah dans le péché

- Ni allant à l'encontre des injonctions d'Allah

- Ni au profit de quelqu'un qui désobéit à Allah.

Nous avons vu aussi que la première bay'ah qui fut contractée était celle prêtée à Abû Bakr. Sur sa validité, repose la bay'ah de 'Umar qui a été effectuée sur ordre d'Abû Bakr. De même sur la validité de la bay'ah du calife 'Umar repose celle du calife 'Uthmân à qui on prêta serment d'allégeance sur ordre du calife 'Umar qui, après avoir désigné six candidats au poste de calife successeur, leur enjoignit de prêter serment d'allégeance à celui d'entre eux que 'Abder-Rahmân b 'Awf aurait désigné et de tuer celui qui s'y opposerait.

Nous avons vu aussi comment le serment d'allégeance fut prêté à Abû Bakr au préau (la Saqîfah) de Banî Sâ'idah, comment l'aide apportée par la tribu "Aslam" dont les membres remplirent les rues de Médine, était décisive, comment le feu fut porté jusqu'à la maison de Fatima (a. s.) la fille du Prophète (SAW), parce que chez elle s'étaient retranchés les récalcitrants à la bay'ah d'Abû Bakr, comment les Banî Hâchim refusaient de prêter serment d'allégeance à Abû Bakr durant la vie de la fille du Prophète (SAW) et comment Sa'd b. 'Ubâdah qui avait refusé de prêter serment d'allégeance à Abû Bakr fut tué par deux flèches tirées par les "djinns"!

C'était ainsi que la bay'ah se déroulait à Médine. Ailleurs, ceux qui refusèrent de prêter serment d'allégeance à Abû Bakr ou de verser la zakât (l'aumône légale) à ses percepteurs, furent tués, leurs femmes tombées en captivité et leurs biens confisqués.

Citons à ce propos l'exemple de Mâlik b. Nuwayrah, Compagnon et gouverneur du Messager (SAW), et de sa famille appartenant à la tribu de Tamîm. Pendant la nuit, l'armée de Khâlid b. al- Walîd les envahit. Ils prirent alors leurs armes. Les envahisseurs leur disent: «Nous sommes des musulmans». Les compagnons de Mâlik dirent: «Et nous sommes des Musulmans». Les guerriers de Khâlid leur dirent: «Si vous êtes comme vous dites, déposez alors les armes». Ils les déposèrent et firent ensuite la prière (commune) avec les guerriers de Khâlid. Par après ceux-ci les capturèrent et les conduisirent devant Khâlid b. al-Walîd qui ordonna de couper la tête à Mâlik. Celui-ci regarda vers son épouse - qui était très belle - et dit à Khâlid: «C'est celle-ci qui m'a tué» (c'est à cause d'elle que je vais être exécuté). Khâlid lui dit: «C'est Allah Qui te tue à cause de ton reniement de l'Islam». Mâlik dit: «Nous sommes dans l'Islam (toujours musulmans)». Après qu'on l'a tué, Khâlid ordonna de se servir de sa tête comme trépied à leur marmite. Pendant cette nuit même et avant que Mâlik ne fût enterré, Khâlid épousa sa veuve(135) (sans attendre l'écoulement Shar'î de la retraite légale exigée par le Sait Coran, abstraction faite des circonstances de l'affaire).

On peut citer aussi l'exemple des tribus de Kindah. Ziyâd b. Labîd le percepteur d'Abû Bakr s'empara d'une chamelle appartenant à un jeune homme de Kindah. Celui-ci lui demanda d'en prendre une autre. Ziyâd refusa la proposition sous prétexté qu'il avait (déjà) marqué la chamelle par la marque de la Zaqât (l'aumône légale). Le jeune homme alla voir Hârithah b. Surâqah, un notable de Kindah et lui raconta ce qui s'était passé, en ajoutant qu'il était très attaché à cette chamelle et qu'il aimerait bien voir sa chamelle détachée et remplacée par une autre de son troupeau. Quand Hârithah parla à Ziyâd, intercédant en faveur du jeune homme et que Ziyâd refusa son offre avec véhémence, Hârithah alla lui-même dans le troupeau de la zakât, sortit la chamelle en question et dit au jeune homme: «Prends la et si quelqu'un t'interpelle, je lui casserai le nez par l'épée». Hârithah dit aussi: «Quand le Messager d'Allah (SAW) était vivant, nous lui avons obéi. Si un homme de sa propre famille (Ahlu Baytihi) avait pris sa place, nous lui aurions obéi également. Quant à Ibn Abî Quhâfah (Abû Bakr), je jure par Allah que nous ne lui devons ni obéissance ni allégeance». Ensuite, il a donné des vers de poésie dont celui-ci:

Nous avons obéi au Messager d'Allah

Quand il était parmi nous,

Ô combien m'étonnent ceux qui

Obéissent à Abû Bakr!

