SAYYED DJAMAL-UD-DIN ASSAD ABĀDI
GRAND REFORMATEUR CONTEMPORAIN
DE LA UMMA MUSULMANE
BIOGRAPHIE ET PENSEE
I. Sa formation
II. Ses pérégrinations
III. Cheikh Mohammad Abduh et Sa’ad Zglul
IV. Position scientifique de Sayyed Djamal
Sa formation
A l’instar d’autres grands personnages historiques, Sayyed Djamal mena une vie très active. En étudiant sa biographie on constate que pour entreprendre son action de réveil il était en constant déplacement dans le monde islamique de l’époque, sans disposer de moyen de transport adéquat ni d’assez de ressources. Sayyed Djamal-ud-Din naquit en 1254 du calendrier musulman à Assad Abād, un petit village situé dans la ville de Hamadhan - jadis Ecbātān, l’ancienne capitale du royaume mède (vers les 7è et 8è siècles avant Jésus-Christ). A l’age de 10 ans, il fit avec son père un voyage à Qazvin, ville située à environ 135 kms de Téhéran. Durant les deux ans qu’il y séjourna, il fit ses études modernes, puis il partit visiter les villes saintes d’Iraq où il reçu les habits religieux des mains de l’ayatollah Sayyed Mohammad Sâdeq Tabātabāï. Ensuite, il devint l’élève du grand cheikh Mortaza Ansāri qui plus tard le prit en charge, ayant découvert sa vive intelligence.
Mû par l’amour du savoir, Sayyed Djamal-ud-Din se déplaça vers tous les points du globe où il pensait pouvoir acquérir de nouvelles connaissances. Enfant, il commença l’apprentissage de la lecture ainsi que l’exégèse du Coran entre les mains de son père. Puis, lors de son voyage à Qazvin en compagnie de son vénérable père, il intégra l’académie des sciences religieuses de cette province. Quoique les questions religieuses fussent les principales activités de l’académie, les problèmes politiques n’étaient pas négligés par les étudiants. C’est ainsi que Sayyed Djamāl fit la connaissance de l’ayatollah Mirza Abul Hassan Djélveh le plus grand philosophe d’Iran à l’époque. Ils passèrent ensemble un certain temps à Téhéran et échangèrent des idées.
Sayyed Djamāl ne négligea aucune occasion d’intégrer les centres religieux pour bénéficier de ce qu’il y avait à y apprendre. Il intégra les grands centres religieux de Téhéran, de Qazvin et de Borudjerd qui furent à l’origine d’une chaîne de savants descendants du Prophète (pslf) dont les chérifs de Tabātabāï, une famille de notables qui se répandit en Iran et en Iraq durant les douze derniers siècles. Quelques temps plus tard, il se dirigea vers le centre religieux de Nadjaf, dirigé à l’époque par Cheikh Mortaza Ansāri, le successeur compétent de Cheikh Mohammad Hassan Nadjafi, l’auteur de la grandiose et gigantesque encyclopédie de la jurisprudence chiite Djawāhir ul-kalām. Ce grand savant fut un modèle parfait de piété et de modestie. Il combattait l’intellectualisme figé et sclérosé sous toutes ses formes.
