LE CAIRE (AP) - La nouvelle Constitution irakienne retiendra
probablement l'Islam comme source du droit, au grand dam des Etats-Unis qui redoutent
l'instauration d'un régime fondamentaliste. D'un pays à l'autre, la place
accordée à la loi coranique (charia) dans la Loi fondamentale varie en
effet largement dans le monde arabo-musulman.
Ainsi, le mot "Islam" n'apparaît pas dans la Constitution rédigée au Liban après la guerre
civile de 1975-90, alors que l'Arabie saoudite, qui abrite les sanctuaires
les plus sacrés de l'Islam, a fait du Coran même sa Constitution, et que
l'Iran est une République
islamique dirigée par le clerc musulman le plus érudit du pays. En
réalité, la culture pèse plus lourd que la loi, en particulier lorsqu'il
s'agit des femmes.
Dans les pays du Golfe, où la charia constitue généralement la
"principale source" de la législation, les femmes sont plus sujettes à
ségrégation et portent plus souvent un voile couvrant tout le visage. Le
Koweït par exemple interdit l'alcool et n'a donné le droit de vote aux
femmes que cette année.
En Egypte en revanche, la loi coranique représente "la source" de la
Constitution, amendée dans les années 1970 par le président Anouar
el-Sadate désireux de renforcer son image de musulman sans pour autant
appliquer la charia. Dans ce pays, la bière, le vin ou les spiritueux sont
en vente libre et les femmes votent depuis le début du XXe siècle.
Mais en Irak,
certains s'inquiètent de l'application de la charia, du moins dans les
régions à majorité chiite. Dans certaines villes du Sud, le clergé oblige
déjà les femmes à porter le voile et fait fermer certaines boutiques
d'alcool ou de musique.
"Baser la nouvelle Constitution de l'Irak sur la charia pourrait
affaiblir l'occasion (de fonder) un Irak démocratique (...) L'Irak en tant
qu'Etat religieux (...) ne sera pas acceptable. Nous ne pouvons pas avoir
un Irak démocratique et fédéral si nous avons un régime de type taliban
dans certaines zones", estime le ministre du Plan, le Kurde Barham
Saleh, cité samedi par le quotidien "Al-Hayat".
Et le projet de Constitution publié la semaine dernière par le journal
gouvernemental "Al-Sabah" confirme les craintes des laïcs: l'Islam y est
désigné comme "la principale base" de la loi. Toutefois les débats
continuent au sein de la commission composée de chiites, Kurdes et
sunnites.
Les chiites représentent 60% des 26 millions d'Irakiens, les Kurdes,
majoritairement sunnites, 20%, et les sunnites 15% à 20%. Le rôle de
l'Islam devait être discuté dimanche, selon le député kurde Fouad Massoum,
chef de la commission, qui souhaite "que l'Islam soit l'une des
sources".
L'ayatollah Ali Sistani, le
plus influent dirigeant chiite irakien, plaide quant à lui pour un rôle
fort de l'Islam mais rejette l'idée d'une direction religieuse à l'image
de l'Iran chiite où il est né. D'après Mouafak al-Roubaïe, conseiller à la
sécurité nationale et chiite, le principal souci du clergé chiite est de
"protéger l'identité musulmane de l'Irak et de son peuple, ce qui signifie
protéger un Irak et un peuple unis en tant qu'Etat".
La commission a décidé dimanche de demander lundi un délai
supplémentaire de 30 jours au Parlement, alors que la Constitution devait
être adoptée d'ici au 15 août. Les Etats-Unis, qui avaient imposé l'Islam
comme étant "une source" de la Constitution provisoire adoptée en mars
2004 lorsqu'ils occupaient le pays, suivent les débats de près.
Six pays arabes ne mentionnent même pas la loi coranique dans leur
Constitution: l'Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Libye, le
Liban et la Jordanie. Au Liban, où existe une forte communauté chrétienne
dont est issu le président Emile Lahoud, l'Islam n'est pas religion nationale. En
Syrie et en Libye, la législation est surtout influencée par l'idéologie
nationale, respectivement le panarabisme et le socialisme.
Quant à la Tunisie, elle a aboli la polygamie en 1956 et interdit le
voile islamique dans les établissements publics, notamment scolaires. Les
autorités appellent régulièrement les femmes à refuser le hidjab mais il
est de plus en plus présent dans les rues ces dernières années.
Le seul domaine dans lequel la charia continue de primer est celui du
statut individuel: mariage, divorce, héritage. Le Coran autorise l'homme à
divorcer par proclamation et attribue aux filles une part d'héritage
moitié moindre de celle des fils, ce qui était un grand progrès du temps
de Mahomet, au VIIe siècle de l'ère chrétienne. AP
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