Al-Hârith, un autre notable de la tribu Kindah dit à Ziyâd: «Tu invites à obéir à un homme à qui on n'a pas été engagé. Ni à nous, ni à vous, aucune stipulation n'a été notifiée à son sujet!». Ziyâd lui dit: «Tu dis vrai mais nous l'avons choisi pour ce poste». Al-Hârith demanda alors: «Dis-moi pourquoi vous en avez écarté les siens (la famille du Prophète SAW) alors qu'ils sont, parmi les gens, les plus dignes de ce poste puisque Allah - gloire à Lui - dit: «D'après le Livre d'Allah, la parenté a la priorité sur les liens existant entre les croyants et entre les émigrés (Muhâjirîne)». (V. 6/XXXIII)

Ziyâd répondit ainsi: - Les Muhâjirîne et les Ançars connaissent mieux que toi leurs intérêts.

- Non par Allah, répliqua Al-Hârith, vous n'avez écarté le califat de ses ayants droit que par envie de votre part. Moi, je ne peux croire que le Messager d'Allah (SAW) a quitté ce bas-monde sans avoir établi aux gens le guide qu'ils devraient suivre. Comme ce que tu dis est inacceptable, je te demande de décamper d'ici». Ensuite Al-Hârith dit: C'est le Messager qui était obéi.

Voilà qu'il est parti

Qu'Allah prie sur lui

Il n'a pas été remplacé

Ziyâd détacha alors les chameaux de la zakât et se dirigea vers Médine. Là il informa Abû Bakr de ce qui s'était passé. Le calife le dota alors de quatre mille guerriers. En chemin vers Hadramawt, Ziyâd attaqua à l'improviste, ici et là, certaines tribus de Kindah, tuant des hommes et faisant des prisonniers. Ainsi Banû Hind furent conquis par Ziyâd qui tua des hommes parmi eux et s'empara de leurs femmes et enfants. Arrivé à la contrée de Banîl-'Aqil (de Kindah) il les prit à l'improviste, les combattit quelque temps, leur infligea la défaite et s'empara de leurs femmes et de leurs biens.

Par surprise, ses cavaliers envahirent aussi, au milieu de la nuit, la contrée de Banî Hujr (de Kindah), en tuèrent deux cents, en firent cinquante prisonniers et s'emparèrent des femmes et des enfants.

Ensuite Al-Ash'ath b. Qays combattit Ziyâd et l'assiégea dans la ville de Taym, récupéra les biens et les enfants qu'il rendit à leurs familles. Pour le contenter, le calife envoya une missive à Al-Ash'ath b. Qays qui répliqua en disant à l'émissaire: «Abû Bakr, ton compagnon, nous prend pour incrédules si nous nous opposons à lui et ne fait pas de même vis-à-vis de son compagnon (Ziyâd) que tua mon peuple et mes cousins ». L'émissaire lui dit: «Oui, ô Al-Ash'ath! L'incrédulité s'applique effectivement à toi parce qu'Allah - gloire à Lui - te la flanque en raison de ton opposition à la communauté des Musulmans». Un jeune cousin d'Al-Ash'ath frappa alors l'émissaire de son épée et le tua. Comme Al-Ash'ath approuva l'acte du jeune homme, la plupart de ses compagnons se fâchèrent contre lui à tel point qu'il ne resta avec lui qu'environ deux milles hommes. Ziyâd écrivit alors à Abû Bakr pour l'informer de l'exécution de l'émissaire et du siège dont ils furent l'objet. Quand le calife consulta les musulmans sur la décision qu'il devrait prendre, Abû Ayyub Ançârî lui dit: «Ces gens comptent un grand nombre de guerriers et ils peuvent en réunir davantage. Je propose que tu en fasses reculer ton expédition le long de cette année dans l'espoir qu'ils t'apporteront leur zakât, de bon gré, l'année prochaine!!»

Abû Bakr dit alors: «Par Allah, s'ils me refusent un licou (attache de bête) de ce que le Prophète leur avait imposé, je me verrai dans le droit de les combattre jusqu'à ce qu'ils reviennent vers le vrai (dans la légalité)». Ensuite, le calife écrivit à 'Ikrimah b. Abî Jahl, lui ordonnant d'aller avec les fidèles parmi les Mecquois à la rencontre de Ziyâd, en emmenant avec lui ceux qu'il pourrait mobiliser dans les contrées avoisinantes.

'Ikrimah partit avec deux mille cavaliers pour "Ma'rib". Les habitants de Dubâ décidèrent de les combattre pour les empêcher d'aller faire la guerre à leurs cousins de Kindah. Ils commencèrent par chasser le gouverneur nommé par Abû Bakr. 'Ikrimah reçut alors l'ordre de leur faire la guerre, de ne pas les ménager et de lui envoyer les prisonniers. Quand 'Ikrimah les eut assiégés, ils demandèrent à signer la paix et à verser la zakât mais il n'accepta de leur part que la capitulation. Quand ils se sont rendus, 'Ikrimah entra dans leur fort, tua leurs notables, réduisit leurs femmes et leurs enfants en captivité, s'empara de leurs biens et en envoya d'autres à Abû Bakr.