Il enseignait la jurisprudence et ses principes qui forment deux branches de cours distinctes. Les exposés de ses cours nous parvinrent grâce aux efforts de ses élèves qui les rassemblèrent et les mirent par écrit, dont Rasāél et Makāséb ; deux ouvrages volumineux et inestimables, y compris de nos jours. Son niveau scientifique ainsi que son rôle prépondérant au sein du grand centre religieux furent à la base de son surnom de « sceau des doctes de la loi islamique ». La personnalité scientifique, innovatrice et indépendante de Cheikh Ansāri demeure remarquablement brillante. Il atteignit l’érudition en philosophie occidentale, en mathématique et en géographie. Outre ses propres activités religieuses et culturelles, il était disposé à dispenser gratuitement des cours de religion à ceux des étudiants qui en manifestaient le désir. Vu la position importante de l’Égypte dans le monde musulman de l’époque, Sayyed Djamal s’y rendit et pût ainsi s’adresser à un nombre considérable de religieux et d’hommes de sciences, ainsi qu’aux activistes musulmans égyptiens et non égyptiens. L’écho de son appel était alors entendu partout. Un peu plus tard, on l’accusa d’avoir l’intention d’occuper les religieux avec les sciences profanes afin de les empêcher d’apprendre et de bien connaître leur religion. Mus par leur foi naïve d’une part, et stimulés par des personnes à l’esprit étroit d’autre part, certains jeunes parmi le clergé décidèrent de s’attaquer à la personne de ce grand érudit, hérétique selon eux, et de l’expulser du centre des sciences spirituelles. Ils allèrent donc chez lui au Caire et le trouvèrent assis par terre, tenant un globe terrestre à la main. Ils l’interrogèrent à propos de ce globe qui, selon eux, était la cause du détournement des étudiants vis à vis de leur principal devoir : étudier la religion. Sur le globe, il leur montra la vaste étendue peuplée par une Umma qui n’a qu’un seul Dieu, un seul livre, une seul Qibla, un seul Prophète, mais qui est pourtant divisée en des dizaines, voir des centaines de groupes et de sectes. La parole de chacun étant incompréhensible pour l’autre, le destin, le bien et le mal de chaque groupe n’ayant pas non plus de sens pour l’autre.
Convaincus, ces jeunes clercs s’en allèrent.
Ses pérégrinations
A 17 ans, il se rendit à Buchehr au sud de l’Iran puis en Inde. Ensuite, en 1274 de l’hégire lunaire, il alla à la Mecque et à Karbala en Irak. Un an plus tard, il revint en Iran d’où il passa en Afghanistan puis en Inde, qui à cette époque était la plus grande des colonies anglaises. En 1285 il fit un court séjour de 40 jours en Égypte, pays qu’il jugea très favorable pour les actions qu’il comptait mener, conformément à la proximité et aux similarités historiques et socio culturelles existant entre ces deux grands pays historiques : l’Égypte et l’Iran. L’Egypte représentait la deuxième plus grande colonie anglaise après l’Inde. Il quitta ce pays pour se diriger vers Istanbul où il buta à l’hostilité des autorités ottomanes qui l’expulsèrent. Il fut donc contraint de retourner en Égypte où il passa neuf ans occupé à mener différentes activités telles que celles susmentionnées. Expulsé en 1296, il prit le chemin de Jeddah puis de l’Inde et s’installa à Haydarabad. Du fait de ses activités politiques et culturelles, l’administration colonialiste anglaise décida de l’exiler à Calcutta. Au début du 14ème siècle de l’ère musulmane, Sayyed Djamāl quitta l’Inde pour un voyage à Londres, puis à Paris où il fonda la revue Al-‘Urwat ul-Wuthqā (l’anse la plus solide). En 1303, au mois de cha‘ban, il revint pour la troisième fois en Iran. Il accosta à Buchehr, ville portuaire située au sud du pays, puis alla à Téhéran. Une année plus tard, il se rendit en Russie, à Saint-Pétersbourg où il séjourna deux ans. En 1306 de l’hégire, correspondant à l’année 1889 de l’ère chrétienne, au mois de juillet, il se rendit en Allemagne. Étant donné la position considérable et la renommée qu’il avait alors acquises, les autorités suprêmes de différents pays musulmans ainsi que non musulmans exprimèrent leur désir de le rencontrer, que ce soit du fait de contraintes politiques ou dans le but de bénéficier de sa popularité. En Allemagne donc, il rencontra le chah d’Iran de l’époque. Ce dernier lui proposa de venir en Iran participer à la rédaction de la constitution du pays. Ayant remarqué ses capacités hautement distinguées, le chah le désigna pour le représenter dans les négociations diplomatiques avec la Russie en 1307 du calendrier islamique. De retour en Iran, il fut confronté à un complot fomenté contre lui par le chancelier, à la suite duquel le chah ordonna son exil. Il alla se réfugier à Rey dans le mausolée du vénéré Châh ‘Abdul Azim, mais il en fut brutalement délogé. Expulsé d’Iran, il se rendit à Khanaqin, Bagdad puis Bassora. Grand penseur et grand réformateur pacifiste, Sayyed Djamā-ud-din rencontra au cours de ses voyages de nombreuses personnalités politiques influentes de l’époque. Il rencontra Churchill à Londres, Abdul Hamid l’empereur ottoman à Istanbul et Nassir-ud-Din Qadjar à Munich, comme nous venons de le citer.
