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SÉCURITÉ Le GHB, poudre inodore et sans saveur, qui annihile toute volonté et toute mémoire, se répand désormais dans les boîtes de nuit


Dans ce laboratoire clandestin, en région parisienne, quatre kilogrammes de GHB, soit 130 000 doses, avaient été découverts en 1998. Si cette drogue est relativement facile à produire, on met rarement la main dessus : l'année dernière, aucune saisie n'a été réalisée en France.
(Photo Gamma.)
 

Alerte à la «drogue des violeurs»
En cette période estivale, favorable aux sorties en boîtes de nuit, aux soirées privées et aux rave-parties, les policiers sont sur les dents. Ils font la chasse au redoutable GHB, le gamma huydroxybutyrate, beaucoup plus connu sous le nom de « drogue des violeurs », et qui fait des ravages dans les temples de la nuit. Ce produit chimique inodore et incolore est en effet utilisé par des personnages sans scrupules : ils le versent, à leur insu, dans le verre de leurs victimes, leur faisant perdre toute volonté de résistance et, par la suite, toute mémoire de ce qu'ils leur auront fait subir. Importées des Etats-Unis, ces pratiques sont en augmentation constante en France. Toute la difficulté, pour les jeunes femmes abusées, est de prouver qu'il y a eu viol : la molécule est extrêmement délicate à détecter, les traces du produit dans le sang disparaissant au bout de quatre heures. Avocats et médecins réclament donc, pour les victimes, une procédure accélérée qui permettrait de déclencher les analyses avant même l'enregistrement de la plainte. Au moins 140 cas de soumission chimique ont été comptabilisés entre 1999 et 2001, une dizaine de dossiers seulement sont actuellement en cours d'instruction en région parisienne pour des faits qui se sont produits soit en discothèque, soit dans un lieu privé. Selon les spécialistes, cette drogue serait également utilisée dans les milieux pédophiles.

Françoise Lemoine
[12 juillet 2002]

Le GHB, poudre inodore, incolore et sans saveur, fait des ravages dans les discothèques et les soirées privées. Versée dans un verre, elle est indétectable par sa victime, qui, prise au piège, se soumettra aux désirs de son agresseur. Comme anesthésiée, elle ne se souviendra même pas d'avoir été violée. Et c'est bien là le problème de ce poison, baptisé scientifiquement gamma-hydroxybutyrate. Depuis son arrivée en France, il y a trois ans, ce produit donne des sueurs froides aux magistrats et aux policiers : « Une saloperie », tempête un commissaire. Car non seulement il est difficile de prouver que le GHB est à l'origine de l'état second éventuellement constaté, mais, de plus, on met rarement la main dessus. L'année dernière, aucune saisie n'a été réalisée. En 2000, seulement 6 grammes ont été récupérés, prise qui a abouti à trois interpellations.

Pour le commissaire Boucher, responsable de la Mission pour la lutte contre l'usage et le trafic de stupéfiants (Milad), le GHB reste marginal en France, ce qui n'est pas le cas aux Etats-Unis : en 1997, 762 jeunes y ont été victimes de la Date Rape Drug (drogue du viol prémédité).

Si les saisies de GHB sont encore rares de ce côté de l'Atlantique, c'est qu'il est difficile d'apporter la preuve que ce produit est à l'origine de nombreux viols. Selon le pharmacologue Georges Lagier, responsable du centre antipoison à l'hôpital Fernand-Widal à Paris, et qui étudie le phénomène depuis 1997, 143 cas de soumission chimique ont été enregistrés entre 1999 et 2001. La plupart concernent de jeunes Parisiens. Mais Georges Lagier reconnaît qu'il est bien difficile de mettre en évidence cette molécule : « Le GHB reste seulement quatre heures dans le sang et entre six et dix heures dans les urines. Avant même que les victimes ne prennent conscience qu'elles ont été droguées, il n'en subsiste plus aucune trace. » Selon le pharmacologue, des tentatives de recherche sont en cours sur la salive, la sueur ou encore le cuir chevelu. Sans aucune certitude d'obtenir des éléments probants : « II peut y avoir une sécrétion physiologique », nuance le professeur Lagier.

Le GHB peut donc être considéré comme pain bénit par les avocats des agresseurs, qui peuvent à tout moment argumenter que le dossier est vide, qu'aucune preuve formelle ne vient étayer la thèse du viol. Les victimes doivent donc s'armer de courage pour se lancer dans une procédure. L'instruction peut durer plusieurs années. Pour autant, elles ne doivent pas hésiter à porter plainte : « Ce qui nous agace avec ce produit, c'est qu'il est souvent en cause dans des affaires privées qui n'ont jamais pu être élucidées », fulmine le pharmacologue. Même constat alarmiste de Sophie Grom, chef du service de médecine légale à l'hôpital Pellegrin, à Bordeaux, qui a réalisé fin juin une étude sur le GHB : « Deux fois par mois, nous recevons des appels de médecins de la région, mais le temps que la police enregistre la plainte et qu'elle incite la victime à faire des analyses, il n'y plus aucune trace de cette molécule. Or le GHB est vraiment préoccupant, même si les cas ne sont pas toujours avérés. »

Jusqu'à présent, ce phénomène se développait surtout en région parisienne, mais aujourd'hui, la province n'est plus épargnée, notamment dans la région de Bordeaux. Pour sensibiliser les urgentistes et les médecins d'Aquitaine, Sophie Gromb et le docteur Antoine Oliveira, un de ses collaborateurs, ont rédigé un guide clinique pour mettre en garde le milieu médical sur les effets de ce poison : « Cette molécule, difficile à dépister, demande des techniques très lourdes et très sophistiquées, témoigne le docteur Oliveira. Dans notre région, le sujet reste très confidentiel et marginal, mais c'est parce que ce produit est peu connu. Nous avons donc décrit dans ce guide les symptômes que peut susciter le GHB. Au moindre doute, les médecins doivent effectuer des prélèvements. »

Côté police, on ne sous-estime pas non plus le phénomène. Le commissaire Boucher, responsable de la Milad, compte très prochainement envoyer une circulaire aux forces de l'ordre pour qu'elles soient attentives aux personnes errant sur la voie publique et qu'elles les conduisent à l'hôpital. Mais pour Me Martine Moscovici, qui défend deux victimes du GHB, policiers et gendarmes devraient, pour gagner du temps, adresser les victimes directement aux services d'urgence médico-judiciaires (UMJ), seuls susceptibles de réaliser des analyses pointues.

En attendant, médecins et policiers encouragent les cibles potentielles des violeurs au GHB à ne jamais sortir seules. De leur côté, certaines boîtes de nuit s'organisent. Par exemple, au Queen, à Paris, les verres sont servis avec un couvercle en plastique, mais toutes les discothèques ne prennent pas cette précaution. Ainsi au Pacha, à Versailles, on juge cette précaution inutile : « Nous ne connaissons pas ce problème », répond, laconique, un barman. Comment en être sûr ?




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