Quand celui-ci voulut tuer les hommes et partager les femmes et les enfants, 'Umar lui dit: «Ô calife du Messager d'Allah! Ces gens sont musulmans et jurent fort qu'ils n'ont pas renié l'Islam ...». Abû Bakr les mit alors en prison où ils resteraient jusqu'après sa mort. 'Umar les libéra.

Quand 'Ikrimah rejoignit Ziyâd et qu'Al-Ash'ath en prit connaissance, il se réfugia dans le fort d'An-Nagîr où il mit à l'abri ses femmes et celles de sa tribu. Ceux parmi les hommes de Kindah qui avaient quitté Al-Ash'ath lorsqu'il cautionna l'assassinat de l'émissaire d'Abû Bakr, regrettèrent d'avoir abandonné les leurs et décidèrent d'aller combattre Ziyâd. Celui-ci s'en effraya et dit à 'Ikrimah: «A mon avis, tu maintiendras le siège de ce fort et moi j'irai à la rencontre des autres». Ziyâd acquiesça en disant: «Très bien mais si tu as la victoire sur eux, ne range ton épée qu'après l'extermination du dernier homme parmi eux!». ­ Je ferai ce que je pourrai, répondit 'Ikrimah.

Ce dernier rencontra les renforts d'Al-Ash'ath et se livrèrent une guerre où, dans les deux camps, les succès alternèrent avec les échecs. Al-Ash'ath qui n'en a pas été informé, qui supporta mal l'état de siège, la faim et la soif, demanda à Ziyâd de lui accorder la vie sauve ainsi qu'à sa famille et à une dizaine de ses hommes.

Le traité de paix fut écrit et envoyé par Ziyâd à 'Ikrimah qui le montra aux tribus de Kindah (ne voyant plus de raison pour continuer la guerre), elles cessèrent le combat et s'en allèrent. Ziyâd entra alors dans le fort et, (faisant fi du traité signé avec Al- Ash'ath!), commença par couper les têtes des guerriers. Par après, Abû Bakr ordonna, par écrit, à 'Ikrimah de lui envoyer les captifs à Médine. Ceux qui sont restés en vue furent donc enchaînés et expédiés à Médine.(136)

C'est ainsi que s'accomplit l'allégeance d'Abû Bakr, qualifiée de brusque par le calife 'Umar et légitimant le califat d'Abû Bakr, de 'Umar et de 'Uthmân. C'est cette allégeance qu'on érige en argument (pour fonder l'établissement du califat).

3)- Le troisième argument: Les actes des Compagnons

Arguer des actes des Compagnons serait valable si leur conduite (sîrah) faisait partie des sources de la législation islamique au même titre que le Livre et la Sunnah ou si la Révélation recommandait de les suivre comme elle l'avait fait pour le compte du Messager d'Allah (SAW):

«Vous avez, dans le Messager d'Allah, un bel exemple ...». (V. 21/XXXIII)

«Prenez ce que le Messager vous donne et abstenez-vous de ce qu'il vous interdit». (V. 7/LIX)

Sans cela, nous ne sommes pas tenus d'invoquer les actes des Compagnons comme arguments.

En outre, nous ne savons pas qui des Compagnons nous devons prendre comme exemple alors que les actes et les propos des uns s'opposent à ceux des autres. D'où les divergences dans les positions des 'ulémas (savants) quant à la façon d'établir le califat: suffit-il qu'un seul homme prête serment d'allégeance à un autre pour que ce dernier soit nommé calife? D'aucuns l'affirment parce qu'Al-'Abbâs, l'oncle du Prophète (SAW) dit à 'Ali (a.s): «Tends la main que je te prête serment d'allégeance. Si je le fais les gens le feront après moi».

Ou bien faut-il s'inspirer des propos de 'Umar pour qui l'allégeance d'Abû Bakr était brusque? Ou encore de la conduite de Mu'âwiyah qui brandit l'épée contre le calife légitime de l'époque, (l'Imam 'Ali (a. s.)?

Nul besoin, après ce que nous avons étayé, de discuter tous ces points de vue. Reste l'argument selon lequel l'Imam 'Ali (a. s.) dans Nahjul-Balâghah, se basa sur la validité de la Shûrâ, de l'allégeance et des actes des Compagnons.

La discussion de cet argument

D'aucuns arguent du récit rapporté par Ash-Sharîfur-Radîy à partir de l'Imam 'Ali (a. s) (Nahjul-Balâghah, les lettres de l'Imam dont-celle-ci adressée à Mu'âwiyah):