Les portes des Etats-Unis viennent de se fermer pour l'un
des plus célèbres intellectuels musulmans européens, et aussi
l'un des plus controversés : Tariq Ramadan. Le lundi 2 août,
l'ambassade des Etats-Unis à Berne (Suisse) l'a averti que le
visa de séjour et de travail qui lui avait été accordé était
révoqué, par décision du Homeland Security Department, un
organisme qui dépend du département d'Etat.
Engagé par la prestigieuse université Notre-Dame, près de
Chicago, à la date du 1er août, pour occuper la
chaire "Religion, conflit et promotion de la paix" de
l'Institut Kroc, Tariq Ramadan devait s'envoler pour les
Etats-Unis le 11 août. Il avait reçu un visa pour lui et sa
famille en date du 5 mai. Les cours devaient commencer mardi
24 août. Le Chicago Tribune, qui a révélé l'information
dans son édition du 24 août, explique que cette décision est
une conséquence du Patriot Act, la législation adoptée après
le 11 septembre 2001 et qui a durci les conditions d'entrée
aux Etats-Unis. Le Patriot Act est vivement contesté par les
défenseurs des libertés fondamentales américaines.
Selon le quotidien américain, plusieurs universitaires,
dont John Esposito, professeur à Georgetown University et
spécialiste de l'islam, "soupçonnent que la décision du
gouvernement d'exclure Ramadan pourrait avoir été influencée
par des organisations juives, qui ont mené une campagne contre
les universitaires et les intellectuels dont les positions sur
l'islam et le Proche-Orient sont en opposition avec les
leurs". Le journal cite en exemple le site du militant
pro-israélien Daniel Pipes, Campus Watch, qui met en ligne les
noms des universitaires censés tenir des positions
anti-israéliennes. Interrogé par le Chicago Tribune,
Daniel Pipes confirme que, selon lui, Ramadan "est engagé
dans un jeu complexe pour apparaître comme un modéré, mais a
des connexions avec Al-Qaida".
Tariq Ramadan dénonce une "décision politique". Il
fait valoir qu'il a toujours "dénoncé l'extrémisme, le
littéralisme étroit et l'antisémitisme à l'intérieur même des
communautés musulmanes". Son déménagement pour les
Etats-Unis avait déjà commencé, ses enfants étaient inscrits
dans les écoles américaines et lui-même avait mis un terme à
ses engagements professionnels en Suisse. "Pour moi, c'est
un scénario de cauchemar...", résume-t-il.
Xavier Ternisien