Au début de l’année 1309 de l’hégire, il se rendit à Londres et au début de l’année 1310 il partit à Istanbul pour un voyage de non retour. La mort très douteuse de « ce grand héros de l’internationale musulmane » eut lieu en 1314. Dans aucune de ces étapes, il n’a cessé de faire entendre ses paroles sages et précieuses à un grand nombre d’interlocuteurs de diverses nationalités.
Sayyed Djamal fut parmi les premiers à clamer, à lancer l’appel à l’unité de l’Islam à cette époque. Il fut le premier à inviter les musulmans à s’unir. Après de longues tournées à travers les territoires musulmans, il était convaincu que l’unique voie pour sauver les musulmans de la décadence ainsi que pour garantir l’accès au progrès et au bien-être était de s’unir.
Selon le martyr Allamé Motahhari, l’intention de Sayyed Djamal d’unifier les musulmans ne visait pas une unification religieuse qui paraissait impossible, mais plutôt une unité politique et la formation d’un front commun afin de lutter contre l’envahisseur colonialiste.
Si l’unification des musulmans est une nécessité pour la protection de la base de l’Islam, plus encore, elle représentait pour lui une obligation religieuse provenant des instructions coraniques. Pour atteindre ses objectifs, Sayyed Djamal misa sur trois facteurs capitaux. A savoir :
1° La sensation commune du danger.
2° La connaissance des moyens de défense.
3° L’harmonisation des idées dans la démarche.
Il ne négligea aucun moyen pouvant l’aider à atteindre son objectif. Ses actions visaient principalement l’émulation religieuse en rappelant aux musulmans les préceptes religieux qu’ils avaient soit négligés soit oubliés, tout en prévenant contre tout esprit de sectaire afin de favoriser la formation du front islamique uni à l’empire ottoman. Selon Sayyed Djamal, le racisme et le nationalisme dans son sens péjoratif constituent un danger à la foi et l’unité des nations, car ils constituent une grande calamité pour l’unité islamique. Fidèle à sa foi, il condamnait clairement, dans ses discours, toute attitude séparatiste. Dans tous les territoires islamiques il déployait les mêmes efforts visant à atteindre l’objectif susmentionné. Il se présentait tantôt comme iranien, tantôt comme afghan et parfois comme arabe. Il tenta ardemment, sous le règne oppresseur de la dynastie Qadjar en Iran, d’améliorer la situation des musulmans tout comme il le faisait en Égypte, en Inde et en Afghanistan sans aucune discrimination. Il croyait en la liberté du culte musulman établi sur la base de l’une des différentes écoles doctrinales. Quoiqu’il fût un pratiquant sérieux, il ne reprochait à personne son appartenance à l’une des cinq écoles juridiques et doctrinales de l’Islam. Les termes souvent employés par lui tels que « la communauté mohammadienne », « al wilaya », « les biens et les serviteurs d’Allah » révélaient sa conviction profonde en la nécessité de l’unité islamique et la mise à l’écart des divergences. En rappelant aux musulmans la grandeur du passé de leur communauté, il pensait fermement que le monde musulman était potentiellement en mesure de devenir une fois de plus le porte-étendard de la science et de la sagesse. Sayyed Djamal parvint à former une importante élite religieuse et politique du monde islamique parmi laquelle nous citons :
Cheikh Mohammad Abduh et Sa’ad Zġlul
