|
|
|
|
|
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
SÉCURITÉ
Le
GHB, poudre inodore et sans saveur, qui annihile toute volonté et toute
mémoire, se répand désormais dans les boîtes de nuit
Alerte
à la «drogue des violeurs» Pour le commissaire Boucher, responsable de la Mission pour la lutte
contre l'usage et le trafic de stupéfiants (Milad), le GHB reste marginal en
France, ce qui n'est pas le cas aux Etats-Unis : en 1997, 762 jeunes y ont
été victimes de la Date Rape Drug (drogue du viol prémédité). Si les saisies de GHB sont encore rares de ce côté de l'Atlantique,
c'est qu'il est difficile d'apporter la preuve que ce produit est à l'origine
de nombreux viols. Selon le pharmacologue Georges Lagier, responsable du
centre antipoison à l'hôpital Fernand-Widal à Paris, et qui étudie le
phénomène depuis 1997, 143 cas de soumission chimique ont été enregistrés
entre 1999 et 2001. La plupart concernent de jeunes Parisiens. Mais Georges
Lagier reconnaît qu'il est bien difficile de mettre en évidence cette
molécule : « Le GHB reste seulement quatre heures dans le sang et entre
six et dix heures dans les urines. Avant même que les victimes ne prennent
conscience qu'elles ont été droguées, il n'en subsiste plus aucune trace. » Selon
le pharmacologue, des tentatives de recherche sont en cours sur la salive, la
sueur ou encore le cuir chevelu. Sans aucune certitude d'obtenir des éléments
probants : « II peut y avoir une sécrétion physiologique », nuance le
professeur Lagier. Le GHB peut donc être considéré comme pain bénit par les avocats des
agresseurs, qui peuvent à tout moment argumenter que le dossier est vide,
qu'aucune preuve formelle ne vient étayer la thèse du viol. Les victimes
doivent donc s'armer de courage pour se lancer dans une procédure.
L'instruction peut durer plusieurs années. Pour autant, elles ne doivent pas
hésiter à porter plainte : « Ce qui nous agace avec ce produit, c'est
qu'il est souvent en cause dans des affaires privées qui n'ont jamais pu être
élucidées », fulmine le pharmacologue. Même constat alarmiste de Sophie
Grom, chef du service de médecine légale à l'hôpital Pellegrin, à Bordeaux,
qui a réalisé fin juin une étude sur le GHB : « Deux fois par mois, nous
recevons des appels de médecins de la région, mais le temps que la police
enregistre la plainte et qu'elle incite la victime à faire des analyses, il
n'y plus aucune trace de cette molécule. Or le GHB est vraiment préoccupant,
même si les cas ne sont pas toujours avérés. » Jusqu'à présent, ce phénomène se développait surtout en région
parisienne, mais aujourd'hui, la province n'est plus épargnée, notamment dans
la région de Bordeaux. Pour sensibiliser les urgentistes et les médecins
d'Aquitaine, Sophie Gromb et le docteur Antoine Oliveira, un de ses
collaborateurs, ont rédigé un guide clinique pour mettre en garde le milieu
médical sur les effets de ce poison : « Cette molécule, difficile à
dépister, demande des techniques très lourdes et très sophistiquées, témoigne
le docteur Oliveira. Dans notre région, le sujet reste très confidentiel
et marginal, mais c'est parce que ce produit est peu connu. Nous avons donc
décrit dans ce guide les symptômes que peut susciter le GHB. Au moindre
doute, les médecins doivent effectuer des prélèvements. » Côté police, on ne sous-estime pas non plus le phénomène. Le
commissaire Boucher, responsable de la Milad, compte très prochainement
envoyer une circulaire aux forces de l'ordre pour qu'elles soient attentives
aux personnes errant sur la voie publique et qu'elles les conduisent à
l'hôpital. Mais pour Me Martine Moscovici, qui défend deux
victimes du GHB, policiers et gendarmes devraient, pour gagner du temps,
adresser les victimes directement aux services d'urgence médico-judiciaires
(UMJ), seuls susceptibles de réaliser des analyses pointues. En attendant, médecins et policiers encouragent les cibles
potentielles des violeurs au GHB à ne jamais sortir seules. De leur côté,
certaines boîtes de nuit s'organisent. Par exemple, au Queen, à Paris, les
verres sont servis avec un couvercle en plastique, mais toutes les
discothèques ne prennent pas cette précaution. Ainsi au Pacha, à Versailles,
on juge cette précaution inutile : « Nous ne connaissons pas ce problème
», répond, laconique, un barman. Comment en être sûr ?
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
|
Droits de reproduction et de
diffusion réservés © lefigaro.fr 2002. |
|
|
![]()