Cheikh Mohammad Abduh, né en 1849 de l’ère chrétienne et mort en 1905, fut l’un de grands penseurs contemporains d’Égypte. Il fit ses études à Al Azhar et publia la revue Al-Waqayé’ul-Misria (Les événements égyptiens). Il se fit expulser d’Égypte à cause de ses idées hostiles au colonialisme anglais. Il publia, à Paris, la revue Al Urwat ul-Wotqa (l’anse la plus solide) en collaboration avec Sayyed Djamal. Il se rendit à Beyrouth et là-bas il s’occupa d’enseignement et de rédaction. Ayant accédé au rang de mufti suprême d’Égypte en particulier et de la branche sunnite en général, il devint l’un des grands érudits musulmans appelant à la réforme et au renouveau. Cette grande personnalité sunnite commenta le Nahj ul-Balagha (La voie de l’éloquence) ; l’œuvre immortelle du Commandeur des Croyants Ali ibn Abi Talib, le salam soit sur lui. Il écrivit le Message de l’Unicité et publia divers articles. Dans ses œuvres et essais, il adopta la méthode moderne pour présenter et interpréter l’Islam tout en recourant aux sources authentiques de cette religion universelle.
Quant à Sa’ad Zaġlul (1) l’un des piliers et des pionniers de l’indépendance de l’Égypte, il fut l’un des fruits de Al Azhar où il connu Cheikh Mohammad Abdu et Sayyed Djamal. En 1924 du calendrier grégorien il devint ministre, et plus tard président du parlement égyptien. Il créa deux partis politiques et ses discours sages et avisés accrurent sa notoriété.
Partout où passait Sayyed Djamal, les savants et les étudiants religieux faisaient cercle autour de lui. A Istanbul il forma un comité des douze savants et hommes de lettres. Il prononça un discours vigoureux sur la nécessité de l’unité islamique face à la mécréance. Son message se résumait à ceci : Il incombe à tout musulman d’inviter ceux des savants qu’il connaît et qui résident en Iran, en Iraq, en Inde, au Turkestan ou en Arabie à se joindre à nous afin de créer l’unité islamique. Les douze savants et hommes de lettre du comité d’Istanbul préparèrent et envoyèrent quatre cents lettres aux différents coins du monde musulman, et six mois après ils avaient reçu deux cents réponses provenant des savants musulmans arabes et non arabes. Certaines de ces réponses furent accompagnées de cadeaux pour exprimer l’adhésion sincère de leurs expéditeurs à la noble initiative. Cet accueil enthousiaste révéla non seulement la grande influence qu’exerçait Sayyed Djamal, mais aussi l’estime dont il jouissait auprès des dirigeants de la communauté islamique mondiale.
Position scientifique de Sayyed Djamal
Grâce à sa large vision des choses, ses idées de réformer les grands centres religieux ainsi que la société musulmane étaient chaleureusement accueillies par les savants musulmans tant chiites que sunnite, iraniens et non iraniens dont : Mirza Abul Hassan Ğélvéh, le grand savant hautement considéré en Iran à l’époque.
L’illustre savant prit un globe terrestre et y localisa tous les pays islamiques qui formaient ensemble un bloc sous développé frappé par la misère, la pauvreté et l’ignorance quoique possédant d’immenses richesses naturelles. Son langage plein d’amour et de chaleur trouva à captiver ses jeunes interlocuteurs, ils sortirent de chez lui rassérénés et convaincus. Quant aux opinions tant religieuses que scientifiques de cheikh Ansāri, ainsi que ses activités politiques et culturelles, celles-ci feront l’objet du prochain article.
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(1) Voir : Al-Mungid ; noms propres, éd. 1976 ; Dar El-Mashreq, Beirouth, Liban p.454 ; Dictionnaire Hachette encyclopédique.